L’engagement des citoyens envers les arts : penser à l’échelle du monde et agir chez soi

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Traduction de l’allocution de Simon Brault, directeur et chef de la direction du Conseil des arts du Canada
Sommet du Réseau des villes créatives
Kelowna (C.-B.)
Le mercredi 28 octobre à 9 h 15

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Je remercie ici Jordon Coble pour son introduction.

Je ne peux pas penser à une meilleure façon d’amorcer ce sommet qu’en prenant un instant pour reconnaître l’esprit de créativité et la résilience de cette terre. Je vous invite tous à vous en inspirer tout au long du Sommet.

J’aimerais aussi reconnaître notre ville-hôte, Kelowna, une collectivité qui a accompli un travail formidable pour se réinventer au cours des 20 dernières années.

Kelowna a fait de la présence dense et forte de l’art public, d’installations culturelles et d’artistes actifs une priorité.

Son plan culturel, sa participation enthousiaste à la Fête de la culture, ainsi que les partenariats fructueux et réussis qu’elle a favorisés entre les entreprises et les arts sont des indicateurs probants d’un vaste engagement à l’égard de la culture. C’est une vision de la culture comme catalyseur de développement; comme force mettant à profit le développement des communautés; comme pilier du développement durable de nos villes… et de notre société.

La semaine dernière, les Canadiennes et Canadiens ont élu un gouvernement dont l’engagement envers le soutien aux arts est indéniable, comme en témoigne la plateforme du parti libéral qui prévoit une hausse significative du financement du Conseil des arts. Je crois qu’il s’agit là d’une déclaration en faveur de la contribution des arts à la société canadienne et que nous pouvons miser sur cet acquis. Toujours dans la veine des élections, j’applaudis les efforts menés dans la circonscription de Kelowna pour que les arts soient au cœur des débats entre les candidats. Bravo Kelowna!

Nous pouvons tous tirer des leçons de l’exemple de Kelowna. Nous pouvons tous trouver des façons d’intégrer les arts dans tous les secteurs de la société : politique, économie, éducation ou santé. Et cela commence chez soi, dans sa communauté, dans sa ville.

Et c’est le thème sur lequel je reviendrai tout au long de mon allocution ce matin.

Cultiver la culture

C’est un honneur de vous parler en ce premier jour du sommet Cultiver la culture. En tant que directeur et chef de la direction du Conseil des arts du Canada, j’espère apporter ici une perspective nationale et internationale à la conversation, fondée sur une expérience et une appréciation approfondies de la ville comme écosystème culturel.

Je sais, de par mon expérience, que le succès d’un tel événement se mesure à ses résultats pratiques. Bon nombre d’entre vous savent que je suis montréalais et que j’ai travaillé pendant la majeure partie de ma carrière pour rehausser le capital créatif de Montréal, notamment comme président et fondateur de Culture Montréal.

J’ai appris de première main la valeur du partage des idées et des connaissances avec d’autres. Ce Réseau des villes créatives et cet événement peuvent inspirer et mobiliser un vaste éventail d’intervenants dans la société civile. Il peut créer des alliés potentiels parmi les représentants élus et la fonction publique.

Au Conseil des arts du Canada, nous croyons que ce type d’échange et d’enrichissement mutuel sont essentiels à notre travail à l’échelle nationale. En fait, nous avons tous des rôles uniques et complémentaires dans la création commune d’une présence culturelle dynamique, présence qui peut être ressentie dans tout le pays et à l’échelle internationale. 

Le thème de ce sommet — « Cultiver la culture » — reconnaît qu’une culture saine commence à l’échelle locale.

Incidemment, la métaphore du rôle de la communauté pour cultiver la culture figure dans un livre d’Astra Taylor que j’ai lu cet été The People’s Platform: Taking Back Power and Culture in the Digital Age, traduit en français sous le titre Démocratie.com : pouvoir, culture et résistance à l’ère des géants de la Silicon Valley (2014, Lux Éditeur). 

Astra Taylor y traite de l’abondance de l’offre culturelle provenant du monde entier par le biais de la technologie. Elle nous met en garde sur cette abondance en soulignant qu’une offre culturelle n’est bonne que si le sol qui les cultive l’est.

Elle souligne que même le travail le plus virtuel est produit par des personnes qui créent dans un contexte social réel.

« Nous sommes des êtres enracinés : nous créons dans un contexte social, labourant les terres communes dans l’espoir que notre travail porte ses fruits. Il n’en tient qu’à nous d’enrichir ou d’épuiser ces sols, de veiller à ce qu’ils produisent des aliments diversifiés et nutritifs ou de laisser les monocultures, prévisibles, prendre toute la place. » [Taylor, p. 248]

Il s’agit là d’une métaphore puissante sur la valeur de votre travail. Cela signifie que, dans une société mondiale où les frontières géographiques sont de plus en plus floues, nos communautés physiques sont plus importantes que jamais.

