L’Université Harvard se procure l’un de nos livres !

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Je suis très fier de vous annoncer l’achat de l’un de nos livres en format numérique par la Faculté des Arts et des Sciences de l’Université Harvard : Cent contes du Rwanda de Pierre Crépeau.

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Cent contes du Rwanda,
Contes – Histoires,
Pierre Crépeau,
Fondation littéraire Fleur de Lys
Lévis, Québec, Canada. 494 pages.
ISBN 2-89612-142-0

PRÉSENTATION

Anthropologue spécialisé dans les systèmes de représentation et dans les arts et traditions populaires, Pierre Crépeau a séjourné au Rwanda de 1962 à 1969, principalement à titre de vice-recteur de l’Université nationale du Rwanda, et de 1972 à 1974 uniquement comme chercheur. Fort d’une longue expérience de terrain et d’une connaissance de première main du Rwanda, de son histoire, de ses institutions, de sa langue et de sa culture, l’auteur nous livre une adaptation française d’un choix de contes du Rwanda dans une langue souple et vivante qui a su conserver la saveur exotique de ces récits.

Marqués d’un sceau culturel spécifique, ces 100 contes du Rwanda n’en représentent pas moins, à leur manière, la sagesse des nations. Les vérités qu’ils énoncent, les vices qu’ils réprouvent et les comportements qu’ils proposent sont ceux de tous les hommes de tous les temps. On y loue le courage, la prudence et la fidélité. On y fustige la jalousie, la bêtise et la trahison. On y recommande la discrétion, la docilité envers le sage, l’entraide et l’assistance au faible. Récits tantôt purement imaginaires, tantôt rudement réalistes, ils étonnent, émerveillent et amusent. Ces récits enchanteront les petits et fascineront les grandes personnes en les conduisant aimablement à la rencontre de l’Autre. Le lecteur rwandais s’y retrouvera, le lecteur francophone s’y reconnaîtra.

EXTRAIT

INTRODUCTION

Quand la parole se perd le conte la retrouve

Le voyageur, qu’il soit touriste ou journaliste, colon ou missionnaire, agent commercial ou politique, à son arrivée dans un pays étranger, a souvent tendance à se montrer arrogant et impertinent. Quelques jours passés dans les bars de la capitale ou un dimanche à la piscine, selon le titre d’un récent roman d’un journaliste québécois (Gil Courtemanche, Un Dimanche à la piscine à Kigali, Les Éditions du Boréal, Montréal 2000), assurent la compétence et le droit de pontifier au sujet d’un pays que l’on feint de connaître comme le fond de sa poche. Cette insolence culturelle découle de l’orgueil de la richesse et de la puissance. L’arrogance est fille de l’or et de l’épée. Elle conduit à la volonté de faire de sa propre culture la culture universelle, l’aune de toute humanité.

Si, par contre, mu par une empathie naturelle, le voyageur prolonge son séjour et se donne le temps de se mettre à l’écoute du peuple qu’il visite, sa présence se fera plus discrète, plus modeste, plus respectueuse des gens qu’il côtoie. Il commencera alors à se poser des questions sur sa propre culture, ses propres usages, ses propres valeurs. Il n’ira pas jusqu’à renier sa propre culture, mais n’osera plus prétendre, comme le colonisateur du XIXe siècle, que la Providence l’a investi d’une mission civilisatrice universelle. Certains croient que le nivellement des cultures conduira l’humanité à l’apogée de la civilisation. Je ne suis pas sûr que troquer son plat de haricots ou son plat de riz pour le Big Mac puisse assurer aux générations montantes une meilleure humanité. Si l’on considérait plutôt l’intérêt et la richesse que représente la diversité, peut-être serait-on mieux en mesure d’accepter l’autre pour ce qu’il est, tel qu’il est, sans vouloir le changer, tout en restant soi-même, tel que l’on est, refusant de croire qu’on y gagnerait à se blanchir, ou à se négrifier, ou à se brider les yeux. Là où il y de l’humain, il y a de la culture et toutes les cultures sont éclairantes. Il y a de la lumière partout. Allume une seule petite bougie, elle éclairera toute la pièce. La plus petite parole, d’où qu’elle vienne, même celle qu’on n’est pas habitué d’entendre, contient assez de connaissance et de sagesse pour éclairer toute la maison.

Dès mon jeune âge, j’ai voulu aller voir ce qu’on faisait et entendre ce qu’on disait ailleurs et cherché à découvrir ce qu’on avait fait et ce qu’on avait dit avant moi, même longtemps avant moi. Cette curiosité de l’ailleurs, de l’avant-moi, de l’autrement, ne m’a jamais laissé depuis. Où que je sois, je cherche toujours à saisir la différence, à comprendre l’inouï, à percer l’inconnu. Appelé à participer à la fondation de l’Université Nationale du Rwanda dans les années 60, je n’ai pas voulu restreindre mon action aux charges administratives qui m’étaient confiées. Je suis d’abord allé à l’école durant un an où j’ai appris la langue rwandaise; j’ai lu à peu près tout ce qui se publiait sur son histoire et ses institutions; j’ai beaucoup questionné missionnaires, colons et chercheurs qui se trouvaient dans le pays depuis plusieurs années; j’ai surtout regardé les gestes et écouté les paroles des Rwandais, du geste le plus humble à la parole la plus profonde.

