Les publics culturels et leurs usages par Jacques Lemieux (U. Laval et UQTR) avec la collaboration de Marie-Claude Lapointe (UQTR)

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Internet et les pratiques culturelles au Québec

Effet d’ouverture ou de confinement ?

Marie-Claude Lapointe et Jacques Lemieux


RÉSUMÉ

L’utilisation d’Internet est-elle associée à une ouverture aux pratiques culturelles ou à un confinement ? Les analyses menées par les auteurs révèlent que dans les différentes régions du Québec, l’âge, la scolarité et les usages culturels que l’on fait d’Internet prédisent une diversité et une intensité plus grandes des visites de lieux culturels et des sorties au spectacle. Les modèles de prédiction qui comprennent des variables sur Internet s’avèrent plus performants que ceux qui incluent uniquement des variables sociodémographiques, suggérant qu’Internet constitue une variable prédictive des pratiques culturelles.

L’arrivée d’Internet dans les années 1990 a créé un grand engouement faisant place, d’une part, à un discours encenseur et, d’autre part, à un discours apocalyptique : « […] l’une des affirmations les plus grotesques des premiers gourous du cyberespace a été : <Internet va tuer les médias> » (Lapointe, 2002 : 109). Or cette pensée va à l’encontre de ce que l’histoire nous enseigne puisque l’arrivée d’un nouveau média n’a pas fait disparaître ceux qui existaient avec lui, mais les a cependant contraints à s’adapter : il leur a fallu revoir leur rôle, se trouver un champ de compétence propre ou apprendre à se nourrir l’un l’autre1. Le milieu culturel n’a pas échappé aux questionnements sur l’influence d’Internet : agit-il comme un frein ou un moteur par rapport aux pratiques culturelles ?

Cette étude a pour but de voir si l’utilisation du média Internet prédit des pratiques culturelles. Plus précisément, nous souhaitons voir si les usages culturels ou non culturels faits à partir d’Internet, de même que le temps passé à naviguer, sont en relation avec une diversité et une intensité des pratiques culturelles.

Une récente recension des écrits sur les pratiques culturelles au Québec et à l’étranger (notamment aux États-Unis et en France) indique clairement que les nouvelles pratiques « numériques » occupent une place de plus en plus importante tant dans le temps libre que dans le temps de travail des citoyens. Ces nouvelles pratiques contribueraient aussi à une transformation des pratiques culturelles « classiques » (pré-numériques). Notamment, Internet pourrait exercer un effet sur la transformation des rapports entre pratiques culturelles et stratification sociale, qui opposerait beaucoup moins les pratiques « élitistes » et « populaires » que les pratiques « omnivores » et « univores ».

À partir des données de l’enquête de 2009 sur les pratiques culturelles au Québec, nous avons utilisé le modèle linéaire généralisé (MLG) pour vérifier une série d’hypothèses selon lesquelles les usages d’Internet (intensité et types d’usages) exerceraient un effet — comme le font les variables sociodémographiques (âge, sexe, scolarité, revenu…) — sur l’intensité et la diversité (omnivorisme) de deux types de pratiques culturelles, soit la visite de lieux culturels et les sorties au spectacle. Nos résultats indiquent notamment que les modèles de prédiction qui comprennent les variables relatives à Internet s’avèrent plus performants que ceux qui incluent uniquement des variables sociodémographiques.

Internet, pratiques culturelles et socialisation

La portée d’Internet est intéressante à étudier, d’autant que de plus en plus de gens y ont accès à la maison, au travail et dans des endroits publics. L’enquête sur les pratiques culturelles de 2009 du ministère québécois de la Culture et des Communications révèle que 83,4 % de la population âgée de 15 ans ou plus vit dans un foyer qui possède un ordinateur ou plus. Parmi ceux qui ont un ordinateur à la maison, 93,9 % sont connectés à Internet. À titre comparatif, en 1999, ces proportions étaient respectivement de 51,2 % et de 53,3 %. En 2009, 65,8 % de la population québécoise âgée de 15 ans ou plus utilise Internet à la maison 1 heure ou plus par jour (Garon et Lapointe, 2011).

Un autre aspect intéressant dans l’étude d’Internet est son influence en tant que source de socialisation qui s’ajoute à la famille et à l’école (Bellavance, Valex et Ratté, 2004 ; Dortier, 2002 ; Pronovost, 1996). Pour Bourdieu (1970, 1979, 1982, 1985 et 1987), l’individu développe ses goûts culturels en fonction des normes familiales que l’école renforcera. Or, depuis les études menées par Bourdieu, nous avons assisté, en France, au Québec et ailleurs, à une démocratisation de l’éducation. En 1960 au Québec, moins de 5 % des jeunes au début de la vingtaine étaient inscrits dans une université québécoise ; en 1996, cette proportion est grimpée à 41,6 %2 : « […] les progrès faits au Québec en matière d’éducation sont énormes et ils ont nécessairement eu des effets sur le développement des pratiques culturelles » (Garon et Santerre, 2004 : 13). En accueillant de jeunes adultes issus de différents milieux sociaux — et pas seulement des groupes sociaux élevés —, la culture transmise par l’éducation a nécessairement changé puisque le groupe d’étudiants universitaires n’est plus homogène :

[…] ce n’est pas tant ce qui est transmis par l’École que la composition sociale du public scolaire qui détermine l’orientation à l’égard de la culture, et l’effet de l’École comme milieu de socialisation se réduit en quelque sorte à donner une légitimité scolaire à la hiérarchie sociale des goûts artistiques et des pratiques culturelles (Coulangeon, 2003a: 161-162).

L’hétérogénéité des groupes d’étudiants ayant été rompue, la légitimité de certaines pratiques culturelles a également été remise en question.

Ce que les médias comme Internet diffusent comme culture et la façon dont ils le font ne correspondent pas nécessairement à ce à quoi un individu a été sensibilisé dans sa famille ou son milieu scolaire. Les médias donnent accès aux œuvres légitimées et non légitimées et provoquent un éclatement des goûts (Pronovost, 1996). Ils ont une influence sur le rapport à la culture. Internet donne accès à la fois à des concerts de musique classique et à des films hollywoodiens, exemple qui montre que des genres culturels différents peuvent se côtoyer et trouver des mêmes publics. On peut donc se questionner sur l’influence que peut avoir Internet sur la diversité et l’intensité de pratiques culturelles, celui-ci favorisant l’accès à du contenu très éclectique.

Internet, pratiques culturelles et groupes sociaux

Lorsqu’un média comme Internet est adopté par la population et que les individus passent beaucoup de temps à naviguer, ils sont contraints de consacrer moins de temps à d’autres activités. Lemieux, Luckerhoff et Paré (2011) se sont demandé si l’augmentation de l’utilisation que les gens font d’Internet pour se divertir ou s’informer a une influence sur l’intensité ou le nombre des activités culturelles qu’ils pratiquent. Leurs résultats révèlent que 77 % des utilisateurs québécois qu’ils ont sondés déclarent avoir restreint la pratique d’au moins une des activités suivantes, placées en ordre d’importance : regarder la télévision, lire des journaux et des magazines, aller à la librairie, lire des livres, acheter des disques, aller au cinéma, assister à des spectacles et faire du sport ou une autre forme d’activité physique, ainsi qu’aller à des concerts ou au théâtre. L’effet de cette réduction serait beaucoup plus important et répandu lorsqu’Internet est utilisé à des fins de divertissement plutôt que d’information.

En France, Donnat (2007 et 2009) a mis en lumière qu’il y a un lien entre les pratiques culturelles et les pratiques numériques. À l’exception de l’écoute de la télévision, elles vont de pair et « s’intensifient selon les mêmes facteurs (âge, éducation, revenus…), et la règle du cumul y prévaut dans les deux cas » (2007 : 1). Ses résultats montrent que plus une personne a un haut niveau de participation aux pratiques culturelles traditionnelles (il qualifie de traditionnelles les pratiques existant avant l’avènement d’Internet), plus il est probable qu’elle soit internaute. Les résultats sont particulièrement révélateurs de cette relation pour la fréquentation d’équipements culturels, la fréquentation des salles de cinéma et l’écoute de la musique enregistrée. Il observe la relation contraire lorsqu’il met en lien l’écoute de la télévision et les pratiques culturelles : plus les gens ont de pratiques culturelles, plus leur écoute de la télévision diminue. Ainsi, les résultats de Donnat montrent que plutôt que de se substituer aux pratiques culturelles, l’usage régulier d’Internet, au contraire, « peut être la conséquence d’un intérêt préalable pour la culture tout en étant aussi à l’origine de son renforcement » (2007 : 4).