Je crois que la question qui s’impose ici est : comment, en tant que planificateurs culturels et administrateurs d’art, percevez-vous votre rôle pour cultiver la culture dans vos villes?

Mesures locales — répercussions internationales

Développement, durabilité, qualité de vie, engagement des citoyens et droits culturels sont tous des enjeux qui se manifestent à chaque étape et dans tous les aspects des politiques et des prises de décisions. 

Mais le niveau local est celui où ces enjeux passent de la politique à la pratique. Et je pense ici à la façon dont les villes planifient et offrent du logement, des services sociaux, de la santé publique et du transport. Ce que je trouve particulièrement passionant, c’est qu’il semble y avoir une reconnaissance croissante du fait que les arts doivent faire partie des discussion qui mènent à ces planifications dans nos ville.

Charles Landry, qui, comme vous le savez sans doute, a mis de l’avant le concept de ville créative, fait valoir de façon très convaincante que les arts et l’imagination artistique doivent être intégrés dans tous les aspects de l’urbanisme civique.

Et quand on dit tous les aspects, cela comprend : la façon dont nous planifions nos espaces communs, la façon dont nous réunissons les diverses cultures au sein de nos villes, l’esthétique de nos édifices et la façon dont ils reflètent la personnalité unique de nos villes, la façon dont nous pouvons parcourir nos quartiers, la façon dont nous favorisons la conscience environnementale et le développement durable de nos villes.

Comme le dit Charles Landry, lorsque tous ces éléments sont réunis, les villes peuvent réellement devenir des œuvres d’art vivantes.  

Placer les arts au cœur des politiques publiques et dans tous leurs aspects était le thème d’un forum international auquel j’ai récemment participé à Bilbao, en Espagne. Ce fut le premier sommet du réseau Cités et Gouvernements locaux unis (CGLU). Les délégués locaux se sont rencontrés pour discuter et démontrer comment et à quel point la culture peut être un facteur de changement et de développement durable pour une ville. Ce sommet faisait appel à l’idée de ville comme projet continu pour assurer l’essor des citoyens et de la démocratie. Évidemment, il est facile d’imaginer comment les grandes villes représentées au sommet pouvaient donner illustrer cette idée dans leur passé et leur présent. Et les villes et municipalités canadiennes peuvent et devraient également assumer un rôle tout aussi ambitieux.

Les villes et municipalité — tous commes les organismes que vous représentés — sont des écosystèmes complexes en évolution constante, des écosystèmes composés d’intervenants publics et privés, d’institutions, d’espaces et d’activités, de visiteurs, de citoyens.  Et, évidemment, d’artistes. Les artistes sont les cartographes urbains qui tracent l’histoire de nos villes. Ils racontent les histoires qui décrivent qui nous sommes en tant que communautés — et en fin de compte qui nous sommes en tant que Canadiens.

Ce type de discussion sur les villes et le rôle qu’y jouent les arts et la culture met de l’avant les nombreux avantages qu’apportent les arts au quotidien et dans les lieux dans lesquels nous vivons et travaillons.

Je sais que je n’ai pas besoin d’énumérer tous les avantages des arts auprès de vous. Je suis persuadé que, tout au long du sommet, vous partagerez des statistiques et des histoires pour les illustrer.

Nous savons tous qu’un riche contexte culturel encourage et optimise la créativité, l’innovation, les capacités de résolution de problèmes, la collaboration, le mieux-être et les communautés où il fait bon vivre. Mais, nous tous ici présents, sommes toujours confrontés à des défis pour présenter et mesurer ces impacts intangibles des arts. Nous devons trouver des façons de nommer, de formuler, de documenter et de souligner les attributs et bénéfices des arts. Nous devons faire valoir, auprès d’un foule d’intervenants, le fait que les arts peuvent aider à résoudre les enjeux mondiaux de notre époque. Et nous devons commencer dans notre propre cour.

Parce que, lorsque nous parlons d’enjeux mondiaux, nous parlons des enjeux qui nous touchent au quotidien : dans nos milieux de travail, dans les lieux où nous vivons.

La mondialisation et les vagues de nouvelles technologies qui promettent de nous rassembler nous dérobent, d’une certaine façon, la possibilité d’un sentiment d’appartenance. Il est important de souligner que, dans une ère où les identités virtuelles règnent, notre identité continue de se façonner au contact des personnes et des lieux de notre vie réelle. 

