«Quels pouvoirs reste-t-il à la littérature, quand la logique capitaliste s’est appropriée ses outils et semble toujours en avance sur ses potentialités critiques ?»

Si l’avenir du récit vous intéresse

Zones de défection temporaire. Refigurations de Bartleby et de des Esseintes dans quelques romans contemporains

Justine Huppe et Frédéric Claisse

RÉSUMÉ

Inquiets de l’instrumentalisation du récit et de la fiction à des fins mercantiles ou stratégiques, de nombreux écrivains et observateurs s’interrogent aujourd’hui : quels pouvoirs reste-t-il à la littérature, quand la logique capitaliste s’est appropriée ses outils et semble toujours en avance sur ses potentialités critiques ? Pour reprendre la terminologie d’Albert Hirschman, si les modalités de contestation (voice) semblent épuisées, qu’en est-il des possibilités de défection (exit), dans un monde en réseau qui se nourrit précisément de l’injonction permanente à la liberté et l’autonomie ? Déplaçant cette question sur le terrain romanesque, notre contribution s’intéresse à la volonté de retrait de quelques personnages contemporains (geeks, artistes reclus, militants autonomes, ermites des mondes virtuels, etc.), comparés à des figures littéraires emblématiques de la défection au xixe siècle (des Esseintes, Bartleby, Oblomov, Emma Bovary), de manière à mesurer les changements qui ont affecté l’espace même de possibilités de fuite, et leurs conséquences pour des formes de résistance en littérature.

1. Last Exit to Nulle Part

Problème : Si le récit est devenu l’un des principaux outils de domination et d’instrumentalisation des corps, des consciences et des compétences, que faire, qu’en faire ? S’en éloigner ? S’en foutre ? S’en saisir ? Le retourner contre lui-même (Jean-Charles Massera, « It’s Too Late to Say Littérature (Aujourd’hui recherche formes désespérément) », revue Ah !, n° 10, 2010, p. 38.) ?

Cette inquiétude qui saisit Jean-Charles Massera face au pouvoir et au devenir du récit est aujourd’hui celle de nombreux écrivains, qui ressentent que leur instrument de travail, dénaturé en storytelling, leur a été confisqué par des professionnels de la communication, de la politique ou de l’entreprise, à des fins de contrôle et de manipulation (Christian Salmon, Storytelling : La Machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, Paris, La Découverte, 2007.). À quoi bon continuer d’investir la forme narrative, quand l’espace public est déjà saturé de fictions et de récits ? Quelle résistance la littérature peut-elle encore offrir, et avec quels moyens, quand ses pouvoirs semblent lui avoir été confisqués ?

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Référence électronique

Justine Huppe et Frédéric Claisse, « Zones de défection temporaire. Refigurations de Bartleby et de des Esseintes dans quelques romans contemporains », TRANS- [En ligne], 20 | 2016, mis en ligne le 14 octobre 2016, consulté le 14 mai 2017. URL : http://trans.revues.org/1269 ; DOI : 10.4000/trans.1269


 

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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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