Les chercheurs doivent être prudents quant à l’interprétation de données concernant l’influence du numérique. Premièrement, le concept est devenu plutôt polysémique. Ainsi, nous avons préféré étudier précisément l’influence d’Internet sur les pratiques culturelles, plutôt que de nous référer globalement au numérique. Deuxièmement, comme Donnat l’a montré (2009), il faut avoir la prudence de différencier les conditions d’accès, les équilibres économiques dans différents secteurs des industries culturelles et des médias et, finalement, la structure générale des pratiques culturelles. En effet, Internet a grandement contribué à favoriser l’accès sans toutefois modifier les tendances générales des pratiques culturelles observées au cours des dernières décennies. Toujours selon Donnat, « dans le même temps, nombreux sont les indices qui laissent entrevoir la profondeur du changement en cours quand on quitte le niveau général pour s’intéresser aux comportements des jeunes générations » (2009 : 206). Selon lui, ce sont, à titre d’exemple, les moins de 35 ans qui écoutent moins la radio et la télévision, qui lisent moins les journaux et qui visitent moins les musées.

Le National Endowment for the Arts a également étudié la relation entre Internet et les pratiques culturelles à partir de son enquête nationale menée aux États-Unis en 2008. Toutefois, son étude met en lien la participation aux arts par l’intermédiaire des médias électroniques et digitaux (et non les pratiques médiatiques sans égard à leur contenu) et les pratiques culturelles « traditionnelles » (c’est-à-dire pré-numériques). Il ressort de cette étude que les personnes qui pratiquent des activités culturelles par l’intermédiaire des médias iront deux ou trois fois plus que celles qui ne le font pas assister à des spectacles ou visiter des expositions artistiques (Iyengar, 2010). Bien que 50 % des Étatsuniens déclarent n’effectuer aucune pratique culturelle — en direct ou médiatiques —, il semble que les technologies permettent un lien avec le monde culturel à des personnes qui n’en auraient pas autrement, notamment les personnes âgées, celles qui vivent dans des communautés rurales et celles qui font partie de groupes minoritaires ethniques ou raciaux (Iyengar, 2010).

Le fait d’utiliser Internet est corrélé avec des variables sociodémographiques. Dans leur étude, Lemieux, Luckerhoff et Paré (2011) ont noté une forte influence de l’âge et de la scolarité sur l’utilisation d’Internet (les jeunes et les personnes plus scolarisées sont de plus grands utilisateurs), un faible effet du genre en faveur des hommes et aucun effet de la région habitée ou de la taille de l’unité urbaine. Les résultats de Donnat vont dans le même sens. Toutefois, en France, les personnes ayant de hauts revenus (quatrième quartile), de même que les personnes vivant seules et les couples sans enfant sont plus nombreux à utiliser Internet. Aussi, une personne ayant un fort niveau d’engagement dans la vie culturelle3 (6 points ou plus) a 1,6 fois plus de chances d’utiliser Internet qu’une personne obtenant 2 ou 3 points à cette même échelle.

Statut et diversité des pratiques culturelles

Dans les années 1960-1970, Bourdieu (1979) a remarqué que l’univers culturel des Français ayant un statut élevé était composé de pratiques culturelles légitimées par les élites. Cette théorie a été mise à l’épreuve par les travaux de Peterson sur l’omnivorisme, lesquels montrent que les personnes ayant un statut élevé ont plutôt tendance à avoir des pratiques culturelles « omnivores ». Il réfère au terme omnivore pour caractériser les personnes qui s’intéressent autant aux pratiques culturelles légitimées qu’à celles non légitimées. Les goûts des personnes omnivores sont perméables aux « frontières des nations, mais aussi [à] celles des classes sociales, des sexes, des ethnies, des relations, des âges ou d’autres frontières similaires » (2004 : 159). Les travaux de Peterson ont été testés à maintes reprises dans plusieurs pays (Canada, Angleterre, Pays-Bas, Finlande, France, etc.) et les résultats montrent effectivement que les personnes ayant un statut élevé ont davantage tendance à avoir des pratiques culturelles omnivores4 — ou dissonantes, pour reprendre les termes de Lahire (2001)5. En France, les conclusions des études de Coulangeon (2003a, 2003b, 2004 ; Coulangeon et Lemel, 2009) vont dans ce sens bien que ses travaux sur les goûts musicaux laissent entrevoir que l’éclectisme correspondrait davantage à un prolongement de la théorie de la légitimité culturelle qu’à sa réfutation. Il mentionne que « ce qui est en cause, ce n’est […] pas tant le mécanisme décrit dans La Distinction que la nature de ses manifestations » (Coulangeon, 2004 : 80), l’omnivorisme devenant une nouvelle forme de distinction pour les personnes ayant un statut élevé. En effet, pour Coulangeon (2003a), bien que la massification scolaire ait fait en sorte que les groupes d’étudiants ne sont plus homogènes, les frontières symboliques entre eux sont maintenues. Ce qui change, c’est leur nature :

Elles sont ainsi de moins en moins fondées sur la familiarité exclusive avec la culture savante et de plus en plus fondées sur l’éclectisme des goûts et des pratiques. De ce point de vue, les transformations morphologiques des classes supérieures se répercutent sur les comportements individuels en induisant une plus grande variété de pratiques à mesure que l’environnement culturel des acteurs se diversifie, et c’est cette diversité même qui définit le nouvel horizon symbolique des classes supérieures (Di Maggio, 1987; Peterson, 1992 et 1997) (Coulangeon, 2003a: 164).

Peterson et les autres chercheurs qui ont mené des travaux dans le domaine de l’omnivorisme ont défini plusieurs caractéristiques qui le favorisent. Les omnivores sont généralement plus scolarisés et gagnent davantage que la moyenne (Coulangeon et Lemel, 2009 ; Ollivier, 2008), ce sont plus souvent des femmes, ils sont plus âgés et ont plus souvent la peau blanche (Peterson et Kern, 1996). Les personnes qui vivent en milieu urbain sont généralement plus omnivores que celles vivant en milieu rural.

Ollivier (2008) rapporte que le phénomène de l’omnivorisme n’est pas nouveau, des chercheurs du XIXe siècle ayant mis en évidence que des groupes comme les artistes et les intellectuels avaient autant d’intérêt pour la haute culture que pour les divertissements de masse (Wilson, 2000). Ce qui semble plutôt changer selon elle, c’est que ce phénomène se répand non seulement chez l’élite, mais également dans les autres groupes sociaux (Lahire, 2008 ; Ollivier, 2008).

Selon la théorie de la légitimité de Bourdieu, les sources de socialisation — famille, école, médias — orientent les choix et les goûts culturels. Par exemple, on peut penser qu’un individu initié très tôt par ses parents et son milieu scolaire au théâtre d’auteur et à la musique classique sera également intéressé par d’autres pratiques culturelles du même genre (pratiques légitimées). Toutefois, les médias présentent du contenu non exclusif à un statut de pratique, c’est-à-dire que les usagers ont accès à du contenu culturel légitimé et non légitimé. Nous souhaitons voir si Internet, en tant que média et source de socialisation, est un prédicteur de pratiques culturelles comme le sont les caractéristiques sociodémographiques (par exemple, la scolarité, le revenu, l’âge). Plus précisément, nous voulons voir si les usages culturels et non culturels que l’on fait d’Internet et le temps passé à naviguer sont associés à une ouverture culturelle ou plutôt à un confinement en étudiant le cas de la visite de lieux culturels et des sorties au spectacle.