Dans notre monde de plus en plus petit, l’expression et l’identité sont plus importantes que jamais. La situation n’est pas ambiguë: une communauté « physique » riche donne racine à nos communautés virtuelles.

J’aimerais citer Astra Taylor de nouveau parce qu’elle exprime parfaitement cette réalité. 

« Nos vies virtuelles et physiques sont entremêlées, inséparables, tout aussi « réelles » l’une que l’autre. Que leurs oeuvres soient diffusées sur papier ou sur écran, les créateurs ne surgissent pas de nulle part, déjà formés, comme par enchantement. Tous sont soutenus par cette structure essentielle que constituent leur famille et leurs amis, leurs mécènes et leur public, ainsi que des institutions comme les universités, les fondations, les centres communautaires, les maisons d’édition, les distributeurs, les bibliothèques, les librairies, les salles de spectacle et les cinémas, sans oublier les réseaux informels, c’est-à-dire les divers milieux et sous-cultures, analogiques comme numériques. » [Taylor, p. 248]

Il est donc essentiel de veiller à ce que ces piliers et supports, ces personnes, institutions et réseaux soient robustes. Comment pouvons-nous le faire? Comment pouvons-nous favoriser un écosystème sain pour les arts… et un meilleur monde pour nous tous?

Au Conseil des arts du Canada, nous nous penchons de plus en plus sur ces questions et nous en discutons en profondeur.

Ainsi, nous nous demandons : Comment pouvons-nous, en tant qu’organisme national de soutien aux arts, créer les conditions optimales de créativité artistique — et de créativité au sens plus large. Comment pouvons-nous aider la créativité à connaître un essor à l’échelle locale et au profit de tous les Canadiens? Comment pouvons-nous appuyer le Canada pour devenir un chef de file à cet égard sur la scène mondiale?

Mais la question fondamentale à laquelle je veux que nous pensions tous aujourd’hui est la suivante : Comment pouvons-nous travailler ensemble pour sensibiliser les gens à l’immense valeur des arts? Comment pouvons-nous amener les arts à la table de discussion lorsque sont prises des décisions sur le développement humain? Est-ce que nous invitons d’autres personnes à notre table lorsque nous parlons des arts?

Ces questions liées à la valorisation des arts et au rôle des arts dans tous les secteurs d’activités sont effectivement fort importantes. Et elles nous touchent directement, car elles sont liées à nos interventions en tant que leaders culturels. Je crois que nous pourrons puiser dans nos propres expériences pour répondre à ces questions au cours de ce sommet et au-delà de ce sommet, soit dans les semaines, mois et années à venir.

Les répercussions de la technologie/mondialisation

J’aimerais ici prendre un peu de temps pour approfondir la question des effets de la technologie et de la mondialisation.

Dans notre société dite mondiale, les frontières sont devenues floues. Les mouvements à grande échelle se ressentent localement. Et je suis persuadé que nous avons tous plusieurs exemples en tête.

Les effets de la guerre en Syrie et des mouvements de masse des réfugiés se répercutent dans nombre de villes européennes. 

Les changements climatiques ont une incidence sur le mode de vie des collectivités nordiques les plus petites et les plus isolées.

Le vieillissement de la population dans les sociétés occidentales a une incidence sur les services sociaux, de logement et de santé publique que nous offrons dans nos villes.  

Pensez à la récession mondiale des dernières années et à son impact ici chez nous.

Cependant, le plus important facteur de mondialisation — celui qui nous influence le plus fortement ici est peut-être la technologie numérique.

Elle semble avoir mis le monde au bout de nos doigts et de diverses façons et nous le vivons tous au quotidien.

Elle a créé de nouveaux espaces de partage et de cocréation.

Elle a changé la façon dont nous interagissons et la façon dont nous créons nos identités publique et privée.

Elle a amplifié notre voix individuelle tout en la rendant plus diffuse. Elle nous offre un monde de connaissances, mais peut également nous inonder d’information et de contenus vides de sens.

Pensez-y. Il y a seulement 10 ans, les médias sociaux étaient pratiquement inexistants pour la majorité d’entre nous. L’iPhone était encore une rumeur.

Maintenant, les réseaux numériques et les technologies mobiles ont brouillé les frontières entre le personnel et le professionnel.

Cette mondialisation et ces vagues de technologie ont un d’énormes répercussions sur les arts. Artistes et publics ont aujourd’hui une foule de plateformes sur lesquelles ils peuvent créer et consommer l’art.

Les jeunes et les nouveaux Canadiens interagissent avec l’art de façon autre et d’une façon de moins en moins traditionnelle.

