Annonce de l’impression de livres à la demande par Marquis et SoBOOK : quand des journalistes ne vérifient pas leurs informations ou se limitent à une seule source

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Cet article remet en question la couverture de presse de l’annonce de Marquis et de SoBook dans le domaine de l’impression de livres à la demande au Québec et de la liaison technologique transatlantique entre imprimeurs du Québec et de la France.

L’impression à la demande a fait la manchette au Québec au cours des derniers mois à la suite de l’annonce d’une entente entre l’imprimeur québécois Marquis et l’imprimeur français SoBOOOK, Les deux entreprises ont émis un communiqué de presse sous le titre : «MARQUIS ET SoBOOK RENDENT LES LIVRES ACCESSIBLES RAPIDEMENT» et avec le sur-titre «Création d’un pont technologique transatlantique». Voici un extrait :

Extrait du communiqué de presse

«Ce nouveau service Marquis Express, gérera les projets d’impression de livres des éditeurs canadiens vers l’Europe et ceux des éditeurs européens vers l’Amérique du Nord. La plateforme Marquis Express propulsée par SoBook sera particulièrement utile aux éditeurs pour l’impression à la demande d’un seul exemplaire à la fois, mais  servira aussi d’outil  pour  les microtirages, les réapprovisionnements rapides, l’impression de plusieurs titres de formats similaires en mode amalgamé et permettra la synchronisation des nouveautés sur tous les marchés.»

Source : Marquis et SoBook rendent les livres accessibles rapidement, 23 septembre 2015

Quelques jours plus tard, en octobre, Radio-Canada a réalisé deux reportages en écho à ce communiqué de presse, l’un à la radio et l’autre à la télévision :

Imprimer des livres sur demande pour contrer le gaspillage, Médium large, 6 octobre 2015

L’imprimerie Marquis se lance dans l’impression à la demande, Radio-Canada, jeudi le 15 octobre 2015

En novembre, le quotidien Le Devoir a aussi consacré un article à la nouvelle :

Imprimer sur demande, un livre à la fois, Le Devoir, 25 novembre 2015

Puis, à la fin de l’année 2015, Radio-Canada est revenu à la charge avec un reportage (avancer à la minute 13.50) dans le cadre du Téléjournal national du 30 décembre 2015.

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Ce reportage a aussi été mis en ligne sur le site web de Radio-Canada, section Arts et divertissement, le 4 janvier 2016. Cliquez ici pour le visionner et lire le texte de la journaliste Tania Lapointe.

J’ai sursauté en entendant la présentatrice du Téléjournal, Geneviève Asselin affirmer en introduction au reportage de Tania Lapointe au sujet de l’annonce de Les impressions Marquis : «Le livre électronique n’a pas fait disparaître le livre papier mais il force les éditeurs et imprimeries à changer de stratégie pour être plus rentables. Face à cette nouvelle réalité, une imprimerie québécoise produit maintenant des livres à la demande». Cette affirmation laisse croire que Les impressions Marquis est le premier imprimeur québécois à produire des livres à la demande, ce qui est faux. La Fondation littéraire Fleur de Lys offre des livres imprimés à la demande par des imprimeurs québécois depuis 2003 !

Le quotidien LA PRESSE a traité le sujet dans un article publié le lendemain (31 décembre 2015) sous titre «Après la vidéo sur demande, le livre sur demande». La PRESSE rapporte cette déclaration de Serge Loubier, président de l’imprimerie Marquis : «S’il n’a pas encore de concurrent, ça ne saurait donc tarder. Car  »la technologie démocratise l’impression »». Pas ce concurrence ? Il y a déjà et depuis plusieurs années de la concurrence dans le domaine de l’impression à la demande au Québec.

LA PRESSE ajoute : «Pour les maisons d’édition établies de l’autre côté de l’Atlantique, cette innovation permet d’éviter d’importants coûts de transport.» Ce n’est pas une innovation puisque la Fondation littéraire Fleur de Lys confie l’impression de ses livres commandés par des lecteurs européens à un imprimeur à la demande en France depuis plusieurs années.

Il n’y a pas de plus de nouveauté ou d’innovation dans le service offert par l’imprimerie Marquis et son partenaire français SoBook. La firme québécoise RADIDO LIVRES offre un service similaire («un pont technologique transatlantique» et impression de livres à la demande) depuis 2013 et compte déjà plus 150 clients. Le fondateur de RADIDO LIVRES, Simon Dulac, un ancien de SoBook, écrit sur son site web : «Après trente années d’expérience dans l’imprimerie, j’ai décidé de créer à Montréal en 2013 un service de production de livres à la demande pour les auteurs et les éditeurs.»

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Sur la page web dédiée aux éditeurs, on peut lire la présentation de RADIDO LIVRES en trois points :

  • Une équipe de spécialistes réactifs. Soumission ultra rapides !
  • Nous imprimons en 48 à 72h au Canada et en France*
  • Grâce à notre solution court tirage et courts délais, vous ferez des profits plus rapidement et sur chaque livre que vous ferez imprimez

Voir aussi cet vidéo de RADIDO LIVRES :

Le Groupe QuadriScan de Montréal offre aussi l’impression de livres à la demande, et ce, bien avant l’annonce de l’imprimeur Marquis l’automne dernier.