Mesure de l’omnivorisme

Initialement, une personne était qualifiée d’omnivore si elle choisissait, dans un éventail de choix, un grand nombre de goûts ou d’activités lui permettant de se distinguer (Peterson, 2005). Au fil du temps, pour des questions pratiques et d’opérationnalisation, la conceptualisation s’est quelque peu modifiée. Par exemple, au début des années 1990, pour qu’une personne soit considérée comme omnivore par Peterson et Simkus, elle devait nommer, parmi ses genres musicaux préféré6, la musique classique et l’opéra et consommer — ou du moins montrer une ouverture à — des genres musicaux non légitimés (Peterson, 2005). Toutefois, cette façon de concevoir l’omnivorisme amène à confondre l’omnivorisme des goûts avec le goût pour les formes culturelles à statut élevé, de sorte qu’il s’est avéré plus approprié « to see omnivorousness as a measure of the breadth of taste and cultural consumption, allowing its link to status to be definitionally open » (Peterson, 2005 : 264). Les chercheurs ont donc de plus en plus opérationnalisé l’omnivorisme en comptant le nombre d’activités choisies par un individu, qualifiant d’omnivore toute personne obtenant un score au-dessus d’un certain niveau, ou en utilisant l’omnivorisme comme une variable continue dans les analyses de régression (Peterson, 2005). C’est ce que Warde, Wright et Gayo-Cal nomment l’omnivorisme par volume (2007 et 2008 ; Warde et Gayo-Cal, 2009). Ces auteurs mentionnent également que l’on peut vouloir mesurer l’omnivorisme par composition, lequel comprend une combinaison de goûts qui traversent des barrières symboliques (goûts populaires par rapport à goûts de statut élevé) (Purhonen, Gronow et Rahkonen, 2010). Une façon de mesurer l’omnivorisme par composition consiste à calculer des ratios de légitimité7. Dans le cadre de cet article, autant pour la visite de lieux culturels que pour les sorties au spectacle, nous mesurons l’omnivorisme par volume. Nous tenons à préciser que les pratiques incluses dans ces indices peuvent être associées à différents statuts (par exemple, des spectacles de rap ou de hip-hop et des concerts de musique classique).

Méthodologie

Pour réaliser cette étude, nous avons utilisé les données de la plus récente enquête sur les pratiques culturelles au Québec menée par le ministère de la Culture et des Communications du Québec (2009)8. Les données ont été recueillies par sondage téléphonique, entre le 16 avril et le 21 juin 2009. Pour être admissibles au sondage, les personnes doivent être âgées de 15 ans ou plus, pouvoir s’exprimer en français ou en anglais, être jointes par téléphone filaire et ne pas habiter dans un ménage collectif comme une prison ou un couvent. Au total, 6 878 entrevues complètes ont été réalisées. Au global, le taux de réponse est de 51,8 % et la marge d’erreur est de ±1,27 % dans un intervalle de confiance de 95 % et en tenant compte de l’effet de plan (Léger Marketing, 2009).

Usages d’Internet et intensité de l’utilisation

À partir de l’enquête sur les pratiques culturelles au Québec de 2009, nous avons recensé 22 usages que les répondants à ce sondage peuvent avoir faits9. Le tableau 1 présente la popularité de chacun, selon qu’ils sont explicitement de nature culturelle ou non, c’est-à-dire associés ou non à une des pratiques culturelles analysées dans l’enquête de 2009. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre les expressions « usages culturels » et « usages non culturels » d’Internet.

Tableau 1. Usages d’Internet, Québec 2009

Source. Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, 2009

Pour les usages non culturels et culturels d’Internet, nous avons utilisé une variable de diversité allant de 0 à 7 dans le premier cas et de 0 à 15 dans le second. Dans l’ensemble des répondants au sondage, 18,8 % ont déclaré n’avoir fait aucun des 22 usages possibles d’Internet, peu importe le lieu (à la maison ou ailleurs). Parmi eux, 71,1 % ne possèdent pas d’ordinateur à la maison et parmi ceux qui en ont un, 37,9 % n’ont pas de connexion à Internet à domicile. Dans l’ensemble des répondants, 22,5 % n’ont fait aucun des 15 usages culturels d’Internet à l’étude et 17,8 % n’ont fait aucun des 7 usages non culturels d’Internet. Nous avons conservé les non-usagers dans les deux cas puisque rien ne semble différencier clairement un non-usager d’un très faible usager (par exemple, 1 ou 2 usages d’Internet).

Dans le cadre de nos analyses, nous avons utilisé comme variable l’intensité de l’utilisation d’Internet (nombre de minutes/jour)10. Nous sommes d’avis que l’utilisation d’Internet à des fins culturelles, et même non culturelles, devrait favoriser la visite des lieux culturels et les sorties au spectacle. Nous supposons qu’une utilisation même faible ou modérée d’Internet pourrait prédire un omnivorisme culturel.

Toutefois, plus un individu passe du temps sur la toile chaque jour, moins il devrait lui rester de temps pour visiter des lieux culturels et faire des sorties au spectacle. En somme, la diversité et l’intensité des visites et des sorties d’un grand utilisateur du Web devraient être moins importantes que celles d’un usager modéré.

Les caractéristiques sociodémographiques

Les analyses des enquêtes précédentes sur les pratiques culturelles indiquent que des variables sociodémographiques influencent la visite des lieux culturels, de même que les sorties au spectacle : l’âge11 et le sexe des répondants, leur niveau de scolarité12, le revenu du ménage et le nombre d’individus que compte le ménage13. Nous les avons donc inclus dans nos analyses. Bien que plusieurs travaux indiquent que la région habitée n’a pas d’influence sur les pratiques, puisque l’aspect urbain d’un milieu de vie favorise l’omnivorisme selon Peterson, nous avons ajouté à nos variables la taille de la municipalité habitée.

La visite des lieux culturels et les sorties au spectacle

Dans le cadre de cette étude, nous avons retenu huit lieux culturels : une bibliothèque, un site historique/monument du patrimoine, un centre d’archives ou de documentation sur l’histoire ou la généalogie, une librairie, une galerie d’art commerciale, un musée d’art, un musée autre que d’art ainsi qu’un centre d’exposition artistique ou centre d’interprétation du patrimoine. Pour chacun des lieux culturels, il est demandé au répondant à quelle fréquence (souvent, quelques fois, rarement ou jamais), au cours des 12 derniers mois, il a visité un lieu culturel. Cette formulation a permis de créer une mesure de la diversité de la fréquentation de ces lieux et une mesure de l’intensité. La mesure de la diversité de la visite des lieux culturels s’étend de 0 à 8, selon le nombre de lieux visités. La mesure de l’intensité est la somme pondérée du nombre de lieux culturels visités multipliée par la fréquence de visite (jamais = 0 ; rarement = 1 ; quelques fois = 2 ; souvent = 3). Elle s’étend de 0 à 24. Autant pour la diversité des lieux visités que pour l’intensité des visites, nous avons décidé de conserver ceux qui n’ont visité aucun lieu dans nos mesures (16,4 %) puisque rien ne nous permet de penser que ces non-visiteurs sont différents de ceux qui visitent peu (par exemple, visite d’un lieu rarement).

26Nous avons retenu 15 types de spectacles pour bâtir les mesures de la diversité et de l’intensité des sorties : théâtre en saison, théâtre d’été, danse, concert de musique classique, opéra ou opérette, concert de chant choral, spectacle rock, spectacle de rap ou de hip-hop, concert de jazz ou de blues, spectacle d’un chansonnier ou d’un auteur-compositeur-interprète, spectacle de musique folklorique/traditionnelle/néo-trad, spectacle de musique populaire ou de variétés, spectacle ethnique ou autochtone, humour, cirque/arts clownesques ou acrobaties. Dans les questions, il est précisé que ces spectacles sont donnés par des professionnels (par différenciation aux spectacles donnés par des amateurs). Les mesures de la diversité et de l’intensité ont été créées de la même manière que pour les visites des huit lieux culturels. L’échantillon compte 23,3 % de gens qui n’ont vu aucun des 15 types spectacles au cours de la dernière année.

