Pour une Fédération du loisir littéraire renouvelée, Rapport d’analyse produit pour la Fédération québécoise du loisir littéraire

Voici le le texte intégral d’un rapport commandé par la Fédération québécoise du loisir littéraire, organisme dont la Fondation littéraire Fleur de Lys est membre. Le rapport est signé par François R. Derbas Thibodeau.

Un passage de ce rapport m’apparaît particulièrement inquiétant et mon commentaire est publié à la suite de la reproduction de ce texte.

P.S.: Nous avons ajouté des liens hypertextes à la reproduction de rapport.

Pour une Fédération du loisir littéraire renouvelée

Rapport d’analyse produit pour la Fédération québécoise du loisir littéraire

Par François R. Derbas Thibodeau, consultant
Doctorant en communication sociale,
Université du Québec à Trois-Rivières

Le 17 août 2017

Note importante : le présent document constitue un outil de travail du comité de pilotage de la planification stratégique de la Fédération. Il n’a pas été conçu pour être consulté seul ou pour être interprété comme portant les réflexions abouties de la Fédération. Il doit plutôt être lu en complément du document de présentation principal des résultats de la démarche. Sa diffusion est faite dans le but de laisser des traces du démarchage encouru et des aspects inclusif et démocratique de l’étape importante des consultations sur la base desquelles la réorientation de la Fédération s’appuie.

Table des matières

INTRODUCTION
NOTE MÉTHODOLOGIQUE

RÉSULTATS D’ANALYSE ET DISCUSSION

1. LA FÉDÉRATION DU LOISIR

1.1 REPOSITIONNEMENT IMMINENT

2. DES ACTIVITÉS OUVERTES ET ACCESSIBLES À TOUS

2.1 SOUTIEN AUX ATELIERS ET À LA FORMATION DES AMATEURS

2.2 VOLET ÉVÉNEMENTIEL ET PARTENARIATS

3. UNE OFFRE D’ACTIVITÉS PENSÉE DANS LA COMPLÉMENTARITÉ

3.1 COMITÉS STRATÉGIQUES SECTORIELS

4. APPROCHE COMMUNICATIONNELLE REDÉFINIE : UN RÉSEAU DE RÉSEAUX

4.1 CONSOLIDER LA LOGIQUE DE RÉSEAU

4.2 IMAGE, COMMUNICATION ET VOLET NUMÉRIQUE

4.3 SERVICES TECHNIQUES

ANNEXES

RÉSULTATS D’ANALYSE STRATÉGIQUE. OBJECTIFS STRATÉGIQUES ET MOYENS D’ACTION.

GRILLE DE DISCUSSION, CAFÉS-RENCONTRES DE PLANIFICATION STRATÉGIQUE

Introduction

La Fédération québécoise du loisir littéraire (ci-après FQLL) a entrepris en 2016-2017 une démarche de planification stratégique. Dans ce cadre, des cafés-rencontres ont été menés afin de permettre la prise en compte des points de vue diversifiés de membres issus de toutes les régions ainsi que d’acteurs sociaux par ailleurs concernés par le loisir littéraire. Ce document présente une synthèse des propos recueillis dans ce cadre. Il doit servir à poser des balises qui permettront au comité de pilotage, aux administrateurs de la Fédération ainsi qu’à ses membres d’établir les orientations puis les objectifs stratégiques les plus pertinents possible en regard de la réalité du terrain telle qu’elle est vécue par les amateur(e)s du loisir littéraire, partout au Québec.

Note méthodologique

Les 7 cafés-rencontres qui ont eu lieu entre mars et juillet 2017 à Gatineau, Jonquière, Longueuil, Montréal, Rivière-du-Loup, Saint- Jérôme et Sherbrooke, ainsi que l’apport ponctuel de quelques membres consultés sur une base individuelle ont permis au comité de pilotage de la planification stratégique d’entendre 87 participants au total. Ces groupes de discussion rassemblaient chacun de 6 à 21 personnes, divisés en sous-groupes plus petits lorsque plus de 12 participants étaient présents tel qu’il convient de le faire afin de favoriser la profondeur du propos en recherche qualitative en sciences sociales (Gauthier, 2010)1.

Les cafés en question ont été animés par les membres du comité de pilotage après une soirée de formation portant sur l’animation d’entretien de groupe ainsi que sur les principes de la recherche inductive (Luckerhoff et Guillemette, 2012)2 qui les sous-tendent, c’est-à-dire la recherche visant à découvrir des éléments de réflexion nouveaux plutôt que de viser à confirmer ou infirmer ce que l’on connaît déjà comme c’est le cas en recherche hypothético-déductive, plus connue. En ce sens et sous ma supervision, les animateurs des cafés-rencontres ont accueilli chaque point de vue et chaque opinion émis comme un élément de réflexion à prendre en considération, indépendamment qu’il soit plutôt positif ou critique – il est invariablement témoin du vécu d’un acteur social et culturel qui vit une certaine réalité sur le terrain qu’il nous importe de prendre en compte.

Lors des cafés-rencontres, les discussions étaient appuyées sur des questions ouvertes portant sur des thèmes généraux préalablement déterminés comme porteurs par le comité de pilotage, c’est-à-dire :

  1. L’évolution du loisir littéraire au Québec et de la FQLL en parallèle ;
  2. L’innovation générale en matière d’offre de services en loisir culturel ;
  3. iii. Le sentiment d’appartenance des amateurs de loisir littéraire à la FQLL ;
  4. La communication (au sens social du terme) ainsi que la capacité de mobilisation de cette dernière puis ;
  5. Les moyens de financement qui s’offrent à elle.

Les guides d’animation en question sont disponibles en annexes de ce rapport. Lors de ces groupes de discussion, des cahiers de notes étaient remis aux participants puis récoltés au terme de la rencontre à des fins d’analyse. Un secrétaire d’assemblée était également nommé et était chargé de mettre à l’écrit les propos tenus et les idées reçues. Un texte de synthèse générale était enfin coproduit par le secrétaire et l’animateur au terme de la rencontre. Ce sont ces éléments qui ont fait l’objet d’une analyse qualitative en induction, incluant une schématisation des éléments générés afin de nous permettre de mieux comprendre dans une perspective globale les dynamiques à l’œuvre.

Enfin, nos résultats sont ci-après présentés en suivant ladite nouvelle organisation des idées, reschématisée, tout en intégrant d’emblée des éléments de discussion dont l’essentiel renvoie aux idées initialement développées dans le cadre du mémoire «Stratégie d’intégration du loisir culturel au système culturel québécois» (Derbas Thibodeau, 2014)3 puis par la suite élaborées en collaboration avec divers acteurs culturels, dont le Conseil québécois du loisir pour ne nommer que celui-là.

