Je n’aime pas les radios poubelles de Québec parce que les animateurs sont arrogants et donnent plus d’importance à leurs opinions qu’aux faits

Je n’aime pas les radios poubelles de Québec parce que les animateurs sont arrogants et donnent plus d’importance à leurs opinions qu’aux faits.

Serge-André Guay, président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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Madame Dominique Payette a déposé en novembre 2015, un rapport de recherche, menée grâce aux fonds de Pauline Marois au Ministère du Conseil exécutif du Québec, qui décrit le panorama de l’information dans la région de la Capitale-Nationale. Le document, intitulé : « L’information à Québec. Un enjeu capital », est disponible pour téléchargement et pour format tablette.

«Il est paradoxal également d’accepter dans les radios de la région un niveau de violence verbale qui serait jugé intolérable — et ne serait pas toléré — partout ailleurs dans la société. On n’a qu’à penser aux mesures contre le harcèlement en milieu de travail ou, encore mieux, aux campagnes contre l’intimidation à l’école. Certains propos tenus en ondes à Québec constituent en pratique du bullying. Insultes personnelles, transformation des noms de famille en propos grossiers, etc. Ce que l’on cherche à éviter dans les cours de récréation, on le tolèrerait donc sans problème sur les ondes radiophoniques?»

Extrait – Premières pages

L’INFORMATION À QUÉBEC
UN ENJEU CAPITAL

Au cours des dernières années, face à la crise qui frappe l’ensemble des médias d’information au Québec comme ailleurs dans le monde occidental, les entreprises médiatiques ont réagi de différentes manières selon les traditions culturelles locales ou régionales qui prévalaient, et les décisions d’affaires plus ou moins originales issues de la tête des gestionnaires.

« En politique comme dans les médias, il est impossible d’échapper à la responsabilité pédagogique. Il faut choisir : former des citoyens responsables et cultivés ou conforter des consommateurs ignorants et apathiques.»

— Bernard Émond. Il y a trop d’images. Montréal : Lux. 2011

Après un peu plus d’une dizaine d’années de ces changements dans le monde des médias, on constate désormais d’importantes différences entre les régions du Québec dans l’organisation du travail, la place de l’information, la nature de cette information et même le mode de propriété des médias. Ainsi, et malgré elle, en réponse à son abandon par la presse nationale ou à sa réduction à des stéréotypes, la Gaspésie a misé avec dynamisme sur les médias communautaires ou coopératifs. Quant à la presse écrite régionale hebdomadaire, elle est désormais presque entre les mains d’un seul propriétaire sur l’ensemble du Québec depuis la vente de ses hebdomadaires par Québecor à TC Media, une division de Transcontinental. Ces transactions ont contribué à la disparition de nombreux emplois de journalistes et plusieurs titres, pourtant bien ancrés dans la communauté, ont dû fermer leurs portes faute de repreneurs comme l’exigeait le Bureau de la concurrence du Canada.

Les services publics de radiotélévision, de leur côté, perdent constamment des revenus qui se traduisent depuis de nombreuses années par une diminution de la production régionale, en particulier en information. Le Fonds pour l’amélioration de la programmation locale, mis sur pied par le CRTC en 2008, avait permis d’augmenter la production régionale de nouvelles notamment à Québec. Ce Fonds a été éliminé en 2014. En bref, le portrait global des médias du Québec s’est considérablement modifié depuis le début des années 2000 et tous les constats concernant les indicateurs de son état de santé global sont alarmants.

Pourtant, jusqu’à maintenant, aucune mesure ou intervention gouvernementale au Québec ou au Canada n’est venue influer d’une manière ou d’une autre sur la prise de décision d’affaires dans les médias, même si l’enjeu pour le débat démocratique est très élevé. De nombreux États dans le monde se sont pourtant sentis interpellés par la crise actuelle et ont tenté de multiples manières de régler les problèmes de la presse ou — à tout le moins — d’aider les médias à traverser la crise actuelle misant — à plus ou moins long terme — sur l’émergence d’un nouveau modèle d’affaires.

Le silence des pouvoirs publics

Comment expliquer cette absence d’intervention ici? Ainsi que nous l’observions en 2011 dans L’information au Québec : un intérêt public (Ce rapport, commandé par la ministre de la Culture et des Communications du Québec, répondait au mandat qui m’était confié de «cerner les difficultés de l’information au Québec dans le contexte des nouvelles technologies et devant la crise générale qui secoue les pays industrialisés et de proposer des moyens pour surmonter cette crise.»), il convient de noter tout d’abord que le Québec ne dispose pas de tous les outils pour établir de telles règles, contrairement à ce que peut faire le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) au moment de l’attribution, de l’examen ou du renouvellement des licences de diffusion radio ou télé. Voici pour une première raison objective. Notons d’entrée de jeu qu’il est difficile de comprendre — compte tenu de l’extrême importance de ce secteur pour le développement collectif — pourquoi le Québec n’a pas réclamé — au nom de sa compétence en matière de culture — le droit de gérer seul ses communications, incluant notamment l’attribution des fréquences des ondes hertziennes et le renouvellement des permis de diffusion des stations de radio et de télévision. Sur ce point, un mandat attribué à un organisme québécois de régulation s’apparentant à celui du Conseil supérieur de l’audiovisuel, l’organisme de régulation français des radios et télé-visions, permettrait de réguler bien plus efficacement le secteur que ce que l’organisme canadien, le CRTC, accepte encore de faire.