Autant pour la visite des lieux culturels que pour les sorties au spectacle, nous avons accordé la même valeur à chacune des activités culturelles qui entrent dans la composition des variables. À titre d’exemple, la visite d’un musée d’art et celle d’un musée autre que d’art ont exactement la même valeur. La construction des variables repose donc sur le principe de l’égalité des pratiques : une pratique légitimée n’obtient pas un poids plus grand qu’une pratique non légitimée.

Les différences régionales

Initialement, nos analyses devaient être faites à l’échelle québécoise. Toutefois, des analyses préliminaires ont révélé des différences régionales, de sorte que considérer le Québec dans son ensemble aurait pu dissimuler des nuances importantes. Nous avons alors décidé de présenter le rôle des usages culturels et non culturels d’Internet, de l’intensité de son utilisation et des variables sociodémographiques par rapport aux visites de lieux culturels et aux sorties au spectacle (diversité et intensité) selon une typologie des régions14 (centrales, périphériques, intermédiaires et éloignées).

Les types d’analyses

Afin d’établir un lien entre les variables sociodémographiques, les usages d’Internet, l’intensité de l’utilisation d’Internet et la visite des lieux culturels et les sorties au spectacle (diversité et intensité), nous avons utilisé le modèle linéaire généralisé (MLG)15, un modèle de prédiction qui combine la régression linéaire et l’ANOVA selon la formule suivante :

où Xi est une variable continue ou une variable indicatrice liée à une variable discrète. Pour interpréter les résultats, on se base sur le niveau de signification empirique (par rapport au niveau fixé à 5 % pour chaque test) et sur les coefficients βi. Pour une variable continue, ce coefficient donne directement l’effet de la variable indépendante sur la variable dépendante. Dans le cas des variables discrètes, les coefficients βi sont les effets différentiels par rapport à une modalité de référence arbitraire. Pour faciliter l’interprétation des variables discrètes, on se base sur les moyennes marginales estimées (MME) qui donnent la moyenne d’une variable, en considérant que toutes les autres variables incluses dans le modèle sont fixes. Étant donné la densité des résultats, les tableaux présentant les coefficients bêta et les MME sont placés en annexe.

Dans le but de réduire le nombre de variables dans le modèle pour qu’il demeure le plus simple possible, nous avons effectué une sélection hiérarchique descendante (backward) en tenant compte du fait que pour une même variable dépendante, le modèle est estimé pour chaque région. Finalement, nous avons utilisé le coefficient de détermination (R2) en tant que mesure d’adéquation des modèles.

Considérant que les hommes et les femmes adopteraient des comportements culturels différents, nous avons traité toutes les variables indépendantes en interaction avec la variable sexe. Cela permet d’obtenir des données propres aux hommes et aux femmes, et de tester et de quantifier les différences.

Les variables retenues pour interpréter les données le sont sur la base de tests d’hypothèses de niveau 5 %. Les variables significatives16, c’est-à-dire celles qui participent au modèle comme prédicteurs, sont présentées sur fond gris foncé dans les tableaux de résultats 3 à 6 ainsi que dans les annexes. Notons toutefois qu’une variable est potentiellement un prédicteur si son seuil de signification se situe entre 5 % et 6 % puisque les hypothèses de normalité ne sont pas exactement respectées (en gris pâle dans les tableaux 3 à 6 ainsi que dans les annexes).

Résultats

Les effets des modèles

On retrouve certaines constantes d’un modèle17 à l’autre, d’un type de région à l’autre. Pour toutes les variables considérées, l’âge, le niveau de scolarité18 et les usages culturels d’Internet sont significatifs (tableaux 2 à 5).

Dans chacun des modèles, c’est dans les régions centrales que l’effet de l’âge est le plus petit et c’est dans les régions périphériques et intermédiaires qu’il est le plus grand. À titre d’exemple, à une augmentation de 25 ans d’âge entre les répondants de l’enquête correspond une hausse de 0,1 de l’indice d’intensité des sorties au spectacle dans les régions centrales tandis que dans les régions périphériques et intermédiaires, cette hausse est respectivement de 1,68 et 1,65.

Dans les régions périphériques et intermédiaires, l’effet de l’âge est plus grand pour la diversité et l’intensité des sorties au spectacle que pour la diversité et l’intensité des visites des lieux culturels. Dans les régions intermédiaires, par exemple, à une augmentation de 25 ans d’âge entre les répondants de l’enquête correspond une hausse de 0,55 visite d’un lieu culturel en moyenne et de 1,1 sortie au spectacle. Dans les régions éloignées, l’effet de l’âge est un peu plus important pour les visites des lieux culturels que pour les sorties au spectacle : une personne qui a 25 ans de plus visite 0,5 lieu culturel de plus en moyenne et sort au spectacle 0,35 fois de plus. La tendance est la même pour l’intensité des visites et des sorties.

De manière générale, plus un individu est scolarisé, plus il visite de lieux culturels et sort au spectacle et plus il fait ces activités intensément. Les différences les plus grandes se trouvent entre les gens qui ont un certificat d’études primaires et ceux qui ont un diplôme d’études universitaires. Dans le cas des sorties au spectacle dans les régions centrales, une personne ayant un certificat d’études primaires verra en moyenne 1,6 spectacle, comparativement à 4,2 si la personne a un diplôme d’études universitaires (voir annexe 3b).

Les coefficients bêta (β) relatifs à l’influence de l’âge sur les quatre variables dépendantes (indices de diversité et d’intensité des visites des lieux culturels et des sorties au spectacle) affichent des valeurs faibles — de 0,003 à 0,057 — alors que les β liés aux usages culturels du Web varient de 0,175 à 0,492, ce qui dénote des effets d’intensité appréciables (voir annexes 1a, 2a, 3a et 4a). De même, pour 3 usages culturels supplémentaires d’Internet, l’indice de diversité des sorties au spectacle augmente de 0,65 à 0,82 en moyenne d’un type de région à l’autre, et l’indice d’intensité des sorties au spectacle augmente de 1,12 à 1,48. Quant à l’indice de diversité des visites des lieux culturels, il varie de 0,53 à 0,67, et celui de l’intensité de ces visites se situe entre 0,97 et 1,36.

Comme le montrent ces quelques exemples, les effets de l’âge, du niveau de scolarité et des usages culturels d’Internet sont relativement petits, bien que significatifs. Nos analyses montrent que plusieurs variables entrent dans les modèles dans les régions centrales et périphériques et que les modèles des régions intermédiaires et éloignées sont généralement moins complexes (voir tableaux 2 à 5). Dans les régions centrales, les modèles se composent généralement de six à huit variables, alors qu’ils en comptent trois ou quatre dans les régions intermédiaires et éloignées (la seule exception étant le modèle de l’intensité des sorties au spectacle dans les régions intermédiaires, qui compte six variables). La taille d’échantillon plus petite dans les régions intermédiaires et éloignées peut expliquer une partie du phénomène. On peut aussi penser que la composition de la population des types de régions y joue un rôle. Dans les régions centrales, la population est plus hétérogène que dans les régions éloignées. C’est notamment là qu’on retrouve la plus grande proportion d’immigrants, de personnes qui parlent une autre langue que le français, etc., de sorte que cette hétérogénéité semble se refléter dans la complexité des modèles. En plus de leur hétérogénéité démographique, les régions centrales présentent sans doute une offre culturelle plus abondante et plus diversifiée que les autres types de régions, en particulier les régions éloignées, ce qui peut avoir un effet sur la composition des pratiques culturelles et de leurs modèles d’analyse.

Ci-dessus, nous avons présenté les variables communes qui ont un effet dans tous les types de régions. Il y a également des spécificités d’un type de région à l’autre. Par exemple, le revenu et la taille du ménage ont un effet seulement dans les régions centrales19 et il ressort partout, soit pour la visite des lieux culturels, les sorties au spectacle, de même que pour l’intensité de ces pratiques. Une personne vivant dans un ménage de 4 personnes visitera en moyenne 0,5 lieu culturel de moins qu’un individu vivant seul et son indice d’intensité de visite sera moindre de 1,31. Elle verra en moyenne 1,38 spectacle de moins et son indice d’intensité de sorties sera inférieur de 2,15.