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Mentionnons aussi le service d’impression à la demande BOUQUINS PLUS (Montréal).

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L’entreprise LES COPIES DE LA CAPITALE offre aussi l’impression à la demande (c’est notre principal fournisseur) :

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L’Imprimerie Précigraphy, Sprint Média, CopiesExpress et plusieurs autres imprimeries québécoises offrent également l’impression de livres à la demande.

Bref, il y a déjà de nombreux joueurs dans le domaine de l’impression de livres à la demande au Québec.

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Alors, pourquoi les médias traitent l’annonce de l’imprimerie Marquis comme une innovation et une nouveauté ?

La réponse est fort simple, d’une part, les journalistes affectés à la couverture de presse de l’annonce de l’Imprimerie Marquis étaient mal informés des réalités du monde du livre et, d’autre part, ils ne se sont pas donnés pas la peine de vérifier les informations contenues dans le communiqué de presse.

Aussi, ils furent visiblement impressionnés par le mot «innovation» dans le sous titre de ce communiqué («Le marché du livre en mutation demande une surdose d’innovation»).

Pourtant le communiqué de presse annonçait seulement une «entente exclusive intervenue entre Marquis et SoBook» pour la «Création d’un pont technologique transatlantique» et non pas l’introduction de l’impression à la demande au Québec.

Un tel «pont technologique transatlantique» existe depuis que les imprimeurs nord-américain et européens disposent de sites web transactionnels.

La Fondation littéraire Fleur de Lys a profité d’une telle offre de commandes à distance par le web auprès de l’imprimeur français DupliPrint dès 2005. Ainsi, les exemplaires papier commandés dans notre librairie en ligne au Québec par des lecteurs européens et ceux des pays de l’Afrique du Nord étaient imprimés et livrés depuis la France, et ce, il y a dix ans !

D’autres éditeurs québécois ont fait de même, notamment avec l’américaine LULU.COM qui disposent d’ententes avec des imprimeurs en plusieurs pays.

Dans son article, la journaliste Catherine Lalonde du quotidien LE DEVOIR, écrit : «L’entente entre la plateforme SoBook et Marquis permet désormais aux éditeurs de faire imprimer un livre à la fois.» L’usage du mot «désormais» m’agace car il laisse entendre qu’une nouvelle avenue vient de s’ouvrir au monde québécois de l’édition. Or, certains éditeurs d’ici profitent de l’impression d’un exemplaire à la fois depuis plusieurs années. Bref, la nouvelle n’est fondée que pour les clients de Marquis.

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Et pourquoi Serge Loubier, président de l’imprimerie Marquis déclare à LA PRESSE : «S’il n’a pas encore de concurrent, ça ne saurait donc tarder. Car  »la technologie démocratise l’impression »» (Après la vidéo sur demande, le livre sur demande, La Presse, 31 décembre 2015) alors que cette concurrence existe déjà et depuis plusieurs années au Québec ?

Je n’ai pas la réponse à cette question mais j’avance qu’il a profité de l’occasion offerte par la journaliste de LA PRESSE pour se positionner comme le «pionnier» de l’impression à la demande, et ce, avec tout le poids que le statut du plus gros imprimeur de livres au Québec (90% du marché) lui procure. J’espère que monsieur Loubier ne pense pas que les éditeurs québécois ont attendu que son entreprise se lance dans l’impression à la demande pour profiter de cette innovation accessible depuis plus de 15 ans.

La publication de cette nouvelle dans les médias aurait été plus respectueuse de la réalisé, y compris de la concurrence déjà établie dans le secteur, si nos journalistes nous avaient annoncé l’arrivée d’un nouveau joueur dans le domaine de l’impression de livres à la demande au Québec ou le lancement dans l’impression à la demande du plus gros imprimeurs de livres au Québec.

Malgré les annonces des uns et des autres, la vraie impression à la demande n’existe pas au Québec

Jusqu’à preuve du contraire, la Fondation littéraire Fleur de Lys maintient que l’impression à la demande dans son définition originale n’existe pas au Québec malgré les offres des imprimeurs. En effet, l’impression à la demande implique la production en flux continu d’un exemplaire à la fois par un ou une série d’appareils interconnectés opérés par une seule personne n’ayant pas à intervenir entre les étapes de production une fois le processus lancé.

La fabrication d’un exemplaire d’un livre imprimé à la demande est entièrement automatisée et en flux continu :

  1. Impression recto-verso des pages du livre en noir et blanc et en couleur s’effectue automatiquement en une pile suivant leur numérotation (folios);
  2. Impression de la couverture;
  3. Marques de plis (scorage) de la couverture
  4. Pliure de la couverture;
  5. Préparation de la pile des feuilles de l’intérieur du livre pour l’application de colle
  6. Applications de colle au dos de la pile des feuilles de l’intérieur du livre;
  7. Insertion des pages dans la couverture;
  8. Massicotage du livre (coupe du livre au format définitif, l’impression étant réalisée sur un format de page légèrement plus grand, cet excédent est appelé « coupe » ou « rogne »).
  9. Livraison du livre dans le bac de réception.