Le Rwanda est un pays d’une relative pauvreté au plan des arts plastiques. Point de sculpture comparable aux fabuleuses traditions de l’Afrique occidentale; point de peinture aux spectaculaires chatoiements des peintres congolais. Mais au plan de la parole, c’est le foisonnement, la luxuriance tropicale. Maître du verbe, le Rwandais s’est forgé une langue d’une richesse inouïe, unique dans l’univers des langues bantoues. Il s’est doté d’une littérature orale qui n’a rien à envier aux littératures écrites les plus sophistiquées. Des genres dits mineurs, devinettes, proverbes, contes, aux grands poèmes guerriers, pastoraux et dynastiques, en passant par les mythes, les légendes et les grands récits historiques, il a traité de tous les aspects de la vie coutumière dans un style qui lui est propre où l’on retrouve la fantaisie et l’inventivité des pays de lumière.

Lorsque je pris ma retraite en 1991, j’entrepris de traduire et d’adapter en français le recueil des contes de Mgr Bigirumwami, ce grand évêque rwandais, qui n’a jamais cessé de se tenir à l’écoute de son peuple et de ses traditions. Trois ans plus tard, je proposai ce travail à plusieurs éditeurs qui paniquèrent devant l’ampleur du projet dont la rentabilité économique était loin d’être assurée. En bout de ligne, les Éditions David acceptèrent de publier, en l’an 2000, un florilège de 65 récits sous le titre Paroles du Soir. Le reste fut relégué au fond d’un tiroir sans espoir d’en livrer davantage au public. Puis je fus mis au courant du projet de publication en ligne de la Fondation littéraire Fleur de Lys où l’on peut déposer un manuscrit et ceux qui s’intéressent à l’œuvre peuvent en commander une lecture sur écran ou sur papier moyennant une contribution financière. Ainsi, grâce à la Fondation littéraire Fleur de Lys, ces 100 nouveaux contes rwandais seront conservés pour les générations futures et seront accessibles à un public élargi.

Ces 100 contes du Rwanda se regroupent en trois livres: les contes d’animaux, les contes sociaux et les contes merveilleux. Récit parfois purement imaginaire, parfois rudement réaliste, le conte rwandais étonne, émerveille et amuse. La parole du conteur métamorphose le monde: les hommes deviennent agiles, rapides et forts comme les bêtes; les bêtes parlent, pensent et rusent comme les hommes. Le conte juge aussi: il louange, condamne et ricane. L’homme y est mis à nu, dans toute sa beauté, dans toute sa laideur aussi. Et si le conte rwandais porte la marque d’un sceau culturel spécifique, il n’en représente pas moins, à sa manière, la sagesse des nations. Les vérités qu’il énonce, les délits qu’il condamne, les comportements qu’il propose sont ceux de tous les hommes de tous les temps. On y loue le courage, la prudence et la fidélité. On y fustige la jalousie, la bêtise et la trahison. On y recommande la discrétion, la docilité envers le sage, l’entraide et l’assistance au faible. Quelques traits spécifiques à la culture rwandaise conservent à ces contes leur caractère exotique. La vengeance est nécessaire, mais elle doit laisser un peu de place au pardon. La justice, souvent expéditive, n’est pas toujours exempte de vengeance. Si un homme peut épouser plusieurs femmes, une femme ne peut avoir plusieurs maris. La polygamie semble toutefois se limiter aux mieux nantis. Le rapt d’une jeune fille se présente comme un moyen légitime de forcer les épousailles. La marâtre et le traître sont perçus comme particulièrement odieux. Dans les contes merveilleux surtout, le monde des esprits tient une place prépondérante. La plupart du temps, un drame trouve sa résolution par une sorte de Deus ex machina. Les métamorphoses sont monnaie courante. La rivière constitue parfois une sorte de passage interdit qu’on ne peut franchir sans un recours à un pouvoir magique.