Les sorties au spectacle et l’intensité de ces sorties et des visites de lieux culturels augmentent en fonction du revenu du ménage. La relation est très nette. Un individu vivant dans un ménage dont le revenu annuel ne dépasse pas 20 000 $ par an verra en moyenne 2,5 spectacles, tandis que celui qui vit dans un ménage gagnant 90 000 $ ou plus annuellement en verra 4,3. La tendance est moins nette pour la diversité des lieux culturels visités. Les individus qui vivent dans un ménage gagnant moins de 20 000 $ par an visitent moins de lieux culturels que ceux qui gagnent 90 000 $ ou plus par an (2,3 en moyenne comparativement à 3,4), mais la diversité des lieux culturels visités est très similaire chez ceux qui gagnent entre 20 000 $ et 89 999 $ (autour de 3 lieux en moyenne).

Voyons maintenant les modèles de chacun des types de régions pour la visite des lieux culturels, les sorties au spectacle et l’intensité de ces activités.

La visite des lieux culturels

Diversité des visites des lieux culturels

Dans les régions centrales, six variables ont un effet significatif sur la visite des lieux culturels : l’âge, le niveau de scolarité, les usages culturels que l’on fait d’Internet, le revenu et la taille du ménage, de même que l’interaction entre le sexe et l’âge (tableau 2). Plus les personnes sont scolarisées, plus elles fréquentent une grande variété de lieux culturels différents. À titre comparatif, une personne qui a un certificat d’études primaires visite en moyenne 1,30 lieu culturel et celle qui a un diplôme d’études universitaires, 4,03. Plus un individu utilise Internet à des fins culturelles, plus il visite de lieux culturels : pour chaque 3 usages supplémentaires, il visite 0,59 lieu de plus en moyenne. Les personnes dont le revenu familial est inférieur à moins de 20 000 $ par an visitent moins de lieux en moyenne (2,32) que celles qui gagnent entre 20 000 et 89 999 $ (environ 3 lieux) et que celles qui gagnent 90 000 $ ou plus (3,38). Un ménage nombreux ne favorise pas les visites des lieux culturels. Un individu qui vit dans un ménage comptant 4 personnes visitera en moyenne 0,50 lieu culturel de moins que s’il vit seul. En vieillissant, les femmes visitent davantage de lieux culturels que les hommes (0,65 lieu de plus sur une période de 25 ans). Même si l’interaction entre le sexe et l’âge n’est significative que dans les régions centrales, il faut noter que l’on retrouve la même tendance dans les autres types de régions.

Tableau 2. Seuils de signification empirique pour le modèle linéaire généralisé de la diversité des visites des lieux culturels

Source. Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, 2009

Dans les régions périphériques, intermédiaires et éloignées, une autre variable a un effet sur la visite des lieux culturels : le fait d’utiliser Internet pour des usages non culturels. Dans les régions périphériques et éloignées, utiliser Internet pour 3 usages non culturels de plus augmentera le nombre moyen de lieux culturels visités de plus de 0,30 et dans les régions intermédiaires, les gens visiteront 0,51 lieu de plus. Utiliser Internet pour des raisons culturelles a donc un effet sur le nombre de lieux culturels visités dans les régions périphériques et éloignées, de même que le fait d’utiliser Internet à des fins non culturelles.

Dans les régions périphériques, le temps passé sur Internet ainsi que l’interaction entre l’âge et le niveau de scolarité ont un effet sur la diversité des lieux culturels visités. Les gens qui naviguent de 30 minutes à 1 h 59 chaque jour à partir de la maison sont ceux qui visitent le plus de lieux culturels, soit 3 en moyenne. Une utilisation inférieure à 30 minutes ou supérieure à 2 heures par jour ramène le nombre de lieux culturels visités à environ 2,6. Une faible ou forte utilisation d’Internet semble donc limiter la diversité des visites de lieux culturels, alors qu’une utilisation moyenne la favorise. Peu importe le sexe, le nombre de lieux culturels visités augmente généralement en fonction du dernier diplôme obtenu. Toutefois, à diplôme égal (sauf au secondaire), les femmes visitent en moyenne un plus grand nombre de lieux que les hommes (primaire : 2,40 pour les femmes par rapport à 1,48 pour les hommes ; secondaire : 2,32 par rapport à 2,40 ; collégial : 3,53 par rapport à 2,61 ; universitaire : 3,97 par rapport à 3,73).

Intensité des visites des lieux culturels

Dans les régions centrales, en plus du niveau de scolarité, de l’âge, des usages culturels d’Internet, du revenu (les plus fortunés ont une intensité de visite plus grande) et de la taille du ménage (un individu vivant dans un ménage de 4 personnes aura une intensité inférieure de 1,31 à celui qui vit seul), une autre variable a un effet sur l’intensité des visites des lieux culturels : le sexe (tableau 3). Cette intensité est la seule des quatre variables dépendantes sur laquelle le sexe a un effet significatif (il l’est également dans les régions périphériques). En moyenne, les hommes ont une intensité de visite des lieux culturels de 4,67, alors que celle des femmes est de 5,97. Les femmes augmentent de 1,43 leur intensité de visite des lieux culturels (voir annexe 2b).

Tableau 3. Seuils de signification empirique pour le modèle linéaire généralisé de l’intensité des visites des lieux culturels

Source. Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, 2009

Dans les régions périphériques, en plus du niveau de scolarité, de l’âge et des usages culturels d’Internet, le sexe, la taille du ménage, l’interaction entre le sexe et le niveau de scolarité, de même que les usages non culturels d’Internet ont un effet sur l’intensité des visites des lieux culturels. En moyenne, l’indice d’intensité des hommes est de 4,05, alors que celui des femmes est de 4,96. Une femme a un score d’intensité supérieur à celui d’un homme de 0,84. L’effet est un peu moins important que dans les régions centrales. Tout comme dans les régions centrales, la taille du ménage a un effet négatif sur l’intensité des visites des lieux culturels, mais il est moins grand : l’intensité des visites d’une personne vivant dans un ménage composé de 4 personnes diminuera de 0,73 comparativement à celle de la personne qui vit seule. Plus un homme et une femme sont scolarisés, plus leur intensité de visite de lieux culturels sera grande. Toutefois, à diplôme égal, celle des femmes est plus élevée (primaire : 2,18 par rapport à 1,53 ; secondaire : 3,97 par rapport à 3,64 ; collégial : 6,15 par rapport à 4,35 ; universitaire : 7,53 par rapport à 6,69). Les usages non culturels d’Internet ont également un effet : l’intensité des visites des lieux culturels augmente de 0,49 pour chaque 3 usages supplémentaires.

Dans les régions intermédiaires et éloignées, le modèle d’intensité des visites compte uniquement les trois variables communes à l’ensemble des régions, soit le niveau de scolarité, l’âge et les usages culturels d’Internet. Plus les gens sont scolarisés, plus leur intensité de visite des lieux culturels est grande. Mais à diplôme égal, l’intensité est plus importante dans les régions intermédiaires que dans les régions éloignées (primaire : 3,40 par rapport à 2,31 ; secondaire : 3,82 par rapport à 3,15 ; collégial : 5,41 par rapport à 4,74 ; universitaire : 6,95 par rapport à 6,37). L’effet de l’âge est semblable dans les deux types de régions (1,28 dans les régions intermédiaires et 1,18 dans les régions éloignées sur une période de 25 ans), mais celui des usages culturels d’Internet est un peu plus grand dans les régions intermédiaires (1,36 comparativement à 0,96).

