Nouveauté : Adrien Pouliot et le développement de la radio française dans les Prairies, Histoire – Canada, Alain Canuel, Fondation littéraire Fleur de Lys

Adrien Pouliot et le développement de la radio française dans les Prairies

Alain Canuel
Histoire – Canada
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Lévis, Québec, 2016.
ISBN 978-2-89612-497-8
Exemplaire numérique gratuit (ePub)

PRÉSENTATION

L’ouvrage porte sur le développement des stations radiophoniques d’expression française dans les provinces des Prairies entre 1946 et 1952 . Les objectifs de recherche s’articulent autour de deux approches complémentaires: l’étude de la radio selon une perspective globale permettant de mieux saisir la dynamique qui sous-tend le développement des quatre stations d’expression française dans les Prairies et la mise en évidence de l’appui incontestable de Adrien Pouliot qui a marqué tout un pan de l’histoire de la radio par ses qualités de maître d’œuvre, de diplomate et de rassembleur. Figure emblématique de son temps, celui-ci a joué un rôle prépondérant comme membre du Bureau des gouverneurs de Radio-Canada. À maintes reprises, Pouliot a dû, au sein de cet organisme public qui réglemente et supervise le système canadien de la radio, agir avec circonspection tout en faisant preuve de ténacité pour contrecarrer, sous toutes ses formes, les intentions belliqueuses ou les critiques acérées des opposants au projet de développement de la radio française dans les Prairies. L’étude entend jeter un éclairage nouveau sur la radio française de l’Ouest en mettant l’accent sur les projets, les réalisations et les aspirations de cet homme qui a influencé, à maints égards, son développement. Ce faisant, Adrien Pouliot a manifesté un intérêt marqué pour le sort des communautés canadiennes françaises des autres provinces en se rattachant à une pensée nationaliste susceptible de protéger les droits des Canadiens français.

EXTRAIT

INTRODUCTION

Le développement de la radio au Canada nous semble un thème familier. C’est du moins ce qui ressort de nombreux ouvrages et références sur la radio publique véhiculés par les écrits scientifiques, les articles de journaux, les documents d’archives, les publications officielles des gouvernements ou encore celles d’organismes de radiodiffusion. La majorité de ces écrits mettent l’accent sur le développement des réseaux publics et privés de langue anglaise. Depuis la fin des années 1950, des écrits sur la radio française au Canada ont peu à peu émergé de l’ombre pour se concentrer en grande majorité sur le développement de la radio au Québec. À cet égard, peu d’ouvrages ont décrit de façon rigoureuse l’émergence de la radio française dans les autres provinces canadiennes, notamment en Saskatchewan, au Manitoba et en Alberta. Parmi les plus importantes monographies qui retiennent notre attention, citons celle de Rossel Vien intitulée La radio française dans l’Ouest. L’auteur présente les premiers balbutiements de la station CBK à Watrous, Saskatchewan, et la naissance de la radio CKSB au Manitoba. À travers les documents d’archives, les collections d’hebdomadaires et les revues françaises du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta, Rossel Vien brosse un portrait fidèle des grands moments qui ont conduit à la naissance, en 1946, de CKSB. Il y a, bien sûr, le livre de Laurier Gareau qui, par son titre évocateur, Le défi de la radio française en Saskatchewan, donne le ton à une série d’événements entremêlés de luttes acharnées et de déceptions avant de connaître un dénouement heureux avec la création des stations CFRG et CFNS.

D’autres publications méritent également notre attention puisqu’elle font état des principaux acteurs qui ont travaillé pour l’obtention du poste CHFA, en Alberta. Mentionnons le collectif 50 ans de radio, tant de choses à dire, en particulier les deux chapitres écrits par Laurier Gareau sur l’évolution de la radio dans les Prairies. Les autres chapitres du livre, quoique intéressants, n’abordent que très partiellement la période radiophonique de 1930 à 1950. Pour sa part, l’ouvrage de Guy Pariseau intitulé La radio et la télévision françaises en Alberta : 1949-1987, relate, entre autres, les aléas de la radio albertaine de même que l’opposition de certains ministres provinciaux qui fustigent la radio française et soutiennent qu’elle est un danger pour l’unité nationale. Parallèlement, la publication Écoutez vous verrez, CHFA de 1949 à 1999 de l’auteure, France Levasseur-Ouimet, est présentée selon trois grandes divisions: la première est caractérisée par les témoignages de ceux et celles qui ont contribué “à la création et au maintien d’un poste de radio française en Alberta[1].” La seconde décrit l’historique de CHFA en trois volets: de 1922 à 1949, de 1949 à 1974 et de 1974 à 1999. Enfin, la troisième division porte un bref regard sur l’avenir de la radio. D’une approche plus succincte, la publication de Frank Peers,The Politics of Canadian Broadcasting, et celle de E. Austin Weir, The Strugle for National Broadcasting in Canada, s’inscrivent dans la foulée des ouvrages sur le développement de la radio d’expression anglaise au Canada tout en abordant sommairement la radio d’expression française. Considéré comme une sorte d’appendice de la radio d’expression anglaise, plusieurs aspects relatifs à l’évolution de la radio française ne sont qu’effleurés, sinon carrément négligés.

