Encore de la discrimination de la part du gouvernement du Québec face aux auteurs édités à compte d’auteur !

Le ministère de la Culture et des Communications et le ministère de l’Éducation excluent les auteurs édités à compte d’auteur du programme LA CULTURE À L’ÉCOLE.

En effet, dans les conditions d’admissibilité au Répertoire de Ressources Culture-Éducation auxquelles les écoles sont obligées de se référer pour retenir les services des écrivains, on peut lire :

«Les publications à compte d’auteur ne sont pas reconnues aux fins du programme.»

Source : Répertoire de Ressources Culture-Éducation, Inscription des écrivains au Répertoire de ressources culture-éducation, conditions d’admissibilité.

Ce répertoire accepte uniquement les écrivains édités par les éditeurs agréés par le ministère de la Culture et des Communications ou les éditeurs que le ministère qualifie de «professionnel».

Cette discrimination systématique de tous les auteurs à compte d’auteur par le gouvernement du Québec, ses organismes et ses sociétés d’état va à l’encontre du développement de la nouvelle économie du livre, notamment de l’auteur-entrepreneur.

Aujourd’hui, «Les ministres Luc Fortin et Sébastien Proulx annoncent près de 10 M$ pour favoriser un arrimage fort entre la culture et l’éducation». «L’objectif, a déclaré le ministre Fortin, est de faire d’eux des citoyens actifs et avertis de manière à ce qu’ils puissent s’approprier et créer la culture de demain.»

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Or, la culture de demain dans le domaine du livre est intimement liée à la démocratisation de l’accès à l’édition et à des milliers d’œuvres de tous les genres signées par des auteurs de tous les horizons, amateurs et professionnels, inscrits dans la nouvelle économie du livre alimentée par l’édition à compte d’auteur, l’autoédition et l’édition participative muent par les nouvelles technologies dont l’internet, le web, l’impression à la demande, le livre numérique et la vente en ligne exclusive généralement hors des circuits traditionnels.

Pour que les jeunes «puissent s’approprier et créer la culture de demain», notamment à titre de nouvel auteur, il faut soutenir un libre accès et une reconnaissance équitable de tous les types d’édition de la nouvelle économie du livre et non pas les confronter dès le départ à des déceptions cruelles face à un taux de refus de plus de 90% des manuscrits comme c’est le cas dans le milieu de l’édition traditionnelle.

Motiver les jeunes à se lancer dans la littérature sans les informer que la durée de vie d’une nouveauté en librairie traditionnelle dépasse rarement les trois ou quatre mois ne peut qu’engendrer de nombreux abandons de l’écriture.

L’avenir n’est plus exclusivement à l’édition traditionnelle à compte d’éditeur puisqu’à peine 20 écrivains tirent un revenu suffisant pour vivre au Québec.

À PEINE 9 % DES ÉCRIVAINS COMPTENT SUR LEURS DROITS D’AUTEUR COMME PRINCIPALE SOURCE DE REVENU

Nous avons demandé aux écrivains quelle était leur principale source de revenu au cours des trois dernières années. Pour 60% des écrivains et écrivaines du Québec, le travail rémunéré représente la principale source de revenu. Les bourses d’aide à la créa-ion sont la principale source de revenu pour 10% des écrivains, tout comme les prestations gouvernementales, telles l’assurance-emploi ou l’aide sociale. Les droits d’auteur constituent la principale source de revenu de seulement 9% des écrivains.

Les écrivaines sont plus nombreuses que les écrivains à tirer de leur création l’essentiel de leur revenu. En effet, les droits d’auteur représentent la principale source de revenu de 13 % des écrivaines contre 7 % pour les écrivains. Il y a peu de différence entre les hommes et les femmes quant à la place occupée par les bourses d’aide à la création en tant que principale source de revenu. Ces bourses sont la principale source de revenu de 10 % des écrivaines et de 9 % des écrivains. Par ailleurs, 9 % des écrivains sont dépendants de prestations gouvernementales, tandis que, chez les écrivaines, cette proportion est beaucoup moins élevée, soit 6 % seulement.