Les sorties au spectacle

Diversité des sorties au spectacle

Plusieurs variables ont un effet significatif sur la diversité des sorties au spectacle, notamment dans les régions centrales (tableau 4). Il s’agit du modèle le plus complexe (avec huit variables). Le niveau de scolarité, l’âge, le revenu et la taille du ménage, les usages culturels d’Internet de même que l’interaction entre le sexe et l’âge ont un effet sur les sorties au spectacle, tout comme pour les visites des lieux culturels. La différence, c’est que les effets20 sont plus nets ou un peu plus grands pour les sorties au spectacle que pour les visites des lieux culturels. Alors que le nombre moyen de lieux culturels visités baisse de 0,5 lorsqu’on passe d’un ménage de 1 à 4 personnes, c’est en moyenne 1,38 spectacle de moins qui est vu. Deux autres variables ont un effet significatif et complètent le modèle des sorties au spectacle dans les régions centrales : le temps passé sur Internet ainsi que l’interaction entre le sexe et la taille des municipalités. Les gens qui naviguent moins de 2 heures par jour voient plus de 3 spectacles en moyenne, et plus ils passent de temps sur le Web, plus leur moyenne augmente (entre 3,39 et 3,94). Toutefois, passer plus de 2 heures par jour sur Internet réduit le nombre de spectacles vus (2,87 en moyenne).

Tableau 4. Seuils de signification empirique pour le modèle linéaire généralisé de la diversité des sorties au spectacle

Source. Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, 2009

Le modèle des régions périphériques compte cinq variables : la scolarité, l’âge, les usages culturels d’Internet (variables communes à tous les types de régions), le temps passé sur Internet ainsi que l’interaction entre le sexe et la taille de la municipalité. Comme c’est le cas dans les régions centrales, le temps passé sur Internet influence positivement le nombre de sorties au spectacle (3,54 à 3,97 spectacles en moyenne lorsque l’utilisation est inférieure à 2 heures par jour). Toutefois, lorsque l’utilisation dépasse les 2 heures par jour, le nombre de sorties au spectacle diminue légèrement (3,25 en moyenne). Selon qu’ils habitent une plus ou moins grande municipalité, les hommes et les femmes sortent plus ou moins au spectacle. Les femmes qui habitent dans des municipalités comptant de 2 000 à 9 999 habitants voient plus de spectacles que les autres (4,01 en moyenne, comparativement à moins de 3,60 dans les municipalités qui comptent moins de 2 000 habitants ou plus de 10 000 habitants), tandis que les hommes voient davantage de spectacles s’ils habitent une municipalité de moins de 2 000 habitants ou de plus de 100 000 habitants (environ 4 en moyenne, comparativement à moins de 3,60 ailleurs).

Les modèles des régions intermédiaires et éloignées ne comptent que trois variables qui exercent un effet sur la diversité des sorties au spectacle. Dans les régions éloignées, seuls le niveau de scolarité, l’âge et les usages culturels d’Internet ont un effet. Dans les régions intermédiaires, l’âge et les usages culturels d’Internet sont significatifs, de même que les usages non culturels d’Internet. Le nombre de sorties au spectacle augmente de 0,79 pour chaque 3 usages non culturels d’Internet. L’effet du Web est donc un peu plus grand dans les régions intermédiaires que dans les régions centrales.

Intensité des sorties au spectacle

Dans les régions centrales, cinq variables, soit le niveau de scolarité, l’âge, les usages culturels d’Internet, le revenu et la taille du ménage, ont un effet sur l’indice d’intensité des sorties au spectacle (tableau 5). L’écart est grand entre ceux qui ont un certificat d’études primaires et ceux qui ont un certificat d’études secondaires (les valeurs de l’indice sont respectivement de 2,10 et de 5,64), mais beaucoup plus faible entre les personnes qui ont des diplômes d’études secondaires, collégiales et universitaires (respectivement 5,64 et 6,52). L’effet de l’âge est relativement petit (0,10 sur une période de 25 ans) et l’intensité des sorties au spectacle augmente de 1,22 pour chaque 3 usages culturels d’Internet supplémentaires. Plus les ménages ont un revenu élevé, plus l’intensité de leurs sorties au spectacle augmente. Par contre, comme c’est toujours le cas dans les régions centrales, plus un ménage compte de personnes, plus l’intensité de ses sorties diminuera (elle baissera de 2,15 pour un individu vivant dans un ménage de 4 personnes par rapport à celui qui vit seul). Comme c’est le cas pour les visites des lieux culturels et les sorties au spectacle, l’interaction entre le sexe et l’âge a un effet sur l’intensité des sorties au spectacle. L’indice d’intensité moyen des hommes est de 4,41 et celui des femmes, de 5,84. Sur une période de 25 ans, une femme obtiendra un indice d’intensité de 1,78 supérieur à celui d’un homme. Finalement, le temps passé sur Internet exerce également un effet : tous ceux qui naviguent moins de 2 heures par jour affichent un score moyen d’intensité de sorties au spectacle supérieur à 5,0 ; la moyenne la plus élevée appartient aux internautes qui naviguent de 1 h à 1 h 59 chaque jour. Toutefois, comme c’est le cas dans plusieurs de nos modèles, l’intensité des sorties au spectacle diminue si le temps de navigation représente 2 heures ou plus par jour (4,27 en moyenne).

Tableau 5. Seuils de signification empirique pour le modèle linéaire généralisé de l’intensité des sorties au spectacle

Source. Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, 2009

Les trois variables qui ont un effet sur l’intensité des sorties au spectacle sont exactement les mêmes dans les régions périphériques et éloignées : soit le niveau de scolarité, l’âge et les usages culturels d’Internet. Alors que l’effet de l’âge est plus petit dans les régions éloignées que dans les régions périphériques (hausse d’indice de 0,07 comparativement à 1,68 sur une période de 25 ans), il est sensiblement le même pour les usages culturels d’Internet (1,48 et 1,34). De manière générale, plus les gens sont scolarisés, plus l’intensité de leurs sorties au spectacle est grande. Dans ces deux régions, ceux qui ont un diplôme de même niveau ont sensiblement la même intensité de sorties, à l’exception du primaire : les gens des régions éloignées ont une intensité de sorties un peu plus faible que ceux des régions périphériques (3,03 en moyenne comparativement à 4,77). Cela est peut-être dû aux plus grandes distances à parcourir pour les sorties dans les régions éloignées ou à l’offre culturelle professionnelle moins variée et abondante.

Dans les régions intermédiaires, le niveau de scolarité n’a aucun effet sur l’intensité des sorties au spectacle. Toutefois, il s’agit du seul modèle où la taille des municipalités est significative. Les gens qui vivent dans des municipalités de moins de 2 000 habitants ont l’intensité moyenne de sorties au spectacle la plus faible (5,42). On note peu de différences chez ceux qui habitent des municipalités comptant de 2 000 à 99 999 habitants (entre 7,30 et 7,61 d’intensité en moyenne), mais l’intensité est un peu plus faible chez ceux qui résident dans des municipalités de plus de 100 000 habitants (6,31). L’effet de l’âge est légèrement plus grand pour l’intensité des sorties au spectacle que pour l’intensité des visites des lieux culturels (1,65 en moyenne comparativement à 1,28), alors que l’effet des usages culturels d’Internet est un peu plus petit (1,12 par rapport à 1,36 pour chaque 3 usages supplémentaires). Quant aux usages non culturels d’Internet, pour chaque 3 usages supplémentaires, l’indice d’intensité des sorties au spectacle augmente de 1,20. On note également un effet de l’interaction entre le sexe et le revenu du ménage. Ni pour les hommes ni pour les femmes la relation entre le revenu et l’intensité des sorties ne va croissante. Toutefois, les femmes dont le revenu annuel du ménage se situe entre 40 000 et 89 999 $ sont celles dont l’intensité des sorties au spectacle est la plus grande, alors que chez les hommes, l’intensité de sorties la plus importante se trouve chez ceux dont le revenu familial annuel n’excède pas les 20 000 $. Les femmes de la classe moyenne seraient donc plus portées à sortir que les autres, tandis que l’argent ne semble pas être un frein aux sorties pour les hommes. Pour mieux comprendre ces résultats, il faudrait peut-être se pencher sur leur lien avec l’âge et le statut des répondants. À titre d’exemple, la plus grande proportion d’hommes qui ont un revenu familial inférieur à 20 000 $ par an sont étudiants et âgés de moins de 35 ans.

