Débat : «(…) les libraires reçoivent des aides gouvernementales alors qu’ils ne vendent pas seulement des livres québécois (…)»

L’aide gouvernementale accordées aux libraires est contestée parce qu’elles encouragent aussi la vente de livres étrangers grugeant des parts de marché aux livres québécois, selon certains éditeurs.

Le magazine littéraire français ActuaLitté a démystifié ce débat dans un article publié le 28 novembre dernier sous le titre«Le livre, une industrie culturelle négligée par le gouvernement du Québec» et dont voici un extrait :


En librairie, soutenir le livre québécois : un mauvais procès

L’argument avancé par certains éditeurs est connu : 60 % des ventes réalisées dans une librairie découleraient de la production française. « En soi, les libraires sont aidés… pour vendre des livres français et pas québécois. » Cette conclusion plutôt amère n’est cependant pas tout à fait juste.

Dans le mémoire que l’Association des Libraires du Québec rendait, durant les consultations liées à la loi 51, en janvier 2016, on peut lire :

Concernant le pro rata des livres québécois versus les livres étrangers, considérant la production locale (6 000 titres par année, incluant le livre scolaire) et celle qui nous arrive de l’Europe (35 000 titres par année), nous arrivons à un taux de 17% de livres québécois présents sur le marché. L’exigence dans la Loi est de 2 000 titres québécois sur 6 000 titres en stock, soit 33%.  Selon les chiffres de l’OCCQ, la part des ventes finales de livres neufs au Québec issue d’éditeurs de propriété québécoise en 2012 était de 56% par des éditeurs du Québec et de 44% par des éditeurs étrangers, représentant 609M$. De ceux-ci, 119M$ sont en manuels scolaires et 490M$ en littérature générale. Pour cette dernière, la part de marché québécois-étrangers est alors 46%-54%. Étant donné la proportion exigée par la Loi (33%) et la proportion des ventes (56% ou 46% selon la catégorie de livres), force est de constater que le livre québécois fait bonne figure.

« C’est un procès sans fondement que cette histoire de subventions », s’agace Élodie Comtois, de Ecosociété. « Évidemment que les libraires du Québec travaillent les ouvrages des éditeurs québécois. Mais s’ils n’avaient que ces titres à disposition, ils plieraient boutique : c’est grâce à la diversité que l’on peut attirer les clients dans les librairies, et certainement pas en focalisant sur l’unique production québécoise. L’édition québécoise doit devenir incontournable aux yeux des libraires, et continuer à se démarquer. Par contre, ce qui est vrai, c’est que nous sommes les seuls à être soutenus financièrement pour notre production québécoise. »

Et d’ajouter : « Dès que nous publions des auteur.e.s étranger.e.s, nous sommes pénalisés. Il y a en effet une iniquité sur les critères de subventions octroyées pour soutenir la production québécoise d’un côté, sans lier le financement aux librairies à une défense des livres québécois. Il n’y a pas de reddition de compte pour les libraires à ce niveau. Quand on voit une publicité de Renaud-Bray sur le dernier de Dan Brown dans le métro, avec le logo de la SODEC en dessous, il y a de quoi grincer des dents…»

La librairie au Québec, comme partout ailleurs, reste par ailleurs maîtresse de ses choix et toutes les structures ont besoin de best-sellers pour vivre.


Le 13 décembre dernier, Elodie Comtois, Écosociété, vice-présidente de l’ANEL et présidente du comité promotion de l’ANEL, revient sur le sujet dans un billet sur le blogue de l’association intitulé «La littérature ou la liberté de l’intime». Le chapeau de son billet se lit comme suit :


Dernièrement, un débat s’est ouvert sur le fait que les libraires reçoivent des aides gouvernementales alors qu’ils ne vendent pas seulement des livres québécois, quand les éditeurs québécois sont financés, par le fédéral, uniquement sur leur production de livres d’auteurs québécois ou canadiens.


Madame Elodie Comtois ajoute :

Si cette différence d’approche peut être frustrante pour les éditeurs, elle soulève cependant la nécessité de prendre garde à faire le procès des libraires dans leur défense de littératures venues d’ailleurs.

 


Elle conclut son billet en ces mots :

Ceci étant dit, cela ne réglera pas le fait qu’en tant qu’éditeur, publier un auteur français ou traduire un Uruguayen, un Américain ou un Islandais nous nuit financièrement dans le calcul de nos subventions, au fédéral comme au provincial. Il y a là un problème complexe, auquel il serait sans doute temps de s’attaquer. Même si la publicité de Dan Brown de Renaud-Bray dans le métro avec le logo de la SODEC nous a fait grincer des dents, aborder ce problème en s’attaquant strictement aux libraires est prendre le problème du mauvais côté, à mon humble avis. Nous devons avant tout rendre notre littérature incontournable aux yeux des libraires et faire en sorte que chaque expérience intime de lecture de nos écrivain.e.s devienne des références communes.


La Fondation littéraire Fleur de Lys se range au point de vue de madame Elodie Comtois, Écosociété, vice-présidente de l’ANEL et présidente du comité promotion de l’ANEL. La diversité de l’offre en librairies compte pour beaucoup dans leur succès et la liberté littéraire des lecteurs exige le plus grand des respects.

Cependant, nous sommes aussi d’avis que l’aide gouvernementale aux libraires doit s’accompagner de certaines exigences de promotion du livre québécois.

Nous l’avons évoqué dans notre mémoire à l’attention de la Commission parlementaire sur le prix unique du livre.

Mémoire de la Fondation littéraire Fleur de Lys à l’attention de la Commission parlementaire sur le prix unique du livre – Version PDF sans lien hypertexteVersion PDF avec liens hypertextes.

Nous proposions dans ce mémoire :

Que toute réglementation éventuelle du prix du livre devrait être accompagnée de demandes spécifiques à l’industrie du livre soient la mise en vedette des livres québécois dans les librairies sans fais pour les éditeurs et les distributeurs et l’obligation d’imprimer au Québec tous les livres édités avec l’aide de l’État

Nous revenions sur le sujet dans un second mémoire intitulé «Comment soutenir les librairies indépendantes québécoises ? à l’attention du gouvernement du Québec» déposé au ministère de la Culture et des Communications

Nous avons proposé :

 

  • Programme de promotion nationale des ventes
    • Crédit d’impôt aux citoyens pour l’achat de livres québécois

 


La fréquentation des librairies implique une offre la plus variée possible en la présence d’œuvres d’auteurs de toutes la francophonie.


La promotion du livre québécois dans nos librairies exige une mise en vedette avec un espace dédié identifié.


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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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