Auparavant plutôt passifs, les publics exigent désormais de collaborer et de participer. Ils créent des contenus (photos, blogues et autres) et les partagent plus que jamais. Ils ont leur propre galerie en ligne. Ils formulent des critiques, émettent des opinions ou des impressions sur les médias sociaux pour exprimer leur présence au monde. L’engagement du public a définitivement changé.

De nouveaux modèles d’affaires émergent également très rapidement. De nombreux jeunes artistes trouvent que leur travail ne correspond pas aux paramètres que proposent les subventionneurs traditionnels pour les arts. Ils recherchent de nouvelles façons de financer leur travail avec, par exemple, financement.

Nos maisons d’édition et distributeurs de musique ont connu des revirements important avec l’influence toujours croissante de distributeurs et de vendeurs en ligne tels que Amazon et iTunes.

Ces changements présentent à la fois un monde de possibilités… et un monde de défis.

L’ère numérique nous invite tous à être des fournisseurs de contenu : créez du contenu, partagez-le et commentez-le.

Mais ces nouvelles structures, tout comme les structures précédentes, valorisent la célébrité et non ce qui est moins connu (et à découvrir!). En d’autres mots. Elle valorise l’homogénéité avant la diversité, les idées facile à digérer avant les idées complexes.

Le risque de conglomérat d’entreprises est toujours présent. Autrefois, nous nous préoccupions du contrôle exercé par quelques sociétés sur l’ensemble des médias d’information, parce qu’elles étouffaient la multiplicité des voix nécessaire à une expression diversifiée. Cette menace persiste à l’ère d’Internet avec, aux mains de quelques géants, le contrôle des médias sociaux, de notre contenu et de nos renseignements personnels.

Nous vivons à une ère où Google, Facebook et Twitter réalisent des profits incroyables — grâce non seulement au contenu créé gratuitement par les utilisateurs/contributeurs, mais aussi grâce aux données et profils de ces utilisateurs.

Le contenu populaire — le plus apprécié, le plus partagé, le plus favorisé par des algorithmes peu clairs — atteint des sommets.

L’ère numérique offre une plateforme de création, mais où se trouve la structure pour développer et appuyer le talent émergent? Où est la juste compensation financière pour les créateurs? Comment pouvons-nous veiller à ce que notre culture numérique représente de façon authentique ce que nous sommes et voulons être en tant que société et qu’elle serve à l’exprimer.

La maîtrise et la mise à profit de ces outils numériques sont essentielles à la démocratisation et à l’affirmation de notre culture à l’ère d’Internet. Et je crois que nous pouvons alimenter la créativité et l’innovation de nos artistes pour relever ce défi.

En disant cela, j’ai à l’esprit un exemple, celui du véritable marathon de programmation culturelle qui s’est tenu à Québec et à Montréal dans le cadre des Journées de la culture. Pour ce marathon de 3 jours, des équipes de personnes impliquées dans les technologies de l’information, la culture et le grand public se sont rassemblées afin de trouver des façons de rendre la culture plus accessible à un plus grand nombre de personnes par le biais de la technologie numérique. Des données en ligne, des plateformes comme Instagram, YouTube, Google Maps, des prototypes d’applications — ont permis d’offrir de nouvelles façons de s’approprier la culture.

Bref, si l’on tient compte de tous les grands et souvent déconcertants changements occasionnés par la mondialisation et la technologie, que pouvons-nous faire, en tant que bailleurs de fonds culturels, planificateurs, administrateurs d’art, pour enrichir le contexte culturel?

Je peux vous dire qu’au Conseil des arts du Canada nous nous sommes demandé ce qu’est notre rôle en tant qu’organisme national de soutien aux arts. Comment, dans un environnement en perpétuelle évolution, appuyons-nous les formes traditionnelles et les nouvelles de production artistique. Comment joignons-nous les Canadiens? Et, plus encore, comment cultivons-nous le potentiel réel des arts pour façonner un monde meilleur? Pour nous, au Conseil, la réponse à ces questions ne fut rien de moins qu’une transformation majeure de notre organisation et de la façon dont nous finançons les arts et en faisons la promotion.

Et j’aimerais vous raconter notre histoire de transformation. Une transformation bien réfléchie et qui, je suis fier de le dire, est maintenant bien amorcée. 

Le paysage national

Lors de la création du Conseil des arts du Canada en 1957, les offres culturelles de ce pays étaient plutôt minces. Aujourd’hui, nous connaissons l’abondance. Et la diversité est bien présente parmi les artistes et les publics soumis à un vaste éventail d’influences culturelles.