Toute traduction est à la fois une science et un art. À la rigueur du linguiste, il faut joindre la liberté créatrice du poète. L’intérêt du présent recueil est d’élargir l’expérience particulière de la culture rwandaise aux dimensions d’une expérience plus générale et de la rendre, par le fait même, accessible à des gens de culture française. Il s’agit de comprendre et de sentir en français des formes et des contenus culturels rwandais avec leurs caractéristiques originelles. J’ai d’abord fait de tous ces contes une traduction littérale tout en conservant, dans la mesure du possible leur ambiance particulière et leur climat exotique. Puis, durant de longs mois, je me suis imprégné de leur atmosphère, de leur originalité, de leur beauté, de leur douceur, de leur violence aussi. J’en ai longuement admiré l’imagination prodigieuse, la délicatesse des sentiments, l’ironie subtile, l’humour noir (sans jeu de mots) et l’exquise sensibilité. J’ai rêvé aux exploits de Sans-Peur, ce héros gargantuesque, aux fourberies de la foudre, aux ruses du lièvre, à la grenouille matoise, au voleur téméraire, au pacifique obligé d’aller en guerre, à la jalousie des rivales et des marâtres, à la jolie fiancée habitant une calebasse, au roseau qui chante, au soleil et à la nuit qui se disputent la reconnaissance et l’amour des hommes. J’ai aussi fait des songes terribles de violence, de justice expéditive et de vengeances sanglantes. Et puis, un jour, j’ai tout récrit, comme si j’inventais moi-même ces contes. J’avais allumé ma lampe à la lampe rwandaise et cette flamme était devenue mienne, puisée à la source commune de toute lumière humaine. Le lecteur francophone s’y retrouvera et le lecteur rwandais s’y reconnaîtra. Dans l’adaptation des chants, j’ai visé non pas tant à reproduire qu’à évoquer des rythmes, des assonances, des refrains, des incantations et parfois même de simples jeux verbaux. Malgré toutes les libertés que je me suis permises, une lectrice rwandaise m’a certifié que, en lisant ces chants français, elle entendait la voix de sa mère qui les lui avait chantés dans son enfance en kinyarwanda, sa langue maternelle.

Depuis l’hécatombe de1994, les Rwandais ne se voisinent plus, comme jadis, le soir auprès du feu, en pompant au chalumeau la bière de l’amitié. Ils ne chantent plus dans leurs contes un destin bénéfique. Ils se terrent désormais dans leur honte, leur peur et leur rancune. Certains ruminent de terrifiantes vengeances. Les familles ont tant de morts à pleurer et les cicatrices des survivants sont si profondes que la réconciliation tardera encore longtemps. Assez longtemps peut-être pour qu’on oublie ces jolis récits. Car dire des contes, ça n’assouvit pas les vengeances. Ce recueil aura peut-être le mérite de sauvegarder dans notre patrimoine universel une mince parcelle de l’héritage culturel du peuple rwandais. On y retrouvera le charme bucolique des mille collines, charme qui m’a séduit au point de me faire oublier parfois le fragile équilibre de ce petit Éden d’Afrique centrale. J’ose espérer qu’il aidera, à sa manière, à la réconciliation nationale rwandaise. Comme le dit si bien Montaigne, « Nous ne sommes hommes et ne nous tenons les uns aux autres que par la parole ». Quand la parole se perd, le conte la retrouve.

AU SUJET DE L’AUTEUR

Pierre Crépeau

p.pierre-crepeau.3Élevé au sein d’une famille de cultivateurs, Pierre Crépeau fréquente l’école du rang et obtient son certificat d’études primaires à l’âge de 13 ans. Après avoir travaillé sur la ferme familiale durant cinq ans, il entreprend, à l’âge de 18 ans, ses études classiques au Séminaire du Sacré-Cœur, à Saint-Victor de Beauce et obtient son baccalauréat ès Arts de l’Université Laval en 1953. À l’automne, il entre au noviciat des Dominicains à Saint-Hyacinthe. Après deux années d’études philosophiques au Collège dominicain d’Ottawa, il entre en Faculté de théologie à l’Université Saint-Thomas d’Aquin à Rome, dont il obtient en 1961 la licence et le lauréat en théologie ainsi que le baccalauréat ès Sciences bibliques. Suit un stage de six mois en archéologie palestinienne et histoire du Moyen Orient ancien à l’École française d’Archéologie à Jérusalem.

Arrivé au Rwanda en janvier 1962, il est délégué dès le mois de septembre par le gouvernement rwandais à la conférence de l’UNESCO sur l’enseignement supérieur en Afrique tenue à Tananarive au Madagascar, dans le but de préparer le terrain pour la création de l’enseignement supérieur au Rwanda.

De 1962 à 1969, il est employé par le Bureau d’Aide Extérieure et l’ACDI pour la planification, la fondation et l’organisation de l’Université nationale du Rwanda. Outre ses charges d’administrateur académique de cette université, il enseigne l’anthropologie au grand séminaire local et à l’Université nationale du Rwanda tout en poursuivant des recherches sur les proverbes rwandais.

Au terme d’un séjour de deux ans au pays, il obtient sa maîtrise en anthropologie de l’Université de Montréal en 1972. De 1972 à 1974, il complète ses recherches sur le terrain et la mise au point du manuscrit sur les proverbes du Rwanda. En 1978, il obtient son doctorat en anthropologie de l’Université de Montréal.

De retour au Canada en 1975, il quitte les ordres et entre au Musée national de l’Homme à Ottawa, devenu depuis le Musée canadien des civilisations à Gatineau, comme chargé de la gestion et de l’administration du programme franco-roman du Centre canadien d’études sur la culture traditionnelle. Ses recherches portent surtout sur les traditions orales populaires, les histoires de vie et l’art populaire. De 1977 à 1991, il est l’éditeur de la Série Mercure du Centre, dont il fut le chef de 1978 à 1983. À la retraite depuis mars 1991, il a produit une adaptation française d’un imposant recueil de contes rwandais et publié quelques nouvelles et romans.

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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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Publié dans Actualité au jour le jour

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