Résultats d’analyse et discussion

1. La fédération du loisir

1.1 Repositionnement imminent

Il ressort d’abord de nos analyses des propos tenus lors des cafés-rencontres un point d’orientation fondamental qu’il importe de soulever d’entrée de jeu. Le témoignage de plusieurs participants renvoie en effet à un sentiment de privatisation des bénéfices directs de certaines activités soutenues par la FQLL. Que ce soit concernant les services actuels du financement d’activités (les fameux 125$), concernant les mesures de soutien à l’auto-édition, à la publication ou encore à la professionnalisation en général, un ajustement majeur s’impose. Il appert effectivement que certaines des pratiques actuelles de la Fédération ne sont pas en phase avec les normes du Conseil du Trésor du Québec qui demande aux organismes nationaux de loisir culturel de ne pas agir à titre de redistributeur de argents qui lui sont octroyés. Ce point soulève l’ambigüité dans laquelle s’est placé, au fil des ans, la Fédération par rapport à ce que devrait être, à un niveau fondamental, une fédération de loisir culturel. La différenciation entre ce qui relève du domaine d’action littéraire professionnel versus du loisir littéraire apparaît donc mériter que l’on s’y attarde ; ce qui est d’autant plus pertinent que la FQLL détient une accréditation d’organisation de bienfaisance de l’Agence du Revenu du Canada pour qui le bénéfice commun ou collectif (vs le bénéfice privé) constitue l’un des critères sine qua non à la reconnaissance comme telle. Lors des cafés-rencontres et en lien, un besoin dans le sens d’activités et services plus «ouverts» a souvent été exprimé. Dans ses orientations autant que dans ses actions, la ligne tracée par la FQLL gagnerait donc à être plus claire.

En lien avec cet enjeu de fond, des intervenants externes conseillent aussi à la fédération d’adopter un positionnement plus clair dans l’échiquier de la culture au Québec, de mieux définir son créneau. Pour en citer une : «Ça vous prend votre créneau à vous. Comme les ateliers qui donnent le goût d’écrire et de lire, ça on [les bibliothèques publiques] aime ça! Vous êtes pas l’asso des auteurs, vous êtes l’asso du loisir!» (participante). C’est dire que les relations avec le milieu professionnel des auteurs puis de l’industrie du livre, qu’on nous a par ailleurs décrites comme ténues, tout au mieux, ainsi que les relations avec les institutions culturelles plus largement puis avec le ministère de la Culture, devraient être d’autant plus harmonieuses que les rôles joués puis les objectifs poursuivis par la Fédération sont clairs et sans ambigüité, pensés dans la complémentarité d’un écosystème culturel entier. C’est autant là une question de positionnement stratégique que de réalisme ; si l’on parle de mise en marché d’œuvres littéraires puis de professionnalisation des auteurs, on ne peut faire compétition aux vigoureux secteurs des industries culturelles puis de la culture professionnelle. Les consulter sur la question pourrait d’ailleurs être un exercice porteur, pour la FQLL : comment la Fédération pourrait-elle se développer et consolider son propre créneau, celui du loisir littéraire? Il importe donc de tenter de redéfinir notre offre de services et d’activités en complémentarité avec la leur.

Comment la FQLL pourrait-elle donc se repositionner plus près du monde des amateurs qu’elle est supposée représenter, plus près du loisir littéraire, et plus près des bienfaits d’intérêt collectif? Avant de nous tourner vers les propositions d’activités spécifiques reçues lors des cafés-rencontres, référons-nous un instant à une publication récente du Conseil québécois du loisir (CQL) afin de mieux nous aiguiller sur ce qui devrait fonder une association nationale de loisir culturel aujourd’hui, sur l’essence d’une fédération. Sur ce qu’est l’amateur, outre le sens galvaudé et restrictif de semi-professionnel qui lui est souvent attribué – ce que nous devons dépasser. Selon le CQL :

«Lieu de partage et de rencontre, le milieu associatif du loisir culturel regorge de passionné(e)s, et de citoyen(ne)s qui ont choisi d’être non seulement des spectateurs, mais également des acteurs de la culture. Il compte dans ses rangs des «amateurs» au sens noble du terme, soit des personnes qui, par amour des arts, de la culture et du patrimoine, et ce, sans aspiration pécuniaire, font de la musique, du théâtre, de la danse, écrivent, […] etc. Il s’agit de véritables amateurs de la culture, qui souhaitent s’exprimer, découvrir, et partager leurs passions. S’ils apprécient les rencontres avec les œuvres, les objets et les artistes, ils souhaitent aussi, parfois, devenir eux-mêmes des professionnels. Il est par ailleurs reconnu, particulièrement dans les régions et les petites communautés, que le véritable accès à la culture dans ses diverses formes d’expression, soit souvent possible grâce à ces «amateurs», jeunes et moins jeunes. Nous sommes donc bien loin du sens péjoratif des termes «loisir culturel» et «pratique amateur». […]

Or, nombre de recherches menées ces dernières années par des sociologues de la culture tendent à établir clairement que le loisir culturel et les pratiques culturelles en amateur contribuent à l’apprentissage et à l’expérience culturelle des citoyens ; ils constituent même un apport précieux l’écosystème culturel, entre autres sur le plan de la formation et du développement des publics. Mais plus encore : la conservation, la création, la production, la diffusion et la promotion culturelles font partie des préoccupations constantes et des défis quotidiens des amateurs de loisir culturel. Les actions des diverses communautés et des associations peuvent être locales, régionales, nationales et même internationales. Ce sont de véritables réseaux sociaux qui n’ont rien de virtuel, mais qui représentent de réelles «infrastructures humaines» (CQL, 2016)4.

En dehors de la perspective générale de la place de l’amateur (au sens noble ; motivé par la découverte, le partage et l’amour de l’art) puis du loisir culturel dans l’écosystème culturel, les mots-clés que nous retiendrons ici sont «réseaux» puis «formation et développement des publics». Ils sont, à notre humble avis, deux repères importants qui pourraient aider la FQLL de mieux trouver son créneau dans ledit système culturel.

Pour la suite, et sur trame de fond de ces deux grands axes, nous présenterons en nous collant de très près aux demandes et besoins exprimés par les participants aux cafés-rencontres un portrait de la FQLL renouvelée et repositionnée.