En tenant compte de son histoire et de la réalité, le Conseil doit désormais recentrer son attention non sur la croissance de l’offre, mais sur l’essor et l’épanouissement de nos artistes. Nous devons donner un meilleur accès à une diversité de voix. Nous devons sensibiliser le grand public aux arts en tant que force innovatrice.

La « responsabilisation » est un mot que nous entendons souvent à Ottawa. En tant que société d’État financé par des fonds publics, le Conseil des arts du Canada doit être rigoureux lorsqu’il fait état de ses résultats, de son rendement et de ses retombées.

Et nous avons toujours pris cet aspect de notre travail au sérieux. Pour nous, la responsabilisation n’est pas une simple attente du gouvernement. C’est une attente que nous avons à l’égard de nous-mêmes. Nous devons nous assure de notre pertinence veiller envers les artistes et tous les Canadiens.

Pour y arriver, nous avons dû mettre en place de nouveaux cadres de travail afin de mesurer nos progrès dans l’atteinte de cet objectif et afin de voir clairement où nous réussissions et où nous devions cibler concentrer nos d’efforts.

En même temps, après près de 60 ans d’existence, nous avons soigneusement examiné tout ce que nous avions accompli et ce qui avait besoin d’adaptation. Après une série de consultations officielles et informelles auprès de la communauté artistique et de divers intervenants, nous avons appris plusieurs choses.

Nous avons appris dans quelle mesure les pratiques et les disciplines artistiques changent de façon importante et rapide.

Nous avons appris que les arts autochtones doivent recevoir un meilleur soutien. Et pas seulement en misant sur une sensibilisation accrue à l’égard des enjeux liés à la réconciliation. Nous devons être conscients — comme nous ne l’étions pas il y a 60 ans — des tentatives délibérées au cours de l’histoire de notre nation d’éradiquer la culture et la langue des Premières Nations, des Métis et des Inuits.

Nous avons appris que les artistes sourds et handicapés méritent également de plus en plus un soutien ciblé.

Nous avons pris connaissance de nouveaux modèles organisationnels et constaté que d’autres sont en émergence.

Nous avons appris que les artistes ont besoin de plus de soutien pour s’adapter aux nouvelles technologies et les adopter, et qu’ils recherchent plus d’accès à de précieux marchés internationaux.

Nous avons bien entendu les jeunes artistes et les artistes de diverses cultures et leur besoin de se sentir accueillis dans notre processus.

Nous avons également entendu les artistes et organismes artistiques et leur désir d’explorer des voies nouvelles, plus significatives, pour susciter l’engagement du public, et cela, pour enrichir leur pratique ou pour répondre à la demande du public de vivre des expériences artistiques plus interactives et participatives.

Pour nous, au Conseil, toute cette rétroaction a fait ressortir que le temps était propice à la transformation de notre organisation. Nous devions saisir l’occasion de devenir plus flexibles et d’augmenter notre impact et le démontrer.

Il s’agit là d’une occasion de s’adapter et de garantir la réputation de pertinence et de dynamisme de notre organisation pour l’avenir.

Nous sommes conscients que les attentes à notre égard sont élevées. Nous voulions nous transformer afin d’avoir la latitude et la possibilité d’augmenter la portée de notre impact pour tirer profit au maximum des occasions de financement lorsqu’elles se produisent.

Comme vous le savez, le levier le plus puissant dont dispose un organisme de soutien aux arts pour créer du changement réside dans ses programmes de financement. Et c’est là que notre transformation commence : avec un nouveau modèle de financement.

Nouveau modèle de financement

Je veux vous donner un aperçu de notre nouveau modèle de financement. Mais je veux d’abord préciser que cette transformation est planifiée et exécutée dans le contexte du budget actuel, donc du même niveau d’investissement dans les arts.

La transformation qui sous-tend le nouveau modèle de financement du Conseil des arts a été planifiée, dès le départ, dans un esprit d’anticipation. L’objectif a toujours été un impact plus grand, des bénéfices accrus pour la population et un meilleur soutien financier aux artistes et aux organismes artistiques du Canada.

Dès le début de mon mandat comme directeur et chef de la direction du Conseil, j’ai constaté qu’il serait futile de demander des fonds supplémentaires pour continuer à faire exactement la même chose. Je l’ai d’ailleurs souligné dans l’une de mes premières entrevues avec le Globe and Mail. Les Canadiennes et Canadiens, les artistes et le grand public valent mieux que cela.

Dès le départ, je savais que nous devions anticiper de nouvelles perspectives. À cette fin, nous devions créer un modèle de financement suffisamment vigoureux et flexible pour s’ouvrir à de nouvelles perspectives en cours de route.