Par ailleurs, les hommes et les femmes n’ont pas la même intensité de sorties au spectacle en fonction du temps qu’ils passent sur Internet. Les femmes qui naviguent de 30 à 59 minutes quotidiennement sont celles dont l’intensité de sorties est la plus grande (7,77 en moyenne) et c’est à ce temps de navigation que correspond la plus petite moyenne d’intensité des hommes (6,23). Il faut donc une utilisation minimale d’Internet aux femmes pour favoriser les sorties, et une moyenne pour les hommes.

Les mesures d’adéquation des modèles

Pour bien saisir l’effet des variables indépendantes relatives à Internet dans la prédiction de la diversité et de l’intensité des visites des lieux culturels et de la diversité et de l’intensité des sorties au spectacle, nous avons refait chacun des modèles linéaires généralisés pour chaque région sans inclure ces variables (nous avons seulement inclus les variables sociodémographiques). Le tableau 6 présente les différences à l’aide du coefficient de détermination (R2) qui, dans notre utilisation du modèle linéaire généralisé, peut être perçu comme un indice du pourcentage d’explication des modèles. Cette mesure doit cependant être considérée à titre indicatif, car dans le cadre du modèle linéaire généralisé, le R2 peut être légèrement surestimé. Elle permet tout de même de comparer les modèles. Dans le tableau, les lignes débutant par « avec » présentent les R2 pour les modèles qui comprennent les variables relatives à Internet, tandis que les lignes débutant par « sans » incluent seulement les variables sociodémographiques.

Tableau 6. Mesures d’adéquation des modèles (R2)

Source. Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, 2009

Dans tous les cas, l’utilisation de l’information sur Internet permet d’augmenter le R2 du modèle par rapport à un modèle qui n’inclut pas ces variables. Dans les régions centrales, la différence varie de 2 à 6 % (5 ou 6 % dans trois comparaisons sur quatre). Dans les régions périphériques, elle varie de 5 à 8 %, dans les régions intermédiaires, de 4 à 11 % et dans les régions éloignées, de 3 à 6 %. Les modèles de diversité et d’intensité des sorties au spectacle s’avèrent les moins performants, puisque les R2 sont généralement plus faibles, surtout si l’on exclut l’effet des variables relatives à Internet. Pour les sorties au spectacle, dans le meilleur des cas (régions éloignées), le modèle sans les variables sur Internet explique au maximum 12 %. Dans le cas de l’intensité des sorties au spectacle, le maximum est de 10 %. En somme, l’inclusion dans les modèles des variables relatives à Internet renforce nettement leur capacité d’explication.

Conclusion

Les modèles présentés précédemment montrent que, d’un type de région à l’autre, trois variables sont liées à la diversité et à l’intensité des visites des lieux culturels ainsi qu’à la diversité et à l’intensité des sorties au spectacle : l’âge, le niveau de scolarité et le fait d’utiliser Internet à des fins culturelles. Dans certains cas, l’usage à des fins non culturelles d’Internet est également associé à des pratiques culturelles plus diversifiées — plus omnivores — et plus assidues.

Nous constatons donc que plus un individu utilise Internet à des fins culturelles (et parfois non culturelles), plus ses visites des lieux culturels et ses sorties au spectacle sont diversifiées et intenses. Comme quoi la diversité des usages sur Internet peut être liée à un omnivorisme culturel. Aussi, il nous paraît clair que l’utilisation d’Internet doit maintenant être incluse comme facteur explicatif des pratiques culturelles, comme le sont les caractéristiques sociodémographiques. Les modèles qui incluent les variables relatives à Internet expliquent une plus grande proportion de la variance observée que ceux qui incluent uniquement les caractéristiques sociodémographiques.

Bien que nous n’ayons pas pu inclure dans nos analyses toutes les variables prédisant l’omnivorisme dont font mention Peterson et Kern (1996) — par exemple, l’origine raciale des répondants —, nos résultats vont dans le même sens que les leurs pour ce qui est du niveau de scolarité et de l’âge. En ce qui a trait au revenu, cela se confirme presque uniquement dans les régions centrales où, de façon générale, plus un individu vit dans un ménage fortuné, plus il visitera de lieux culturels et sortira au spectacle et plus il fera ces activités intensément. On remarque sensiblement la même tendance dans les autres types de régions, mais l’effet n’est pas significatif.

À l’exception de l’intensité des visites de lieux culturels dans les régions centrales et périphériques, le sexe d’une personne semble avoir peu d’effet, quoique nous ayons noté une tendance d’un effet de l’interaction entre le sexe et l’âge en faveur des femmes. Peterson et Kern (1996) mentionnent également que les personnes vivant en milieu urbain ont plus tendance à être omnivores que celles vivant en milieu rural. Dans notre étude, la taille de la municipalité habitée ne semble pas avoir d’effet sur les pratiques à l’étude, à l’exception de l’intensité des sorties au spectacle dans les régions intermédiaires. Et ce sont les gens résidant dans des municipalités comptant de 2 000 à 99 999 habitants qui ont la plus grande intensité moyenne de sorties et non ceux résidant dans les municipalités de 100 000 habitants ou plus. Il faut toutefois considérer que nos analyses ont été faites selon une typologie des régions du Québec, qui classe celles-ci selon leur proximité des grands centres urbains que sont Montréal et Québec, la Capitale-Nationale. Le degré d’urbanisation des régions et l’importance de l’offre culturelle qui en découle semblent donc jouer un rôle dans la diversité et l’intensité des visites des lieux culturels ainsi que dans la diversité et l’intensité des sorties au spectacle.

Dans cinq cas, le temps passé sur Internet favorise la diversité des visites de lieux culturels et de sorties au spectacle, de même que l’intensité de ces activités. Toutefois, dépassé deux heures de navigation à la maison chaque jour, l’effet s’inverse. De manière générale, un temps de navigation à la maison se situant entre 30 minutes et 1 h 59 par jour favorise la pratique de ces activités. Ce résultat va dans le même sens que ceux de Lemieux, Luckerhoff et Paré (2011) qui mentionnent que plus des trois quarts des utilisateurs d’Internet ont déclaré avoir réduit leur pratique d’activités, non seulement les activités « d’écran » comme regarder la télévision, mais également les sorties au concert et au théâtre. Il faut toutefois relativiser la conséquence négative que peut avoir Internet sur les pratiques culturelles ; comme l’a relevé Veenhof (2006), les internautes assidus réduisent d’abord leur temps de sommeil et celui qu’ils accordent au sport.

Bien que nos résultats ne permettent pas d’établir de lien de causalité entre Internet et les pratiques culturelles à l’étude, ils ne contredisent pas ceux de Donnat (2007), qui note qu’Internet renforce certaines pratiques comme la fréquentation d’équipements culturels et des salles de cinéma. Toutefois, nous notons que ce sont surtout les usages culturels d’Internet qui semblent avoir un effet, bien que dans certains cas, les usages non culturels d’Internet en exercent également un.

Nous ne prétendons pas avoir analysé toutes les facettes de la question du lien entre Internet et les pratiques culturelles dans le cadre de cette étude. Il s’agit d’une question complexe qui peut être abordée sous plusieurs angles. Nos résultats nous amènent toutefois à suggérer des pistes de recherches futures. Afin de distinguer différentes catégories d’usagers d’Internet, il serait intéressant de poursuivre le travail amorcé en procédant à des analyses factorielles et typologiques. Cela permettrait également d’obtenir une lecture plus globale des modalités de relation à Internet. Il pourrait aussi être intéressant de refaire ces analyses avec d’autres pratiques culturelles que la visite des lieux culturels et les sorties au spectacle, et d’inclure deux mesures de l’omnivorisme, soit par volume et par composition.