2. Des activités ouvertes et accessibles à tous

2.1 Soutien aux ateliers et à la formation des amateurs

On nous décrit, lors des cafés-rencontres, une Fédération renouvelée comme soutenant d’abord et avant tout des activités de loisir individuelles ou collectives et dont le caractère ouvert est manifeste. Son but central est de stimuler et faciliter la pratique de loisir ou encore l’organisation d’activités de groupe lors desquelles on peut «Lire, dire ou écrire … Pour le plaisir!» (participant). Ces activités sont des occasions de rencontre et d’échange, d’expression, de créativité et de découverte pour la plupart, puis d’apprentissage, peut-être de défi, de perfectionnement technique et d’acquisition de compétences pour d’autres. Ultimement, les activités soutenues par la FQLL permettent à chacun de leurs participants de s’émanciper.

Un élément-clé du soutien à la tenue de telles activités pourrait être, pour la FQLL, de développer des éléments d’encadrement (idées et modèles d’activités) puis de formation (formations intervenant sur les habilités d’animateur et de médiateur culturel, par exemple) aux individus et/ou aux organisations. On nous suggère aussi d’offrir certaines initiations au grand public puis des formations de perfectionnement, plus pointues, aux amateurs plus chevronnés, et ce, toujours à prix avantageux pour les membres.

En ce qui a trait au financement de 125$ qui était jusqu’ici distribué aux organisateurs d’événements, il serait possible de contourner les potentiels intérêts de gain pécuniaire en offrant seulement le remboursement de certaines dépenses admissibles (infrastructures, location d’équipement, goûter, etc.), puis en reportant une autre part de l’enveloppe vers la constitution d’un ou deux prix substantiels, voire d’une bourse, décernés à un individu ou une organisation en fin d’année en guise de reconnaissance de leur engagement puis de leur contribution à l’offre d’activités en loisir littéraire. De cette manière, on ne nuirait pas au potentiel de déploiement d’activités et ne freinerions pas la verve entrepreneuriale de nos membres, tout en augmentant la reconnaissance et en décourageant ceux qui voudraient faire des activités financées par la FQLL une «business» personnelle.

2.2 Volet événementiel et partenariats

Dans l’optique d’une harmonisation de l’offre, la mise en place de partenariats divers est proposée, tous sous-secteurs de la culture et du socioculturel confondus. Les participants aux cafés-rencontres suggèrent notamment en ce sens que la Fédération développe des partenariats systématiques avec tous festivals possédant une composante littéraire à ses activités. Viennent ainsi d’emblée à l’esprit les festivals de poésie et autres salons du livre.

Le développement d’expertise en animation d’atelier de médiation autour d’œuvres littéraires, en collaboration avec les auteurs, est aussi mentionné comme un service de loisir pouvant potentiellement intéresser les maisons d’édition.

Plusieurs participants proposent aussi que le volet événementiel de la FQLL soit renouvelé afin de conférer à la Fédération un meilleur rayonnement ainsi que pour renforcer le sentiment d’appartenance et la culture de ses membres. On propose ainsi la mise sur pied d’un festival annuel ou d’une grande fête du loisir littéraire, tenue dans une région hôtesse chaque année, et qui aurait comme seconde fonction d’être l’occasion de multiples conférences, ateliers ou formations, l’occasion de la présentation de certaines œuvres sélectionnées ainsi que de tenir un gala reconnaissance pour remettre divers prix et saluer l’implication, l’engagement ou encore la contribution littéraire ou créative de certains membres.

À maintes reprises a aussi été soulevée l’opportunité que représente pour la Fédération la popularité actuelle des événements de slam, de type micro ouvert, les soirées d’improvisation théâtrale et même, de conte, qui peuvent être facilement organisés presque autant dans un pub du coin que dans une salle communautaire, et permettent de rejoindre des publics diversifiés, jeunes et moins jeunes, autant néophytes que cultivés. Afin d’ainsi continuer de se faire connaître en dehors des cercles littéraires, la consolidation du leadership de la FQLL dans le soutien de telles activités apparaît donc stratégique.

Cet axe événementiel va également de pair avec une autre suggestion reçue, celle de développer un leadership dans les manifestations artistiques urbaines inspirées de la mode des flash mobs contemporaine. À la poursuite du double objectif de se faire connaître puis de faire participer spontanément les publics à des activités de loisir littéraire mis en place dans l’espace public, on suggère donc que la FQLL prenne des initiatives d’art public, interactif autant que possible, tout en insistant sur la présence des médias à ces manifestations. De tels événements pourraient être inspirés, par exemple, du «Mur de la poésie»5 à Paris, ou pourraient prendre la forme d’un «Arbre à poème»6 endossé par une personnalité connue. L’activité de partage de fragments littéraires «les Secrets de fond de tiroir» en constitue un autre bon exemple.

3. Une offre d’activités pensée dans la complémentarité

3.1 Comités stratégiques sectoriels

Revenant aux ateliers, plusieurs milieux sont également mentionnés comme présentant un fort potentiel stratégique. De tels milieux, pour lesquels on propose de mettre sur pied des comités nationaux chargés d’élaborer des programmes d’encadrement d’ateliers spécifiquement adaptés à leurs besoins, en collaboration avec leurs acteurs, sont : les écoles, les bibliothèques publiques, puis les organisations sociales et communautaires telles que les associations de l’âge d’or, les clubs Optimistes et Lions entre autres organisations de loisir, les Maisons de la famille et Centres femmes, puis les organismes d’intégration, de francisation et de médiation socioculturelle et interculturelle. Que ces milieux adoptent le loisir littéraire comme type privilégié d’activité de loisir ainsi que comme un outil d’intervention, au besoin, pourrait constituer un objectif stratégique central de la FQLL renouvelée.

Des exemples d’extrants concrets résultant d’une telle démarche pourraient être, dans le cas du milieu scolaire par exemple : une formule nationale de culture-club du loisir littéraire, offerte clé en main aux écoles secondaires et CÉGEPs, et proposant à prix coûtant (pour l’école ; gratuite pour l’étudiant) une mosaïque d’activités littéraires comme des ateliers d’écriture, de création littéraire, des clubs de lecture, d’aide aux devoirs ou au français, de journal étudiant, d’ateliers de poésie, sur l’art du journal intime par exemple, ou encore sous la forme de concours régionaux puis nationaux d’écriture et de poésie, ou enfin l’offre d’un mentorat orienté moitié devoir, moitié loisir.