Je suis convaincu que notre nouveau modèle de financement nous préparera à un investissement public accru dans les arts. Et, nous sommes aujourd’hui prêts à accentuer notre impact. Nous sommes prêts à investir dans la créativité et l’innovation au sein de nos collectivités pour faire avancer notre développement économique, social et humain.

Une augmentation de notre budget ne pourra que rendre les objectifs de notre nouveau modèle de financement plus concrets et viables.

La base du nouveau modèle de financement consiste en un nombre réduit de programmes, qui sont plus clairs et axés sur les résultats.

Le changement majeur est une réduction importante du nombre de nos programmes de subventions, soit de 147 à 6. Ces 6 programmes couvriront toutes les régions et tous les domaines de pratiques artistiques professionnelles. Ils aborderont les enjeux propres aux disciplines artistiques existantes et aux formes d’art émergentes tout en adhérant aux valeurs fondamentales et aux engagements du Conseil.

En d’autres mots, le nouveau modèle de financement n’est pas un simple exercice pour réaménager nos fonds. Il s’agit plutôt de saisir avec précision les attentes et de démontrer des résultats.

Il s’agit détourner notre attention d’un exercice consistant à dicter la façon dont les arts devraient être créés pour la porter modèle donnant aux artistes et organismes artistiques les moyens de prendre en main leur propre quête d’excellence et de maximiser, à leur façon,  leur impact sur la société.   

Ainsi, les demandeurs ne doivent pas se plier aux contraintes de nos programmes. Nous devons plutôt adapter nos programmes à leur réalité, à leurs aptitudes, à leur potentiel et à leurs ambitions.

Et le Conseil ne veut pas seulement financer l’innovation. Nous voulons prêcher par l’exemple.

J’ai récemment lu un article qui disait « avant de penser innovation, pensez simplification ». Et je suis d’accord. Il est plus facile de faire preuve de souplesse et de s’adapter de façon créative lorsqu’on élimine les nombreuses couches de règles et de procédures complexes héritées d’une longue histoire institutionnelle comme celle du Conseil.

Nous voulons nous-mêmes être novateurs — dans nos structures et nos processus organisationnels. Nous voulons alléger le fardeau administratif afin de pouvoir cibler davantage la compréhension et l’orientation de la communauté artistique.

Je n’irai pas dans les détails des 6 programmes ce matin. Mais je vous dirais qu’ils reflètent notre engagement envers la liberté de création et d’innovation.

Il y a là aussi un engagement envers la sensibilisation à l’échelle nationale afin que les Canadiens aient accès à ce qu’il y a de mieux dans les arts, peu importe où ils habitent.

Le nouveau modèle offrira aussi un soutien ciblé pour assurer le rayonnement et l’influence culturels du Canada à l’échelle internationale, pour permettre aux artistes de profiter de nouveaux marchés importants et pour positionner le Canada comme chef de file sur la scène mondiale. Le nouvel engagement du gouvernement fédéral, qui réinvestira 25 millions de dollars dans l’accès au marché international, y contribuera fortement; et le Conseil des arts du Canada demeurera aussi un acteur important de ce secteur.

J’aimerais vous parler de deux programmes qui, je crois, vous intéresseront particulièrement, car leur conception porte sur l’enracinement dans la communauté.

Un programme, qui s’appelle Enraciner et partager, finance les organismes artistiques qui choisissent d’avoir des liens étroits, tangibles et continues avec une communauté locale ou une région.

Je suis certain que vous pouvez chacun penser à de tels organismes dans vos villes. Et nous avons peut-être parmi nous des représentants de ces organismes.

Ces organismes sont aux premières lignes : ils lient publics et artistes. Ils sont des carrefours pour les personnes de leur communauté. Ils reflètent la diversité de leur communauté. Ils sont ce qui rend les citoyens fiers de leur ville.

Ce programme de subvention appuie les organismes pour renforcer ces liens, pour qu’ils puissent encore donne une plus-value encore plus importante à leurs communautés.

L’autre programme dont je veux vous parler et dont je suis très fier s’intitule Créer, connaître et partager l’art autochtone.

Nous sommes à un moment déterminant de notre histoire : la relation entre les Autochtones de ce territoire et l’État canadien constitue selon plusieurs l’enjeu de notre époque. Un enjeu que la Commission de vérité et de réconciliation a mis au premier rang tout récemment. Nous vivons aussi à une époque où il est reconnu que les arts autochtones ont un énorme potentiel pour renverser le courant des relations entre non-Autochtones et Autochtones vers un avenir commun.