Les publications susmentionnées favorisent une approche focalisée le plus souvent sur l’étude d’une seule station. Notre ouvrage nous a donc conduit à étudier le développement des stations radiophoniques d’expression française en s’appuyant sur une démarche holistique. C’est dire que la poursuite de nos objectifs de recherche s’articule autour de deux approches complémentaires: l’étude de la radio selon une perspective globale nous permettant de mieux saisir la dynamique qui sous-tend le développement des stations d’expression française dans les Prairies et la mise en évidence de l’appui incontestable de Adrien Pouliot qui a marqué tout un pan de l’histoire de la radio par ses qualités de maître d’oeuvre, de diplomate et de rassembleur. Figure emblématique de son temps, celui-ci a joué un rôle prépondérant comme membre du Bureau des gouverneurs de Radio-Canada. À maintes reprises, Adrien Pouliot a dû, au sein de cet organisme public qui réglemente et supervise le système canadien de la radio, agir avec circonspection tout en faisant preuve de ténacité pour contrecarrer, sous toutes ses formes, les intentions belliqueuses ou les critiques acérées des opposants au projet de développement de la radio française dans les Prairies. Notre étude entend jeter un éclairage nouveau sur la radio française de l’Ouest en mettant l’accent sur les projets, les réalisations et les aspirations de cet homme qui a influencé, à maints égards, son développement. Ce faisant, Adrien Pouliot a manifesté un intérêt marqué pour le sort des communautés canadiennes françaises des autres provinces en se rattachant à une pensée nationaliste susceptible de protéger les droits des Canadiens français. Malgré son immense contribution, il serait présomptueux d’affirmer que Pouliot a été le seul maître d’oeuvre d’un projet d’envergure qui nécessitait la collaboration de nombreux acteurs tant sur la scène provinciale, sur l’échiquier politique que sur le groupement communautaire. Mentionnons au passage les noms de l’abbé Maurice Baudoux, Antonio de Margerie, Raymond Denis, Dumont Lepage, le docteur Léon-Omer Beauchemin, Antoine Deschambault qui ont apporté un appui inconditionnel au projet et de tous ceux qui ont oeuvré dans des organisations telles l’Association canadienne française de l’Alberta (ACFA), le Comité de survivance française (CSF), les Sociétés Saint-Jean-Baptiste (SSJB), Radio-Ouest-Française (ROF) ou l’Association catholique franco-canadienne de la Saskatchewan (ACFC) pour n’en nommer que quelques-unes.

Dès lors, notre recherche s’appuie sur un ensemble d’interrogations. À titre de membre du Bureau des gouverneurs de Radio-Canada, quel rôle Adrien Pouliot a-t-il joué dans le développement de la radio française de l’Ouest ? Comment les pionniers de la radio de l’Ouest conçoivent-ils le rôle de Pouliot? Par rapport au réseau institutionnel et politique canadien-français et à ses élites, comment Adrien Pouliot a-t-il transmis sa vision pour assurer la présence d’une radio française dans l’Ouest ? De par le concours de Adrien Pouliot, quels sont les mécanismes et les événements qui ont constitué un élément déclencheur pouvant expliquer les métamorphoses qu’a connues la radio française dans l’Ouest? Enfin, comment Adrien Pouliot s’inscrit-il dans la stratégie déployée pour contrer les résistances politiques et sociales au projet d’une radio française ?

L’étude des rapports entre Adrien Pouliot et les protagonistes de la radio française dans l’Ouest permet de rendre compte des réussites et des échecs liées aux stratégies déployées, au soutien des communautés francophones du Québec et d’ailleurs, à l’influence du clergé, à l’appareil politique et aux associations canadiennes françaises pour l’obtention de permis de diffusion. Par-delà les luttes constantes qui ont mené à la création de stations radiophoniques françaises dans l’Ouest, nous nous sommes également intéressé aux actions et aux revendications des communautés qui se cristallisent autour de l’usage du français. Véritable pierre d’assise, cette approche constitue le premier maillon de notre démarche holistique tout en permettant de mieux mesurer l’ampleur des défis continuels auxquels font face les communautés francophones des Prairies et, a fortiori, de constater que le développement de la radio constitue une autre bataille pour l’épanouissement de ces populations.