Des variations sur ces bases pourraient aussi donner lieu à des activités fort appréciées par les bibliothèques publiques. Proposition de scénario : supposons qu’un bibliothécaire nous dise que certaines clientèles sont difficiles d’atteintes pour les bibliothécaires de l’institution, qui sont déjà débordés sur les lieux. Dans la logique de complémenter leur offre d’activités déjà existante, des intervenants membres de la Fédération pourraient faire la proposition de tenir dans ces quartiers laissés-pour-compte des activités d’éveil à la lecture pour les tout-petits ou encore des activités de type Heure du conte dans une résidence de personnes âgées (qui ne peuvent se déplacer à la bibliothèque facilement) excentrée. Auprès de ces personnes âgées, pourquoi ne pas également offrir un certain service de référence littéraire, avec possible développement celui de contribuer à l’emprunt de livres à distance? Voilà de quoi se faire apprécier des bibliothèques et avancer, du même coup, dans le sens de la mission de la Fédération. Enfin, nous suggérons plus généralement que la FQLL développe un cadre partenarial avec les réseaux de bibliothèques publiques, servant littéralement à l’orientation et à la médiation auprès des clientèles et clientèles potentielles de la bibliothèque publique, alors que la bibliothèque pourrait en contrepartie servir de tremplin au renforcement du positionnement, de la légitimité, voire de la notoriété de la Fédération. En contrepartie également, la bibliothèque opère évidemment une partie de la promotion puis héberge nos activités de loisir littéraire – ce qu’elle devrait d’ailleurs déjà faire, soit dit en passant.

Enfin, le même exercice de tempête d’idées, concernant cette fois les clientèles des Fédérations de l’âge d’or, pourrait mener certains membres de la FQLL à proposer des ateliers d’écriture de «l’Histoire de votre famille», de prendre en main la bonification du journal de la FADOQ, etc. Des comités spécifiques à chaque milieu, incluant des acteurs desdits milieux, pourraient donc être chargés d’élaborer une offre de service pensée dans la complémentarité.

4. Approche communicationnelle redéfinie : un réseau de réseaux

4.1 Consolider la logique de réseau

Les participants décrient presque à l’unanimité que la Fédération ne soit pas assez connue, que sa notoriété laisse à désirer. Pour pallier à cela, on propose, après la redéfinition de la Fédération, la mise en branle d’une opération massive de consolidation de la logique de réseau prévalente. En bref : d’abord mieux se connaître entre nous puis, ensuite, mieux se faire connaître. On suggère donc de procéder, en premier lieu, au resserrement des liens entre les membres individuels et collectifs entre eux puis avec la Fédération. Selon plusieurs, les cafés-rencontres tels que ceux tenus récemment, organisés sur une base régionale, constituent un précieux exemple de potentiel de mobilisation qui, en temps normal, reste inexploité. Selon eux, la poursuite de telles activités, ou l’organisation d’événements régionaux de réseautage, de 5 à 7 par exemple – soient-ils thématiques ou à l’occasion d’un lancement quelconque – permettrait à la Fédération de consolider la culture de ses membres qui semble faire défaut, mais également, par effet multiplicateur attendu, d’augmenter son rayonnement puis ultimement, d’intervenir positivement sur sa notoriété.

On suggère donc l’adoption d’une dynamique de communication plus bilatérale et soutenue avec les membres puis de leur donner l’occasion d’augmenter leur implication, du point de vue organisationnel et démocratique de la fédération. Il a été suggéré, en ce sens, que soit nommé un représentant régional, et que soit pérennisée l’approche de consultation / d’implication en comités régionaux, plus ou moins formels. Ceci permettrait aussi potentiellement de faire «descendre» l’exercice de réflexion stratégique au niveau régional puis local, permettant un meilleur enracinement de la démarche puis l’identification plus précise de partenaires potentiels ainsi que de leurs besoins. Certains participants ont par ailleurs mentionné que le fait d’être consulté plus régulièrement, de sentir que leur voix est prise en compte, puis d’obtenir un feedback, constitue pour eux une importante source de motivation ; un facteur de mobilisation.

On encourage aussi la poursuite de l’ouverture à la contribution d’acteurs sociaux ou culturels concernés par le loisir culturel et par les activités de la Fédération malgré qu’ils n’en soient pas forcément membres. La participation de responsables de bibliothèques publiques à la démarche a en outre été jugée comme un point fort, et qui plus est porteur dans le sens d’éventuels partenariats ou de l’harmonisation de l’offre de service qui a été évoquée. Ce qui nous amène au second niveau du renforcement de la logique de réseau : les liens entre la Fédération et les autres acteurs sociaux actifs dans son environnement.

Une fois la redéfinition de la Fédération opérée, il importera en ce sens d’adopter un réflexe de représentation systématique sur les diverses tables locales, régionales et nationales qui nous sont ouvertes. En dehors des tables de la culture puis des chambres de commerce, il a été suggéré de consulter, sur une base régionale, les Municipalités régionales de comté puis les Conseils de la culture afin de déterminer à quelles instances les représentants de la Fédération pourraient participer. La même logique d’ouverture doit prévaloir aux niveaux locaux puis nationaux.

4.2 Image, communication et volet numérique

Pour aider la FQLL à renouveler son image par ailleurs, plusieurs participants ont fait la suggestion de se doter d’un porte-parole notoire, qui pourrait être dans la sphère médiatique le visage associé à la nouvelle Fédération. Lire, dire, écrire… Pourquoi pas Fred Pellerin? Dans la même foulée, pourquoi ne pas en profiter pour transformer l’image de marque de la Fédération? Des participants proposent que, lors des partenariats qui seront établis, ce ne soit pas le logo de la Fédération qui soit promu, mais plutôt une bannière faisant la promotion du Loisir littéraire directement. Nous sommes d’avis qu’il serait bien qu’une éventuelle campagne de communication s’appuie sur un message clair et contourne autant de préjugés qu’il est possible de le faire.

Au sujet d’un renouvellement de l’approche communicationnelle de la Fédération, la mise en place de tout un volet d’action numérique a également été soulevée. Celui-ci pourrait, d’une part, s’appuyer sur une veille professionnelle de l’actualité littéraire dont les faits saillants seraient retransmis sur de multiples plateformes numériques (incluant une infolettre) et sur les réseaux sociaux, de manière interactive afin de permettre la participation et l’expression des publics et membres. D’autre part, cela passerait par la consolidation de la place du journal le Passeur dans l’écosystème littéraire québécois. Afin d’en faire augmenter la notoriété et, du même coup, celle de la Fédération, on propose donc d’en améliorer la diffusion, en copie physique puis virtuelle. Un maillage serait ici vraisemblablement possible avec des journaux locaux, de quartier, et communautaires, puis les revues d’autres organisations. Ensuite, certaines activités, conférences ou ateliers web pourraient être donnés en présence virtuelle également.