Les artistes autochtones seront évidemment admissibles à nos autres programmes. Cependant, ce programme repose sur une approche centrée sur les Autochtones et préconisant leur autodétermination.

Cela signifie qu’il sera guidé par leurs valeurs et leurs visions du monde; il sera administré par du personnel d’origine autochtone; il sera évalué par des artistes professionnels autochtones; et ses retombées seront mesurées et communiquées dans le contexte culturel autochtone.

Il s’agit d’un programme qui peut avoir une influence considérable à l’échelle des communautés — notamment des communautés autochtones où le pouvoir guérisseur des arts et l’identité culturelle sont fortement enracinés. Ce programme pourra à la fois contribuer à enrichir les mouvements nationaux et internationaux pour les droits autochtones et s’enrichir de ceux-ci.

Outre les changements au sein de notre modèle de financement, il y a d’autres transformations en cours dans l’ensemble des activités du Conseil. Ces transformations reflètent notre vision d’assumer un rôle plus prépondérant dans la société — elles renforcent notre objectif visant à donner aux artistes et aux citoyens les moyens de prendre en mains leur avenir par le biais des arts et de la culture.

Un exemple de cette transformation de fond est l’équité. Au cours des dernières années, nous avons fait des investissements ciblés dans les communautés de diverses cultures et auprès des artistes handicapés ou sourds. Nous avons aussi intégré ces valeurs d’équité au fonctionnement de notre organisme par le biais de pratiques internes, de la prestation de programmes et du partage de connaissances.

Pourquoi l’équité fait-elle partie donc intégrante de notre transformation? Tout simplement parce que les arts et la culture sont des composantes essentielles de tout effort visant à donner aux personnes et aux communautés les moyens de se réinventer à leur façon. Et l’expression et la participation culturelles sont primordiales pour contrer la discrimination et l’exclusion. Elles ouvrent des portes aux pratiques diversifiées. Elles encouragent l’innovation. Elles font entendre haut et fort des voix qui ne seraient peut-être pas autrement entendues, des voix que nous devons entendre pour que les arts reflètent réellement les diverses expressions de l’excellence et donnent lieu au changement social.

Et c’est pourquoi j’endosse si fortement l’autre transformation du Conseil qu’est l’engagement du public dans les arts.

L’engagement du public dans les arts dépasse largement l’augmentation de la vente de billets et la création d’un marché pour les arts. L’engagement du public vise à ce que les arts fassent partie du quotidien de tous les Canadiens, peu importe leur origine, leur capacité ou leur niveau de participation.

Comme je l’ai mentionné plus tôt en parlant de la responsabilisation, cela fait partie du mandat du Conseil en tant qu’organisme public de financement des arts C’est ce qui renforce la légitimité démocratique de notre travail.

Le Conseil a toujours financé des activités et des projets pour promouvoir l’engagement du public. Bon nombre des organismes dans vos communautés ont accompli du travail stimulant et novateur à cet égard. Mais, pour le Conseil, ce n’est plus suffisant. Nous devons l’assumer nous-mêmes en tant qu’organisme. Et un des aspects essentiels de notre transformation est la prise en compte des considérations et des responsabilités publiques inhérentes au financement public.

Pour moi, il s’agit d’adopter pleinement les valeurs de la démocratie culturelle. Cela signifie une participation authentique, un échange réel, un engagement profond et significatif envers les arts. Chaque citoyen doit avoir l’occasion de voir, d’entendre, de vivre et de participer aux expressions de la culture — ou des cultures — qui les définissent.

L’engagement du public se manifeste et prend place exactement là où nous vivons et travaillons, dans nos communautés. Mais, à la fin de la journée, il s’agit aussi d’une préoccupation mondiale. Lorsque nos citoyens sont activement engagés dans la vie culturelle, ils sont susceptibles d’être engagés dans l’ensemble de la vie civique. Un profond niveau d’engagement renforce l’influence culturelle du Canada sur la scène mondiale : son pouvoir de convaincre dans un contexte international.

J’espère que mes remarques mettent en lumière que la transformation du Conseil des arts du Canada ne signifie pas le changement pour le simple plaisir de changer. Cette transformation est faite d’aspirations, d’idées et de vision.

Et elle est ancrée dans la conviction profonde qu’avec ces aspirations, idées et visions nous sommes mieux en mesure d’offrir un soutien financier important aux artistes et aux organismes artistiques de ce pays. Nous sommes donc mieux en mesure de faire valoir auprès du public et du gouvernement du Canada le besoin de responsabilités accrues dans la prestation de services publics qui reflètent nos valeurs.

Je voulais prendre le temps de partager avec vous la vision qui sous-tend notre transformation parce qu’en tant qu’organisme national de soutien aux arts, notre travail complète le soutien offert aux niveaux provincial et municipal.