Soulignons également que, si l’on fait abstraction des revenus liés aux droits d’auteur, 16 % des écrivains et des écrivaines n’ont eu aucun revenu de travail au cours des trois dernières années. Parmi ces écrivains, 13 % ont déclaré que les droits d’auteur représentent leur principale source de revenu. Ceux-ci constituent 2 % de tous les écrivains, c’est-à-dire environ 20 personnes.

(Source : Institut de la statistique du Québec, Observatoire de la Culture et des Communication du Québec (Les écrivains québécois. Portrait des conditions de pratique de la profession littéraire au Québec, 2010, cliquez ici pour télécharger cette étude).

Voir aussi : Écrire ne fait pas vivre, Enjeux, Radio-Canada.

Autrement dit, notre industrie du livre ne réussit pas à faire vivre les écrivains qu’elle édite, même avec un chiffre d’affaire de plus de 600 millions de dollars en 2014 (cliquez sur le lien ou voir le tableau ci-dessous). À l’évidence cette industrie ne fait vivre que ses propres actionnaires et ses employés, les écrivains n’étant que des fournisseurs de matière première à transformer. En pareil contexte, comment peut-on motiver les jeunes québécois à créer de la littérature ? L’espoir d’en vivre est nul.

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Bref, l’écriture demeure un loisir au Québec pour la très grande majorité des auteurs, amateurs et professionnels. Il faut approcher la littérature comme un loisir en nos frontières et, à ce titre, l’accès est primordial. Tel que souligné plus haut, le taux de refus des manuscrits soumis aux éditeurs traditionnels par les auteurs dépasse les 90%. Cet accès très limité n’est pas celui associé à un loisir.

Heureusement, il y a toujours eu des alternatives à l’édition traditionnelle pour les auteurs à la suite de l’invention de l’imprimerie et de la naissance d’une industrie du livre: l’autoédition, l’édition à compte d’auteur et l’édition participative. Ces trois types d’édition existent depuis plus de deux cents ans.

Dans mon livre Maîtres de leurs ouvrages: l’édition à compte d’auteur à Paris au XVIIIe siècle, on découvre que ce sont des centaines d’auteurs qui, déjà au siècle des lumières, ‘s’autoéditent’. Profitant particulièrement de la nouvelle loi qui permet aux auteurs de vendre leurs ouvrages en toute liberté dès 1777, un nombre jusqu’ici insoupçonné d’écrivains de toutes sortes publient à leurs dépens de façon à conserver les droits de leurs œuvres et de les vendre directement aux lecteurs, ‘À Paris, Chez l’Auteur’. Malgré tous les risques et les défis qu’une telle entreprise comporte alors, le jeu n’en valait-il pas la chandelle?

Source : L’Autoédition: phénomène récent depuis le XVIIIe siècle, Marie-Claude Felton, Fondation Voltaire.

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L’édition traditionnelle dénigre ces alternatives et revendique depuis belle lurette le monopole de la qualité et du bon livre en mettant de l’avant ses critères de sélection et son travail éditorial sur l’œuvre. Au Québec, elle revendique même le titre d’écrivain pour ses auteurs. L’auteur autoédité ou édité à compte d’auteur n’est pas un vrai auteur, et encore moins un vrai écrivain.

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Mais on n’arrête pas le progrès. L’instruction pour tous, l’arrivée de l’ordinateur personnel et de nombreux logiciels de traitement de texte, de correction et de mise en page démocratisent l’accès à l’écriture et au travail éditorial.

Puis, l’internet, le web, l’impression numérique et l’impression à la demande ouvre grande la porte à la démocratisation de l’accès à l’édition et à une plus grande diversité éditoriale. Aussi, ces avancées technologiques libèrent à la fois les auteurs et les lecteurs du carcan de l’industrie traditionnelle du livre. Naît alors ce qu’il est convenu d’appeler la «nouvelle économie du livre».

Au Québec, l’industrie du livre résiste habillement en proposant d’évoluer que si des subventions de l’État lui sont versées, ce qui sera fait. Mais il n’est pas question de démocratisation de l’accès à l’édition, bien au contraire. Elle dénigre les auteurs qui lui passent par-dessus la tête pour «se publier eux-mêmes» ou pour «publier sur internet», comme elle-dit.