On suggère aussi que la FQLL offre en ligne un bottin interactif des ressources, sur une base nationale puis régionale. Afin de consolider sa position de fer de lance du loisir littéraire, il est aussi suggéré de documenter (avec photos, fiche d’évaluation postmortem, puis témoignages reçus si possible) toutes les activités en lien avec la Fédération (à la manière de, voire en collaboration avec, la Filière du loisir culturel – www.loisirculturel.ca), puis de rendre compte des «meilleurs coups de l’année en loisir littéraire» de manière détaillée dans une publication annuelle, ainsi que de produire systématiquement un rapport annuel qui soit public d’ailleurs. Le calendrier de la Fédération est d’ailleurs aussi hyper-pertinent, dans l’optique de la consolidation d’un tel leadership.

4.3 Services techniques

De manière complémentaire au volet numérique, certains participants suggèrent enfin l’offre de services secondaires plus techniques tels que la numérisation, la retranscription, la conversion audio ou encore la révision et la correction, quoique ces services nous apparaissent quelque peu relever «de la première ligne» plutôt que de services que devrait offrir un «réseau de réseaux», tel que la Fédération devrait aspirer à être. C’est-à-dire qu’une fédération nationale, pour augmenter la portée de ses actions, devrait selon nous privilégier de «faire faire» par d’autres organisations plus près du terrain, elle agissant en amont, plutôt que de «faire» elle-même directement. Rien n’empêche donc la FQLL d’encadrer des partenariats avec des tiers partis, eux en mesure de fournir de tels services et possiblement à prix avantageux aux membres. C’est la même approche que nous proposerions de préconiser concernant le service d’impression (de micro-édition) qui a également été suggéré. Cela, afin que le créneau développé par la FQLL s’inscrive dans la meilleure complémentarité possible avec les autres acteurs déjà en place dans le système culturel québécois.

Dans le même axe d’idées, face à la proposition qui a été reçue de développer une expertise absolue en d’auto-édition, nous émettons une réserve majeure : pas que la prise de leadership en la matière soit impertinente. Seulement, dans l’intérêt d’harmoniser l’offre de services et d’activités de la Fédération avec celles des autres organisations, nous pouvons croire qu’il serait stratégique de laisser cette opportunité à d’autres – ou tout au plus, de participer à la mise sur pied d’une autre organisation qui y est expressément dédiée. Nous avons vu qu’en matière de loisir littéraire, il y a déjà amplement de quoi faire sans jouer dans cette zone grise au cadre notablement flou et qui plus est, à haut potentiel conflictuel, entre le loisir et la commercialisation. Idem pour le financement du lancement de livres, d’ailleurs.

ANNEXE 1

Résultats d’analyse stratégique. Objectifs stratégiques et moyens d’action.

1. Développer une culture d’engagement

  1. Moyens d’action : travail avec des interlocuteurs collectifs
  2. Mise en place de mécanismes et de programmes structurants et normés
  3. Reconnaissance de l’engagement (programmes)
  4. Se positionner en faveur de l’action interculturelle
  5. Promouvoir le rassemblement autour de l’amour de l’écriture
  6. Promouvoir (soutenir) les projets d’écriture citoyennement engagée

2. Développer une offre de service innovante, inclusive et rassembleuse

  1. Promouvoir la dimension humaine de l’activité
  2. Développer le volet «ressources numériques» (tutoriels, webinaires, rediffusion d’événements, forums et communautés d’intérêt) – en lien avec la «Boîte à outils»;
  3. Mettre en place une «Boîte à outils» rassemblant des ressources humaines (expertise) et numériques
  4. Développer le volet «Médiation culturelle et socioculturelle»
  5. Mise en place d’une offre d’activités, événements et services aux communautés ciblées
  6. Développer une expertise en événement public et/ou interdisciplinaire en loisir littéraire

3. Consolider les communications de la fédération

  1. Revoir l’image de marque de la fédération dans le sens de l’engagement
  2. Se positionner comme une référence en matière de ressources humaines et
    numériques pour l’écriture et la littérature
  3. Travailler au renouvellement du membership et de la relève
  4. Redéfinir les statuts des membres
  5. Développer des liens durables avec les médias, journaux communautaires,
    etc.
  6. Réseautage :
  1. Établir des partenariats locaux, régionaux, nationaux (et éventuellement internationaux) afin de consolider la structure associative et d’augmenter le rayonnement de la fédération
  2. Intervenir auprès des groupes sociaux, communautaires et culturels ciblés
  3. Intervenir auprès d’acteurs institutionnels et bibli. publiques

4. Construire une stratégie financière plus solide

  1. Favoriser le financement et l’attractivité au financement de la
    fédération par la réorientation stratégique
  2. Diversifier les sources de revenu, incluant l’autofinancement par les
    frais de formation

ANNEXE 2

Grille de discussion, cafés-rencontres de planification stratégique

Par : François R. Derbas Thibodeau, consultant le 20 mars 2017

Notes initiales :

  • Entretien de groupe d’une durée approx. de 90 à 120 minutes;
  • Pour 8 à 12 participants idéalement. Voir «cahier travail groupe» si plus de 12 pers.;
  • Un animateur et un secrétaire sont requis;
  • Disposer les chaises et/ou tables de manière circulaire;
  • Papier, crayon, puis un moyen de s’identifier sont remis à chacun des participants;

IMPORTANT : Après s’être introduit et avoir présenté la démarche en cours ainsi que le plan de la rencontre, on initie la discussion avec un bref tour de table où chacun des participants se présente. À noter par le secrétaire : le nom des participants et leur affiliation.


NOTES EN BAS DE PAGE

1 Gauthier, B. (2012). Recherche sociale. De la problématique à la collecte de données. 5ème éd. PUQ.

2 Luckerhoff, J. et Guillemette, F. (dir.)(2012). Méthodologie de la théorisation enracinée. Fondements, procédures et usages. PUQ.

3 Disponible en ligne au : http://depot-e.uqtr.ca/7339/1/030673488.pdf

4 Conseil québécois du loisir (2016). Le loisir et les pratiques culturelles en amateur : un apport essentiel à la culture québécoise. Mémoire déposé avec Ministère de la Culture dans le cadre de la consultation pour le renouvellement de la politique culturelle du Québec. (Téléchargement PDF)

5 Mur de la poésie, voir : https://www.printempsdespoetes.com/index.php?rub=14&ssrub=72&page=252

6 L’arbre à poème, voir : http://www.larbreapoemes.fr


TÉLÉCHARGEMENTS

Télécharger le PDF de ce Rapport d’analyse

SOURCE : Fédération québécoise du loisir littéraire.