Nous investissons dans la créativité au sein de vos communautés, auprès des artistes et des organismes qui accèdent à notre financement et des citoyens qui bénéficient de leur travail.

Si je partage avec vous notre expérience, c’est surtout pour souligner l’importance et la nécessité d’être proactif. En changeant maintenant — nous sommes les maîtres de notre réorganisation, de notre réinvention.

Comparez cette position de force à l’expérience de bon nombre de nos collègues à l’échelle internationale. Au cours des dernières années, d’autres conseils des arts du monde entier ont été forcés de changer en raison de pressions financières et politiques. Ils n’ont pas eu la chance d’opter pour un changement réfléchi. Dans plusieurs cas, ils ont été fortement marginalisés, ont subi des coupes drastiques ou un financement revu à la baisse. Je le répète nous devons en titre une leçon : soyons proactifs.

Au Conseil, notre transformation nous a également offert l’occasion de parler du financement des arts d’une façon qui est positive, visionnaire et tournée vers l’avenir — d’un financement au profit de tous. Elle nous donne une façon de parler de l’innovation et du renouvellement dans vos villes de manière positive, visionnaire et axée vers l’avenir.

Cela ne peut que renforcer notre besoin d’un financement stable et accru. Cela nous donne plus de crédibilité pour prendre part — nous, les arts — aux conversations clés sur l’avenir de notre société.

Conclusion

Cela me ramène à un point que j’ai soulevé au début de ma présentation et sur lequel je veux vous laisser alors que vous commencez votre travail ici à ce sommet.

Soyez fiers du travail important que vous accomplissez— et mettez-vous au défi de demeurer innovateurs, créatifs et proactifs. La terre que vous cultivez alimente votre écosystème local et peut avoir un impact mondial.

Il y a des discussions dans les milieux universitaires sur les façons dont nous décrivons les notions de local et mondiale. Dans nos échanges quotidiens, nous ne parlons pas de ces concepts en ce qui a trait à la géographie et à la distance. 

Comme le fait valoir le sociologue Jean-Sébastien Guy, lorsque nous parlons de la mondialisation, nous nous décrivons plutôt  en tant que société. Nous donnons l’épithète de mondiaux aux préoccupations, aux problèmes ou aux tendances quand nous voulons clairement souligner qu’ils sont dignes d’être abordés. Ce concept m’interpelle parce qu’il reconnaît que la mondialisation n’est pas seulement une force externe qui nous touche : c’est quelque chose qui façonne notre réalité quotidienne. Il nous donne l’occasion de faire valoir que nos actions locales peuvent avoir un impact mondial.

Cela nous aide à faire valoir la nécessité de considérer les arts comme étant au cœur de notre développement. Pour amener les arts à la table lorsque des décisions importantes sont prises. Trouvons donc des façons novatrices d’y parvenir.

C’est l’argument qui a été avancé lors d’un symposium tenu au printemps dernier par le The Arts Advocate. Matthew Taylor, chef de la direction de la Société royale du Royaume-Uni, y donnait une conférence au cours de laquelle il a exhorté le secteur culturel à ne plus axer la demande sur l’importance du financement — mais plutôt sur les avantages.

Il a dit : « Le patrimoine artistique et les secteurs créatifs possèdent de nombreux critères qui sont recherchés par d’autres secteurs — l’innovation, la collaboration, l’engagement du public — et qui sont tous des défis dans d’autres secteurs. » [traduction libre]

Je nous invite tous à trouver des façons pour mieux comprendre et définir ces critères. Invitons-nous aux tables où les enjeux mondiaux/locaux sont examinés et discutés.

Le succès de mouvements internationaux tels que le développement durable, l’engagement des citoyens, la démocratie culturelle dépend du travail accompli dans votre ville — au sein de votre écosystème culturel.

Les artistes sont les cartographes urbains qui tracent l’histoire de nos villes. Donnez-leur les possibilités, la souplesse et le soutien pour raconter cette histoire d’une façon qui reflète véritablement l’expérience de nos communautés — et de l’ensemble de notre société dans toute sa diversité et sa complexité.

Pensez aux propriétaires d’entreprise, aux entrepreneurs, aux éducateurs, aux mentors et à ceux qui créent des liens et qui peuvent également jouer un rôle pour raconter cette histoire.

Faisons connaître à tous l’offre d’art novatrice. Mettons de l’art dans nos vies. Et ce faisant, nous améliorerons la vie de nos communautés, dans notre pays et dans notre monde, rien de moins. 

Source : Conseil des arts du Canada

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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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