Cependant, cette absence de politiques québécoises relatives aux médias ne s’explique pas seulement par des incapacités législatives ou règlementaires, ni même par l’absence de volonté politique ou par le règne de l’économie libérale triomphante. Elle résulte du grand paradoxe — bien identifié par des spécialistes de l’écono-mie des médias — qui caractérise la production de l’information d’intérêt public : la production d’un bien collectif (l’information), essentiel au fonctionnement de la démocratie, est dévolue à des entreprises privées astreintes à une logique commerciale considérée comme tout à fait légitime dans le système économique qui prévaut au Québec. Ainsi nous tentons collectivement de protéger à la fois la mission sociale d’informer et la liberté commerciale des entreprises chargées d’assurer cette mission. Selon cette conception, le marché devrait pouvoir assurer ce mandat, et au moment de faire des choix politiques concernant les médias, ce sont d’abord les arguments économiques qui prévalent.

La résignation des citoyens

Par ailleurs, un grand nombre de Québécois perçoit le monde médiatique comme jouissant d’une liberté sans limites, presque comme si aucune contrainte ne pesait sur lui, et comme si on devait, en fin de compte, se contenter de ce qu’on veut bien nous donner en quantité d’information, comme en qualité. Rien n’est moins vrai. En démocratie, l’information n’est pas une marchandise, un bien comme un autre. Les propriétaires des médias, en particulier ceux qui utilisent les ondes publiques, n’ont pas tous les droits d’un côté, et aucune obligation de l’autre. L’information est l’un des piliers des démocraties. L’information que diffusent nos médias nous représente et nous modèle tout à la fois. Elle contribue également de façon importante à la construction de nos compétences civiques. En conséquence, les citoyens n’ont pas seulement le droit d’y voir, ils ont le devoir de se préoccuper de ces fondements de leur vie collective et ne doivent en aucun cas considérer que les programmations médiatiques sont une fata-lité ou qu’ils n’ont qu’à changer de poste ou de quotidien s’ils ne sont pas contents du traitement de l’information qu’ils reçoivent.

La responsabilité du propriétaire d’un média

Être propriétaire d’un média, n’est pas une activité commerciale comme une autre. Il existe un contrat tacite entre la société et ses médias d’information. C’est un peu comme si les sociétés leur avaient dit : «Vous vous enrichissez en nous informant, c’est-à-dire en accomplissant un acte civique, et nous avons besoin les uns des autres, des deux parties de ce contrat.» Cela est vrai pour les médias écrits, où, rappelons-le, de grandes fortunes se sont construites au cours du xxe siècle sur les bases de cette entente tacite, mais c’est encore plus concret pour les médias électroniques qui bénéficient du privilège, et non pas du droit, de diffuser sur les ondes qui sont publiques, c’est-à-dire qu’elles appartiennent à l’ensemble de la collectivité, et non aux propriétaires des stations de radios et de télévision qui n’en ont que l’usage. Ce sont les locataires des ondes. C’est nous, les citoyens, qui en sommes les propriétaires.

C’est nous, les citoyens, qui sommes les propriétaires des ondes publiques.

Dans les pages qui suivent, nous vous proposons d’abord un portrait de la situation telle qu’elle nous est apparue dans la région de la Capitale-Nationale. Ce portrait sera suivi d’une réflexion sur l’influence — réelle ou supposée — des médias sur la population, d’une réflexion sur la fracture sociale induite par les dérapages de certains médias de la région et le climat social qui s’ensuit, ainsi que sur les limites des interventions possibles dans le contexte actuel, et des mesures à prendre pour permettre des interventions légitimes efficaces. La recherche qui suit traite spécifiquement des médias de la région de la Capitale-Nationale où se trouvent le Parlement québécois et le siège du gouvernement et de ses ministères. Comme les autres régions du Québec, on y a développé des manières de faire distinctes et caractéristiques. Cette recherche s’inscrit dans la lignée de celle déposée à la ministre de la Culture et des Communications du Québec, à sa demande, en janvier 2011 intitulée : L’information au Québec, un intérêt public. Elle ne reprendra pas, cinq ans plus tard, les mêmes arguments, mais certaines de ses recommandations demeurent valides. Le temps écoulé rend seulement la situation plus grave et les solutions encore un peu plus complexes à trouver et à appliquer, mais aussi encore plus urgentes.

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Revues de presse

Radio-Canada : Dominique Payette tire à boulets rouges sur les radios privées de Québec

La Presse : Radios de Québec: «régime de peur» et «intimidation», dénonce Payette

Voir.ca : Rapport Payette sur l’information à Québec: Un exercice raté

Revue de presse de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec

Les réactions au rapport de Dominique Payette

Le Devoir : Tirs groupés contre le rapport Payette

Le Devoir : Un rapport dénonce le «régime de peur» des radios de Québec

La Presse : Péladeau n’adhère pas au portrait des radios de Québec brossé par Payette

Journal de Québec : Payette associe les radios de Québec à un «régime de peur»

Radio-Canada : Les radios d’opinion de Québec répliquent au rapport Payette

La Presse : Radios de Québec: «régime de peur» et «intimidation», dénonce Payette

Journal de Québec : Radios de Québec : le rapport Payette en 10 extraits

Journal de Québec: L’Université Laval se discrédite avec le rapport Payette, déplore la CAQ

Radio-Canada : Pauline Marois défend le rapport Payette

Radio-Canada: Radios de Québec : Pauline Marois s’explique mal le clivage

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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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Publié dans Actualité au jour le jour

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