AUSSI DISPONIBLE

Le 20 septembre dernier, la FQLL a présenté son plan d’action 2017-2020. Les mots-clés qui ont guidé sa conception sont « réseaux », « formation » et « développement des publics ». La FQLL avec cette vision renouvelée de son mandat veut redonner sa place à l’amateur de littérature (au sens noble, motivé par la découverte, le partage et l’amour de l’art) et au loisir littéraire dans l’écosystème culturel québécois actuel. Ce plan d’action a été réalisé à la suite de la tenue de 7 cafés-rencontres dans autant de régions du Québec. Ces rencontres ont permis de recueillir les points de vue diversifiés de membres ainsi que d’acteurs sociaux concernés par le loisir.

Quelques aperçus de la programmation :

En 2018 :

Lancement d’une politique éthique et démocratique accessible à tous qui sera disponible sur le site internet de la FQLL

Organisation d’évènements de réseautage dans diverses régions du Québec

Lancement d’une première trousse d’outils en loisir littéraire

Lancement d’un nouveau programme de soutien aux activités en loisir littéraire qui inclut les nouvelles pratiques

En 2019

Première édition de la Grande Fête du loisir littéraire (évènement biennal) durant laquelle des prix seront décernés, dont celle de la reconnaissance de bénévoles

Lancement de formations en ligne pour les membres

Meilleure diffusion des activités des membres, calendrier d’activités plus convivial sur le site internet, bottin de ressources en ligne

Revue Le passeur améliorée avec de nouvelles sections

En 2020 :

Première activité grand public en loisir littéraire

Pour le réaliser, nous aurons besoin de votre soutien. Des comités seront mis en branle pour venir enrichir notre réflexion et adapter nos propositions à vos besoins.

Consultez-le, lisez-le, c’est pour vous!

PLAN D’ACTION FQLL

SOURCE : Fédération québécoise du loisir littéraire.


À LIRE AUSSI

Écrire? Le plaisir croît avec l’usage – La Fondation québécoise du loisir littéraire, Annick Duchatel, Entre les lignes

Tirages limités, Julien Brault et Pierre Monette, Entre les lignes

 



Mon commentaire

Le passage soulevant mon inquiétude

«Dans le même axe d’idées, face à la proposition qui a été reçue de développer une expertise absolue en d’auto-édition, nous émettons une réserve majeure : pas que la prise de leadership en la matière soit impertinente. Seulement, dans l’intérêt d’harmoniser l’offre de services et d’activités de la Fédération avec celles des autres organisations, nous pouvons croire qu’il serait stratégique de laisser cette opportunité à d’autres – ou tout au plus, de participer à la mise sur pied d’une autre organisation qui y est expressément dédiée. Nous avons vu qu’en matière de loisir littéraire, il y a déjà amplement de quoi faire sans jouer dans cette zone grise au cadre notablement flou et qui plus est, à haut potentiel conflictuel, entre le loisir et la commercialisation. Idem pour le financement du lancement de livres, d’ailleurs.»

Source : Pour une Fédération du loisir littéraire renouvelée – Rapport d’analyse produit pour la Fédération québécoise du loisir littéraire, François R. Derbas Thibodeau, consultant, Doctorant en communication sociale, Université du Québec à Trois-Rivières, 27 août 2017, page 12.

L’auto-édition s’inscrit parfaitement dans la perspective du loisir littéraire

La proposition à l’effet de développer une expertise dans le domaine de l’auto-édition s’inscrit parfaitement dans la perspective du loisir littéraire tel que pratiqué aujourd’hui. Contrairement à la position de l’auteur du rapport, je crois fermement qu’il serait hautement stratégique de profiter de cette opportunité au sein de la Fédération québécoise du loisir littéraire pour le plus grand bénéfice des membres.

L’auto-édition : une «zone grise» ? Non

L’argument de l’auteur du rapport stipulant «qu’en matière de loisir littéraire, il y a déjà amplement de quoi faire sans jouer dans cette zone grise au cadre notablement flou et qui plus est, à haut potentiel conflictuel, entre le loisir et la commercialisation» relève davantage des préjugés face à l’auto-édition entretenus par les professionnels de la culture.

L’auto-édition n’est pas une «zone grise» depuis plusieurs décennies ou depuis l’arrivée et le développement de l’informatique domestique, de l’internet et de l’impression à la demande.

De plus, on ne peut pas parler d’une «zone grise» alors que toute une industrie de services d’aide à l’auto-édition aide ce loisir littéraire à prendre de l’ampleur comme jamais auparavant.

Un «cadre notablement flou» ? Non

Je suis d’avis que l’auto-édition n’évolue pas dans un «cadre notablement flou», du moins pour tous ceux et celles dont c’est l’un des loisirs les plus prisés, en parfait arrimage avec l’écriture et, par conséquent, le désir d’être lu. La mauvaise réputation faite à l’auto-édition ne provient assurément pas de ceux et celles qui en ont fait un loisir captivant. Bref, les critiques ne sont pas alimentées par les amateur.

«Haut potentiel conflictuel, entre le loisir et la commercialisation», une fausse perception du loisir culturel

L’auteur du rapport voit aussi l’auto-édition comme étant «à haut potentiel conflictuel, entre le loisir et la commercialisation». Or, je soutiens que la commercialisation fait partie du loisir qu’est l’auto-édition.

La commercialisation s’inscrit dans dans bon nombre de secteurs de la pratique culturelle en amateur : peinture, aquarelle, dessin, etc.; photographie; fabrication (vitrail, bijoux, etc.); couture, tricot, broderie, etc.; Poterie, céramique, glaise et autres. Mentionnons aussi la commercialisation des spectacles d’amateurs dans plusieurs domaines : Chant et chant choral, Danse de styles divers, Musique avec un instrument, Théâtre. Et que penser de la commercialisation des produits concoctés dans le cadre des activités de loisir des Cercles des fermières du Québec.

Amateurs et professionnels ou amateurs et industriels ?

Pour couvrir sous tous ses angles l’affirmation de l’auteur au sujet du haut potentiel conflictuel, entre le loisir et la commercialisation, il faut sans doute envisager un conflit entre les amateurs et les professionnels. Or, un tel conflit n’existe pas entre les auteurs amateurs et les écrivains professionnels.

En revanche, le dénigrement systématique de l’auto-édition par l’industrie du livre ici comme ailleurs dans le monde donne bel et bien lieu à des conflits. Mais ces derniers se tiennent en vase clos entre les intervenants du milieu du livre qui accordent du crédit à l’auto-édition et ceux qui ne veulent pas la voir reconnaître tant au sein des gouvernements que de la population, et ce, au seul profit de la production industrielle de livres.

Malgré toute cette force d’opposition de l’industrie du livre, l’auto-édition se développe et occupe aujourd’hui une place de choix dans les loisirs littéraires. Autrement dit, on ne peut pas empêcher les gens d’écrire et de vouloir être lu.