Notre étude a permis de voir que plusieurs variables entrent en jeu dans la prédiction de la visite de lieux culturels, des sorties au spectacle et de l’intensité de ces pratiques, et qu’elles varient d’un type de région à l’autre. Il nous semble clair que les études doivent désormais inclure d’autres variables que les variables sociodémographiques, notamment les usages d’Internet, pour mieux comprendre les pratiques culturelles. Le Web semble contribuer à l’appétit pour les arts de la scène et la visite des lieux culturels… tant qu’on navigue « modérément » (soit moins de deux heures par jour, dans le Québec de 2009).

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Annexe

Annexe 1. VD : Diversité des visites de lieux culturels

1a) Coefficients β

Source. Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, 2009

1b) MME

Source. Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, 2009

Annexe 2. VD : Intensité des visites de lieux culturels

2a) Coefficients β

Source. Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, 2009

2b) MME

Source. Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, 2009

Annexe 3. VD : Diversité des sorties au spectacle

3a) Coefficients β

Source. Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, 2009

3b) MME

Source. Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, 2009

Annexe 4. VD : Intensité des sorties au spectacle

4a) Coefficients β

Source. Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, 2009

4b) MME

Source. Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, 2009

Notes

1 Il existe par exemple des émissions de télévision dont le contenu présenté provient du Web.

2 Le développement du réseau de l’Université du Québec n’est probablement pas étranger à ce phénomène.

3 Cet indicateur d’engagement de la vie culturelle a été fait à partir de « six activités culturelles : la lecture de livres, la pratique en amateur d’activités artistiques, la fréquentation des salles de cinéma, de théâtre, de concert et celle des musées. Pour chacune des activités, on a attribué 0 point à ceux qui ne l’avaient pas pratiquée au cours des 12 derniers mois, 1 point en cas de pratique faible ou occasionnelle et 2 points pour une pratique régulière. Le score maximum qui pouvait être obtenu était par conséquent de 12 points » (Donnat, 2007 : 2).

4 Une exception à ce résultat est l’étude publiée par Ollivier et Gauthier dont l’objet est la télévision. Les auteurs mentionnent qu’« en matière d’écoute télévisuelle, ce sont les personnes qui sont les plus éduquées, qui vivent dans de grandes villes, qui ont une origine ethnique mixte et qui utilisent plus d’une langue qui ont tendance à avoir des goûts plus restreints et à être univores » (2007 : 15). Cela pourrait être dû à l’objet d’étude, qui n’est pas considéré comme valorisé ou valorisable.

5 Les travaux menés par Lahire en France font ressortir qu’un individu peut aimer pratiquer des activités qui relèvent à la fois de la culture légitimée et de la culture non légitimée. C’est ce qu’il nomme des pratiques culturelles dissonantes. Donnat a également mené des recherches qui aboutissent à ce résultat : il qualifie ces pratiques d’« éclectiques ».

6 Les premiers travaux sur l’omnivorisme ont été menés sur la musique.

7 Pour plus de détails à ce sujet, consulter Warde, Wright et Gayo-Cal (2007 et 2008), Warde et Bennett (2008) et Purhonen, Gronow et Rahkonen (2010).

8 Nous remercions le ministère de la Culture et des Communications de nous avoir accordé une licence d’utilisation des données de ses enquêtes sur les pratiques culturelles au Québec.

9 Il est à noter qu’un répondant peut faire ces usages qu’il soit branché ou pas à la maison. Les questions étaient formulées ainsi : « Au cours de la dernière année, chez vous ou ailleurs, vous est-il arrivé d’aller sur Internet pour… » Ces questions ne tiennent donc pas compte du lieu d’utilisation, contrairement à celles sur le temps d’utilisation d’Internet.

10 L’intensité de l’utilisation d’Internet est celle que l’on fait, personnellement, à la maison. Cette décision n’est pas arbitraire et résulte de la façon dont les questions sont posées dans le questionnaire de l’enquête. On demande d’abord au répondant : « Dans votre foyer, même si vous ne les utilisez pas, combien y a-t-il d’ordinateurs portables et fixes ? » Dans l’éventualité où il y a au moins un ordinateur, on demande ensuite s’il y a une connexion Internet dans le foyer. Si le répondant répond positivement, on lui demande alors combien de temps il passe sur Internet à la maison chaque jour. Ainsi, pour obtenir une mesure de l’intensité de l’utilisation d’Internet, nous sommes contraints de prendre en compte uniquement l’utilisation qui se fait à la maison et pas celle qui peut en être faite au travail ou dans des lieux publics.

11 L’âge a été calculé en soustrayant l’année de naissance du répondant de l’année de la réalisation de l’enquête, soit 2009.

12 Primaire, secondaire, collégial (y compris les personnes qui ont obtenu un certificat universitaire) et universitaire.

13 Cela inclut les ménages à une personne.

14 Nous utilisons une typologie proposée par l’Institut québécois de la recherche sur la culture (maintenant INRS – Urbanisation, culture et société), fortement inspirée de celle de Harvey et Fortin (1995). Elle se limite au Québec et regroupe les régions administratives en quatre catégories basées sur des facteurs de proximité des grands centres que sont Montréal et la Capitale-Nationale (Dalphond, 2007) :

  • les régions centrales (Montréal et la Capitale-Nationale) : ce sont les grands centres urbains qui constituent les deux grands pôles culturels du Québec ;

  • les régions périphériques (Montérégie, Laval, Laurentides, Lanaudière et Chaudière-Appalaches) : elles sont situées à proximité des grands centres urbains ;

  • les régions intermédiaires (Mauricie, Centre-du-Québec, Outaouais et Estrie) : elles sont géographiquement situées entre les régions centrales ou périphériques. Ces régions « sont trop éloignées des pôles culturels pour profiter de l’offre culturelle de ceux-ci, mais ont une densité de population assez élevée pour soutenir une offre culturelle dans leurs centres urbains » (Fortier, 2009 : 2) ;

  • les régions éloignées (Saguenay–Lac-Saint-Jean, Côte-Nord, Bas-Saint-Laurent, Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, Abitibi-Témiscamingue, Baie-James et Nunavik) : elles sont situées à grande distance des centres urbains et aux limites est, nord et ouest de la province (Dalphond, 2007). De plus, « la faible densité de leur population rend difficile la conciliation entre l’offre et la consommation culturelle » (Fortier, 2009 : 2).

15 Nous avons utilisé la version 18.0 du progiciel SPSS.

16 Une variable significative dans le modèle veut dire qu’elle permet d’expliquer la variable dépendante, mais n’implique en aucun cas un lien de causalité.

17 Quand nous utilisons la notion de « modèles » (au pluriel), nous parlons d’applications spécifiques (selon la typologie des régions et les diverses variables dépendantes) du modèle statistique dont elles relèvent, soit le modèle linéaire généralisé (MLG).

18 L’effet du niveau de scolarité n’est pas significatif dans les régions intermédiaires pour la diversité et pour l’intensité des sorties au spectacle. Il s’agit des seuls modèles où l’effet du niveau de scolarité n’est pas significatif.

19 La seule exception est pour l’intensité de la visite des lieux culturels dans les régions périphériques où la taille du ménage a un effet significatif.

20 Par exemple, dans le cas du revenu familial : plus le revenu augmente, plus le nombre de sorties augmente.


Référence électronique

Marie-Claude Lapointe et Jacques Lemieux, « Internet et les pratiques culturelles au Québec », Communication [En ligne], Vol. 31/2 | 2013, mis en ligne le 24 septembre 2013, consulté le 15 mai 2017. URL : http://communication.revues.org/4469 ; DOI : 10.4000/communication.4469


Auteurs

Marie-Claude Lapointe

Marie-Claude Lapointe est professeure à l’Université du Québec à Trois-Rivières. L’auteure remercie messieurs Rosaire Garon, professeur associé à l’UQTR, et Louis Houde, professeur à l’UQTR, pour leur précieuse collaboration. Courriel : marie-claude.lapointe@uqtr.ca

Jacques Lemieux

Jacques Lemieux est professeur associé à l’Université Laval. L’auteur remercie messieurs Rosaire Garon, professeur associé à l’UQTR, et Louis Houde, professeur à l’UQTR, pour leur précieuse collaboration. Courriel : jacques.lemieux@com.ulaval.ca


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