LIVRE – Écriture de soi : Trouver en soi la force d’exister, Jean-François Chiantaretto

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Jean-François Chiantaretto, Trouver en soi la force d’exister. Clinique et écriture, Paris, Éditions Campagne Première, coll. « En question », 2011, 137 p.

PRÉSENTATION DU LIVRE PAR L’ÉDITEUR

Proposant une approche à la fois clinique et littéraire, ce livre montre comment les écritures de soi (autobiographies, journaux, essais…), lorsqu’elles témoignent d’une expérience traumatique, permettent de mieux penser la psychopathologie des limites.
Les écritures de soi mettent en scène la possibilité de se parler, c’est-à-dire d’une expérience intérieure de soi par les mots. Et lorsque l’écriture parvient à parler d’une expérience traumatique extrême, en particulier avec les témoins survivants d’un génocide, le texte peut témoigner tout à la fois d’une menace d’anéantissement et de la résistance à cette menace – menace et résistance qui caractérisent aussi, selon des modalités plus ou moins proches, l’univers psychique des fonctionnements limites. L’auteur associe ainsi la lecture d’un écrivain (Imre Kertész), d’une essayiste (Janine Altounian) et d’un plasticien (Gérard Garouste), à une présentation clinique et à une réflexion sur le travail de pensée de l’analyste en séance.

Jean-François Chiantaretto est psychologue clinicien et psychanalyste, professeur de psychopathologie à l’Université Paris 13, docteur en philosophie. Il a fondé et anime le groupe « Littérature personnelle et psychanalyse », et dirige actuellement l’Unité transversale de recherche psychogenèse et psychopathologie (UTRPP). Il a écrit et dirigé de nombreux ouvrages sur l’écriture de soi, le témoignage et l’écriture de cas, dont De l’acte autobiographique. Le psychanalyste et l’écriture autobiographique, Champ Vallon, 1995 ; L’Écriture de cas chez Freud, Anthropos/Economica, 1999 ; Le Témoin interne. Trouver en soi la force de résister, Aubier, 2005.

CRITIQUE DU LIVRE DANS LE MAGAZINE LE COQ HÉRON

(Source : Cairn.info – Référence : Le Coq Héron, magazine) Trouver en soi la force d’exister constitue la dernière levée d’une recherche que Jean-François Chiantaretto consacre à l’écriture de soi, régulièrement approfondie au gré de ses publications. Dans cet ouvrage, J.-F. Chiantaretto se propose de penser l’écriture de soi dans ses rapports aux pathologies des limites, états pathologiques intermédiaires caractérisés par une prédominance des troubles narcissiques et une défection du symbolique. Tirant leçon de la pratique de la cure et de l’approche clinique des textes, l’auteur observe que l’écriture de soi permet d’« œuvrer à une délimitation de soi, pour s’éprouver en présence de l’autre, ce qui constitue à la fois le cœur et l’outil de la visée analytique » (p. 17). Dans la mesure où l’écriture de soi permet de restaurer une confiance dans les mots, de lever l’hypothèque pesant sur le pacte symbolique liant le sujet à la parole, elle peut s’envisager comme matière à penser les pathologies des limites. L’ouvrage est organisé selon deux axes principaux avec, d’une part, trois chapitres proposant une lecture clinique des écritures de soi produites par Imre Kertész, Janine Altounian et Gérard Garouste ; d’autre part, deux chapitres consacrés au modèle de la négativité dans les pathologies des limites, et à la fonction de l’écriture dans la pratique de la cure et son élaboration théorique.

Imre Kertész est un survivant d’Auschwitz à qui se pose, dès avant Auschwitz, le problème de vivre. L’existence de I. Kertész est grevée d’un caractère invivable, qui se trouve spectralement relayé dans l’ensemble de ses textes par l’expérience traumatique d’Auschwitz et Buchenwald. Auschwitz s’inscrivant dans la lignée d’une « existence incroyable », la visée de l’écriture consiste pour lui, par le truchement du récit de soi, à faire de sa vie « une réalité racontable [1]

». J.-F. Chiantaretto permet de saisir la singularité de l’écriture de I. Kertész à partir de celle de Primo Levi, venu lui aussi à l’écriture à la suite d’Auschwitz. Quand l’expérience concentrationnaire chez P. Levi constitue la condition événementielle de son passage à l’écriture (« si je n’avais pas vécu l’épisode d’Auschwitz, je n’aurais probablement jamais écrit. […] Ce fut l’expérience du Lager qui m’obligea à écrire [2]

»), elle semble prendre chez I. Kertész la tonalité d’un motif ontologique, l’impératif scriptural se rapportant chez lui à la vie même, plus précisément au sentiment de catastrophe subjective originaire qui s’y trouve lié. Par exemple, dans Liquidation, I. Kertész brosse un tableau de la catastrophe subjective, rejoignant en termes littéraires une certaine approche clinique des états-limites : « Sans retour possible vers un centre du Moi, vers une certitude inébranlable et indéniable du Moi : il est, au sens le plus propre du terme, perdu. L’être, sans Moi, c’est la catastrophe, le Mal véritable [3]

». Que l’essence imaginaire et fantasmatique de ce « centre du Moi » fasse du sujet sa propre dupe doit-il être soumis à caution, dès lors que le sujet y trouve les ressources susceptibles de faire pièce au pire – à ce qui menace de le détruire ?

[1] I. Kertész, Un autre, Chronique d’une métamorphose,…

[2] P. Lévi, Si c’est un homme, Paris, Julliard, 1987,…

[3] I. Kertész, Liquidation, Paris, Actes Sud, 2004, cité…

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