Le contexte québécois

Au Québec, il y a désormais plus de gens âgés que d’enfants. Et bon nombre de nos personnes pré-retraitées ou retraitées ont pratiqué l’écriture tout au long de vie dans le cadre de leur travail. Ces étudiants de la Révolution tranquille ont reçu une excellente instruction alors que le slogan de l’heure était «L’imagination au pouvoir». Les voilà maintenant délivrées des contraintes du travail et elles peuvent maintenant  laisser libre court à leur imagination en s’adonnant librement à l’écriture comme un loisir. La popularité des ateliers d’écriture témoigne de l’intérêt pour les loisirs littéraires.

Les ateliers d’écriture ne suffisent plus

Écrire, c’est intéressant. Voir un de ses textes publié dans une revue, c’est intéressant. Lire un de ses textes lors d’un micro-ouvert, c’est intéressant. Participer à un club de lecture, c’est intéressant. Tenir le lancement de son livre, c’est intéressant. Ne constatez-vous pas tout comme moi l’absence de toute une série d’activités dans cette liste ? On passe de l’écriture et la lecture au lancement de livre. Où sont toutes activités d’édition, de distribution et de diffusion ? Bref, où est l’auto-édition ?

Évidemment, même si elle n’est pas au programme, il faut admettre que l’auto-édition fait partie de la suite logique aux ateliers d’écriture et aux soirées micro-ouvert pour bon nombre d’auteurs amateurs.

Les besoins en loisirs littéraires

En près de quinze ans de pratique auprès des auteurs amateurs, je constate qu’ils aiment beaucoup s’adonner à la mise en page de leurs écrits grâce aux logiciels dédiés issus de l’informatique domestique., notamment de traitement de textes. Malheureusement, peu de gens connaissent les normes typographiques de base à respecter pour exploiter tout le potentiel de ces traitement de texte.

Il faut aussi s’arrêter aux différentes parties d’un livre : première de couverture, page de faux-titre, page de grand titre, frontispice, dédicace, épigraphe, l’avant-propos, la préface, l’introduction, les parties, les chapitres, la table des matières, l’achevé d’imprimer, la quatrième de couverture… la pagination, les entêtes et les pieds de pages.

Il en va de même des normes à respecter pour produire un fichier conforme aux normes de l’imprimerie.

Il faut aussi parler de l’illustration de l’œuvre et des banques d’images, de la résolution des fichiers des images ou des photographies intégrées dans l’œuvre.

Les questions relatives aux droits d’auteur, aux numéros ISBN, aux données avant publication et aux dépôts légaux doivent aussi être au programme du loisir littéraire.

Au cours de ma pratique, j’ai observé l’intérêt voire l’excitation des auteurs amateurs pour tous ces aspects de production de leurs œuvres sous la forme d’un livre. Ils auront souvent consacrés plusieurs semaines à peaufiner leur travail avec la plus grande passion aussitôt que le fil de la vie quotidienne leur donne le temps de s’adonner à leurs loisirs littéraires.

Avec ou sans la Fédération québécoise du loisir littéraire ? Avec !

Revenons sur cet autre passage du rapport : «Seulement, dans l’intérêt d’harmoniser l’offre de services et d’activités de la Fédération avec celles des autres organisations, nous pouvons croire qu’il serait stratégique de laisser cette opportunité à d’autres – ou tout au plus, de participer à la mise sur pied d’une autre organisation qui y est expressément dédiée.»

Si la Fédération québécoise du loisir décide de laisser à d’autres  le leadership dans le domaine de l’auto-édition, reconnu par l’auteur du rapport comme une opportunité, – ou tout au plus, de participer à la mise sur pied d’une autre organisation qui y est expressément dédiée, elle abandonnera les auteurs amateurs à des intérêt plus souvent qu’autrement privés. L’auto-édition étant un loisir très prisé, le nombre de fournisseurs de services augmente sans cesse. Alors, comment s’y retrouver ? Et s’il y a lieu, comment choisir ? Ou encore, comment le faire soi-même ?

La mission de la Fédération québécoise du loisir est claire :

«Offrir au grand public l’accès à toutes formes de l’expression littéraire dans un contexte de loisir, d’éducation et de perfectionnement.»

Source : Qui sommes-nous ? Fédération québécoise du loisir littéraire).

À mon avis, la Fédération québécoise du loisir littéraire a une mission d’éducation populaire au sujet de monde du livre auprès des auteurs amateurs qu’elle seule peut remplir avec toute l’objectivité nécessaire. Évidemment, elle peut s’associer à d’autres organismes de même statut (sans but lucratif) pour remplir cette mission mais le leadership dans le domaine de l’auto-édition à titre de loisir littéraire lui-revient d’emblée.

Le livre demeure et demeurera l’une des formes de l’expression littéraire la plus accomplie et la Fédération québécoise du loisir littéraire se doit de profiter de l’opportunité que lui offre la popularité grandissante de l’auto-édition.

Défis quotidiens des amateurs de loisir culturel

Or, nombre de recherches menées ces dernières années par des sociologues de la culture tendent à établir clairement que le loisir culturel et les pratiques culturelles en amateur contribuent à l’apprentissage et à l’expérience culturelle des citoyens ; ils constituent même un apport précieux l’écosystème culturel, entre autres sur le plan de la formation et du développement des publics. Mais plus encore : la conservation, la création, la production, la diffusion et la promotion culturelles font partie des préoccupations constantes et des défis quotidiens des amateurs de loisir culturel.

SOURCE : Le loisir culturel et les pratiques culturelles en amateur : un apport essentiel à la culture québécoise. Mémoire déposé par le Conseil québécois du loisir au ministre de la Culture et des Communications, monsieur Luc Fortin, dans le cadre de la consultation publique pour le renouvellement de la politique culturelle du Québec. Juin 2016. (Téléchargement PDF)

L’extrait de ce mémoire du Conseil québécois du loisir est inclus dans le rapport déposé à la Fédération québécoise du loisir culturel. Relisons-le avec plus d’attention : «Mais plus encore : la conservation, la création, la production, la diffusion et la promotion culturelles font partie des préoccupations constantes et des défis quotidiens des amateurs de loisir culturel».

Je comprends de cette observation que les amateurs de loisir culturel veulent non seulement relever le défis de la création mais aussi ceux liés au partage, c’est-à-dire ceux de la conservation, de la production, de la diffusion et de la promotion. Dans ce contexte, la Fédération québécoise du loisir culturel ne saurait exclure l’auto-édition de ses priorités.