Toutes ces étapes sont réalisées sans aucune intervention humaine si ce n’est le lancement du processus de fabrication et la surveillance du bon fonctionnement du ou des appareils interreliées.

Voici un bel exemple d’appareil automatisé intégrant toutes les étapes de fabrication d’un livre imprimé à la demande : L’«Espresso Book Machine» (voir la vidéo ci-dessous).

L’université McGill a acheté un «Espresso Book Machine» en 2008-2009 et nous en avons visité l’installation mais ce dernier fut démonté lors du déménagement de la bibliothèque et n’est plus opérationnel selon nos sources.

L’impression à la demande est une invention de la compagnie Xerox. À la fin des années 90, le manufacturier américain présente la «Xerox iGen3», un appareil modulaire intégrant toutes les étapes de fabrication d’un livre (voir l’illustration ci-dessous).

PRESSE DE PRODUCTION NUMERIQUE XEROX IGEN3™ 110 BASEE SUR LA TECHNOLOGIE SMARTSIZETM

PRESSE DE PRODUCTION NUMERIQUE XEROX IGEN3 110 BASEE SUR LA TECHNOLOGIE SMARTSIZETM – Cliquez sur l’image pour agrandir

Cet appareil se vendait au prix exorbitant de un million de dollars américains à son lancement. Aujourd’hui, elle est remplacée par la «Xerox iGen5» (voir la vidéo ci-dessous).

Si plusieurs imprimeurs québécois possèdent des appareils leur permettant d’offrir «l’impression à la demande», leur processus de fabrication n’est pas automatisé et en flux continu. Un ou plusieurs membres de leur personnel est donc nécessaire pour chaque étape de fabrication. Voici un exemple :

Sans l’automatisation et le flux continu, c’est-à-dire avec plusieurs membres de leur personnel impliqués pour réaliser chaque étape de fabrication du livre, nos imprimeurs de livres à la demande ne réalisent pas toutes les économies permises par la véritable impression à la demande (automatisation et flux continu). À la fin, le prix d’un exemplaire «imprimé à la demande» est plus élevé au Québec.

Lors d’une demande de prix en décembre 2015 à différents imprimeurs québécois dit «à la demande», Les impressions Marquis ont présenté la plus haute soumission pour un micro tirage de 200 exemplaires d’un livre de 168 pages intérieures avec couverture couleur.

Les impressions Marquis n’offre pas la véritable impression à la demande (automatisée et en flux continu) car des membres de leur personnel doivent intervenir à chaque étape de fabrication de l’exemplaire.

Des reportages trompeurs de plusieurs de nos médias

Les journalistes

n’ont visiblement pas fouillé le sujet de l’impression à la demande au Québec lors de la préparation de leurs reportages. Elles se sont limitées à une seule source d’information, c’est-à-dire l’imprimerie Marquis. Elles n’ont pas vérifié cette information. Leur couverture de presse laisse croire que l’entreprise introduisait l’impression de livres à la demande au Québec et un pont technologique transatlantique alors que plusieurs autres imprimeurs offrent le service depuis plusieurs années.

Mise à jour – LE DEVOIR – 7 janvier 2016

Et au sujet de l’article «Imprimer sur demande, un livre à la fois» paru dans l’édition du 23 novembre 2015 et signé par Catherine Lalonde, cette dernière nous assure qu’elle a vérifié l’information et consulté plus d’une source dans un courriel reçu un peu plus tôt aujourd’hui. Une relecture plus attentive de son article nous apprend que la journaliste a consulté l’Association des distributeurs de livres de langue française et certains éditeurs. Nous avons donc retiré son nom dans la liste des journalistes ci-dessus. Il n’en demeure pas moins que la journaliste n’a pas situé l’offre de Marquis Imprimeur dans le contexte concurrentiel de l’impression à la demande au Québec en ne mentionnant pas que d’autres imprimeurs québécois offrent également l’impression à la demande et un pont transatlantique entre le Québec et la France.

 

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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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Publié dans Votre éditeur prend position
3 comments on “Annonce de l’impression de livres à la demande par Marquis et SoBOOK : quand des journalistes ne vérifient pas leurs informations ou se limitent à une seule source
  1. […] Cet article remet en question la couverture de presse de l'annonce de Marquis et de SoBook dans le domaine de l'impression de livres à la demande au Québec et de la liaison technologique transatlantique entre imprimeurs du Québec et de la France. L'impression à la demande a fait la manchette au Québec au cours des…  […]

  2. […] Voir aussi notre article : Annonce de l’impression de livres à la demande par Marquis et SoBOOK : quand des journalistes ne … […]

  3. michel dit :

    Juste un bon coup Marketing de la part de SoBook, certes border line mais il fallait y penser.

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