Elle profite des nouvelles technologies que pour son propre profit en conservant son vieux modèle d’affaires. Elle n’envisage pas de hausser les redevances à l’auteur, de cesser d’exiger des auteurs la cession de leurs droits d’auteur sur leurs œuvres, de vendre à prix minimum le livre numérique…

Force est de conclure que l’avenir n’est pas à l’édition traditionnelle d’autant plus que plusieurs auteurs ne se donnent même plus la peine de soumettre leurs manuscrits à un éditeur à compte d’éditeur.

L’avenir est plutôt aux nombreux autres types d’édition soutenus par de nouvelles initiatives et organisations de la nouvelle économie du livre appuyées par de nouvelles technologies révolutionnaires. Pourtant, nos gouvernements s’entêtent encore et toujours à discriminer ces nouveaux auteurs autonomes à qui l’avenir du livre appartient.

Pour notre gouvernement, il n’y a qu’une seule industrie du livre, celle à qui il accorde un agrément. Le ministère de la Culture et des Communications la présente ainsi l’industrie du livre sur son site web :

Industrie du livre

Avec un peu moins de 200 librairies agréées et 180 éditeurs agréés répartis sur l’ensemble du territoire, l’industrie du livre met à la disposition du public une variété de titres, d’ici et d’ailleurs, dans toutes les régions du Québec. Elle propose en outre une production québécoise diversifiée, riche de 4000 à 5000 nouveaux titres par année qui, en occupant une part appréciable du marché de la vente, reflètent le travail des nombreux auteurs québécois.

Source : Ministère de la Culture et des Communications, gouvernement du Québec.

Vous, les auteurs autoédités, édités à compte d’auteur ou édités à frais partagés (édition participative), tout comme moi, éditeur libraire uniquement en ligne, nous ne faisons pas partie du décor planté par le gouvernement. Peu importe que nous en ayons fait une activité professionnelle, un loisir à temps plein ou à temps perdu, nous sommes balayés sous le tapis par le gouvernement du Québec.

Et n’allez pas penser que ce plaidoyer vise à obtenir une part des subventions de l’État, quoiqu’un traitement équitable légitime est souhaité par certains. Ce coup de gueule a pour but de réclamer RECONNAISSANCE et RESPECT de notre contribution à la culture par notre gouvernement face à nos efforts, nos succès et nos lecteurs!

Nous sommes de plus en plus nombreux à s’adonner à l’écriture avec passion et, à ce titre, nous sommes souvent des toutes premières générations de l’instruction publique obligatoire instaurée en 1943 alors que d’autres sont des enfants de la Révolution Tranquille. Nous sommes des auteurs parce que vous vouliez une population avec le maximum d’instruction. Et aujourd’hui, vous nous discriminez, noir sur blanc, jusque dans le détail des conditions d’admissibilité au programme La Culture à l’École. Qu’est-ce qui vous prend ? Êtes-vous fous ?

Nous sommes des modèles de la réussite éducative pour nos enfants et nos petits-enfants qui nous voient dédier nos loisirs et souvent même notre retraite à l’écriture, à l’édition, à la publication, à la promotion et à la vente de nos livres… EN MARGE DE L’INDUSTRIE DU LIVRE !

Et vous, notre gouvernement, vous nous dénigrez parce qu’on ose mettre de l’argent sur la table pour être édités à compte d’auteur. Nous investissons dans un loisir noble, la littérature d’ici, comme d’autres investissent dans l’artisanat ou le ski.

Et vous refusez aux enseignants de nous choisir au sein du Répertoire de ressources Culture-Éducation ? Le programme Culture-Éducation, dites-vous, vise à «favoriser l’apprentissage et la réussite éducative des élèves par l’entremise des arts et de la culture».

Nous sommes des exemples de la réussite éducative dans laquelle le gouvernement du Québec, notre gouvernement, a investi ses espoirs depuis plus de 50 ans. Et aujourd’hui, vous vous permettez une telle discrimination à notre égard.

À LIRE AUSSI

Discrimination de l’édition à compte d’auteur et de l’autoédition par le Conseil des arts et des lettres du Québec – CALQ

«(…) l’édition se doit de relever de la chaîne du livre.» ANEL

Encore une politique d’exclusion : BiblioPresto et pretnumerique.ca

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