Le Fédération québécoise du loisir culturelle doit-elle «faire faire» par d’autres ? Non

On peut lire ce passage dans la rapport déposé à la Fédération québécoise du loisir culturel : «De manière complémentaire au volet numérique, certains participants suggèrent enfin l’offre de services secondaires plus techniques tels que la numérisation, la retranscription, la conversion audio ou encore la révision et la correction, quoique ces services nous apparaissent quelque peu relever «de la première ligne» plutôt que de services que devrait offrir un «réseau de réseaux», tel que la Fédération devrait aspirer à être. C’est-à-dire qu’une fédération nationale, pour augmenter la portée de ses actions, devrait selon nous privilégier de «faire faire» par d’autres organisations plus près du terrain, elle agissant en amont, plutôt que de «faire» elle-même directement. Rien n’empêche donc la FQLL d’encadrer des partenariats avec des tiers partis, eux en mesure de fournir de tels services et possiblement à prix avantageux aux membres. C’est la même approche que nous proposerions de préconiser concernant le service d’impression (de micro-édition) qui a également été suggéré. Cela, afin que le créneau développé par la FQLL s’inscrive dans la meilleure complémentarité possible avec les autres acteurs déjà en place dans le système culturel québécois.»

La Fédération québécoise du loisir culturel peut être un «réseau de réseaux» que s’il y a des réseaux. Or, à l’heure actuelle, il n’y a pas de réseaux organisés dans le secteur de l’auto-édition, d’autant plus que plusieurs auteurs amateurs, à défaut de connaître les entreprises québécoises, se tournent vers des entreprises étrangères.

Le meilleur exemple de cette absence de réseau concerne la micro-édition (on devrait plutôt parler de micro-tirage et d’imprimeurs offrant une gamme de services en amont de l’impression en sous-traitance ou encore d’entreprises de micro-édition avec services en en sous-traitance).

Le 24 septembre 2017, Marquis Imprimeur annonçait son offre d’impression à la demande dans un communiqué de presse. Plusieurs médias ont traité cette annonce comme une nouveauté. En fait, c’est à croire que la presse québécoise entendait parler d’impression à la demande au Québec pour la première fois. Or, tous les auteurs amateurs le savent, c’est loin d’être le cas. Dès 2003, la Fondation littéraire Fleur de Lys a fait imprimé à la demande les livres de son catalogue ici même au Québec. J’ai analysé cette méprise des médias sous toutes ses coutures. Aujourd’hui, j’ajouterai que cette couverture de presse ne fut pas adéquate en raison de l’absence de réseaux ou d’association des imprimeurs québécois spécialisés dans les micro-tirages. Si un tel réseau avait existé, les journalistes auraient pu s’y référer pour présenter à leurs lecteurs l’annonce de Marquis Imprimeur dans son contexte réel.

On ne peut pas être un réseau de réseaux lorsque ces réseaux n’existent pas. Dans ces circonstances, la Fédération québécoise du loisir littéraire à une mission primaire à jouer auprès des auteurs amateurs : initier elle-même le réseau de tous les joueurs en présence dans le domaine de la micro-édition en les réunissant au sein de membership.

Si jamais l’idée vient à ces entreprises de fonder une association de la micro-édition, ce sera mission accomplie. Mais en partie seulement, car il faudra bien former les auteurs amateurs à la micro-édition afin qu’ils puissent développer leurs sens critiques et ainsi apprécier à leur juste valeur les services offerts par ces entreprises.

Pour l’heure, il n’y a que l’Office de la Protection du Consommateurs du Québec qui les protège car aucune règlementation gouvernementale régit les activités dans ce domaine.

Autrement dit, au Québec, dans les domaines concernant les auteurs amateurs, presque tout est à faire. On ne peut pas encore «faire faire». Il y a bel et bien des initiatives très intéressantes tel que Le Salon littéraire du Québec datant de 2014 tenu à Rivière-du-Loup et dans la Capitale nationale et permettant, entre autres, à des auteurs amateurs de se faire connaître à moindre coût.

CONCLUSION

Do it yourself – Faites-le vous-même

Le «faire faire» recommandé par l’auteur du rapport déposé à la Fédération québécoise du loisir littéraire ne concorde pas réellement à la mouvance mondiale du «do it yourself» ou, si vous préférez, «faites-le vous-même». D’autant plus que dans le domaine de l’auto-édition, la plupart des auteurs amateurs disposent déjà de deux des outils essentiels pour être lus : un ordinateur personnel avec des logiciels de base et une connexion internet. Il suffit de les former, par exemple à la typographie et à la mise en page, pour qu’ils puissent eux-mêmes s’adonner à leur loisir littéraire et soutenir le désir d’être lu !


AUTRES DOCUMENTS À CONSULTER

Diagnostic de la pratique artistique amateur à Montréal

Le Diagnostic de la pratique artistique amateur à Montréal est une étude réalisée par Gagné Leclerc Groupe conseil à la demande du Bureau du loisir du Service de la culture de la Ville de Montréal dans le cadre de l’Entente sur le développement culturel de Montréal.

Plan d’action de la pratique artistique amateur 

La Plan d’action de la pratique artistique amateur à Montréal 2013-2017 s’appuie sur les constats et enjeux résultant du Diagnostic de la pratique artistique amateur à Montréal et de cinq Cafés-rencontres « Pour une pratique artistique amateur renouvelée! » qui ont réuni 136 intervenants du milieu.


Internet et la sociabilité littéraire, Jean-Marc Leveratto et Mary Leontsini – LEVERATTO, Jean-Marc ; LEONTSINI, Mary. Présentation In : Internet et la sociabilité littéraire [en ligne]. Paris : Éditions de la Bibliothèque publique d’information, 2008 (généré le 08 octobre 2017). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/bibpompidou/206&gt;. ISBN : 9782842461584. DOI : 10.4000/books.bibpompidou.206.  Gratuit en format numérique.



Internet et la construction du goût littéraire : le cas de critiqueslibres.com   –   PDF GRATUIT


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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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8 comments on “Pour une Fédération du loisir littéraire renouvelée, Rapport d’analyse produit pour la Fédération québécoise du loisir littéraire
  1. lartiste12 dit :

    « «Offrir au grand public l’accès à toutes formes de l’expression littéraire dans un contexte de loisir, d’éducation et de perfectionnement.»

    Ceci semble cacher beaucoup plus un désir de « contrôle » qu’un désir d’éducation.

    Je n’ai rien contre « marcher entre les clous » si cela me dirige vers où je veux aller et non me constitue une barrière. De toutes façons, je fais ce que je veux.

  2. lartiste12 dit :

    Je veux simplement dire que « l’auteur du rapport » semble viser plus le contrôle des contenus ou des diffuseurs, que l’éducation et surtout l’information des lecteurs.

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