Notre ouvrage se divise en sept chapitres. Le premier chapitre présente quelques épisodes de la première moitié du 20e siècle, où les populations francophones du Canada ont dû lutter pour sauvegarder leur langue, leur culture ou leurs droits de citoyens à part entière. Nous nous limitons cependant à trois exemples probants qui servent de toile de fonds à notre propos. En 1918, “la question linguistique [devient] un sujet de brûlante actualité pour la population de la Saskatchewan[2].” Nous verrons que cette situation trouvera un large écho au Manitoba et en Alberta. Quelques années plus tard, c’est autour de la question du timbre-poste, de l’émission de la monnaie, des notes et des obligations que s’amorce le débat sur le bilinguisme. Enfin, la solution politique qui émane du gouvernement de Richard Bedford Bennet (1930-1935), laquelle est directement liée au problème du bilinguisme, se reflétera désormais dans les différentes sphères d’activités des services nationaux. À cet égard, nous verrons que la radio des années 1930 n’y échappe pas. Le chapitre 2 traite de l’évolution de la radio française dans l’Ouest entre 1933 et 1940 et de la modeste programmation française qu’on y présente. Cette analyse servira d’ancrage à l’entrée en scène de Adrien Pouliot vers la fin de cette période. Le chapitre 3 définit le rôle accru de Pouliot dans le dossier de l’Ouest. Ce dernier devra chercher à concilier l’équilibre des pouvoirs entre les différents protagonistes de l’Est (plus particulièrement, ceux du Québec) et de l’Ouest qui poursuivent un but commun, mais dont les visées sont parfois quelque peu différentes. Le chapitre 4 précise le double rôle de Pouliot à la fois comme membre du Bureau des gouverneurs et président du Comité permanent de la langue française en Amérique tout en élargissant les propos de la radio à l’ensemble du Canada. Il est question, entre autres, du projet de la radio à Bathurst, Nouveau-Brunswick, et du déplacement de Pouliot dans l’Ouest. Nous examinerons également l’incidence du plébiscite de 1942 sur la radio. Le chapitre fait également état d’une relation plus harmonieuse entre Pouliot et Baudoux, élément essentiel à la stratégie nationale de la radio française. Le chapitre 5 s’attarde à la structure organisationnelle de la communauté francophone du pays pour l’obtention de postes français au Canada. Il met en relief le rôle de Adrien Pouliot qui, avec une habileté consommée, parvient à apaiser les esprits échauffés et les tensions sociales qui pèsent sur la radio en prônant l’unité nationale. Deux exemples, en particulier, servent à illustrer notre propos: le plébiscite de 1942 et la réunion du Bureau des gouverneurs à Calgary, le 18 septembre 1947. Le chapitre cherche enfin à mieux comprendre les jeux de coulisses qui viennent interférer dans le projet de la radio de l’Ouest. En contrepoint du chapitre 5, la demande auprès des gouverneurs de deux postes en Saskatchewan constitue la pierre angulaire du chapitre 6. Il est notamment question du ministre, C. D. Howe, qui freine le projet en utilisant le prétexte de la rareté de l’acier, mais dont les intentions véritables portent sur la crainte de déplaire à l’élément anglo-saxon. Nous verrons également comment Adrien Pouliot gère l’imbroglio que crée Raymond Denis lorsqu’il propose de mettre sur pied une station bilingue et comment il arrive à trouver un consensus entre les divers intervenants de la radio en Saskatchewan. Le chapitre 7 constitue le dernier volet de notre analyse. Il relate les difficultés techniques et financières que connaissent les stations de la Saskatchewan, l’importance de la Commission royale d’enquête sur la radio et la télévision (Commission Fowler) sur le développement de la radio dans l’Ouest et les mutations que va connaître le monde des médias avec les nouvelles réglementations, l’arrivée de la télévision, des stations FM, etc. Nous concluons finalement sur l’histoire de la radio dans l’Ouest en transcendant l’argumentation organisationnelle et linguistique qui a été le principal fil conducteur de notre étude et rendons hommage au travail accompli de Adrien Pouliot.

[1] France Levasseur-Ouimet, Écoutez, vous verrez. En souvenir du 50e anniversaire de CHFA Radio-Canada. Les Éditions Félix, Chicoutimi, 1999, 276 pages.

[2] Raymond Huel, L’association catholique franco-canadienne de la Saskatchewan: un rempart contre l’assimilation culturelle, 1912-1934, p. 32

AU SUJET DE L’AUTEUR

ALAIN CANUEL

L’auteur possède un doctorat en histoire et sociopolitique des sciences (Université de Montréal) et a complété ses études post-doctorales à l’université McGill. Au cours de sa carrière, il a enseigné à titre de chargé de cours à l’UQAC, l’UQAM, l’UQO, l’université Concordia et à l’université d’Ottawa. Pendant plus de 20 ans, il a occupé divers postes au gouvernement fédéral à titre d’agent de programme senior et de directeur adjoint aux trois agences subventionnaires (Conseil de recherches en sciences humaines, Conseil de recherches en science et en génie du Canada et aux Instituts de recherche en santé du Canada). Il a été responsable de programmes tels les Réseaux de centres d’excellence du Canada, le programme de bourses d’études supérieures du Canada Vanier, le programme d’Aide aux revues savantes et plusieurs autres. Au cours de sa carrière, il a publié divers articles scientifiques dans des revues canadiennes et étrangères de même que dans des ouvrages collectifs nationaux et internationaux. Il a participé à de nombreux colloques, conférences et autres activités scientifiques à l’échelle nationale et internationale. Pendant plus de 10 ans, il a occupé plusieurs fonctions au sein de l’Association pour l’histoire de la science et de la technologie au Canada. Il est actuellement membre d’une équipe de chercheurs Mediascomm (https://twitter.com/mediascomm) qui se passionne pour la mondialisation, les communications et les arts visuels.

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