L’Art public malmené au Québec : une honte nationale !

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L’Art public malmené au Québec : une honte nationale !

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«C’est avec étonnement et stupéfaction qu’on a pu voir la semaine dernière, en direct, la destruction de l’œuvre d’art public Dialogue avec l’Histoire, de l’artiste français Jean-Pierre Raynaud. Dix jours plus tôt, le 5 juin, le Maire de Montréal annonçait la destruction d’Agora, une œuvre majeure du sculpteur québécois Charles Daudelin.

Que se passe-t-il au Québec pour que les artistes et leurs œuvres publiques soient si peu respectés ? C’est la question que s’est posée le Conseil d’administration du RAAV sans pouvoir y répondre. En effet, comment expliquer une attitude aussi cavalière, aussi…, il faut bien le dire, barbare, de la part des deux plus importantes administrations municipales du Québec ? Barbare à un point tel que le caricaturiste Garnotte, du Devoir, a pu évoquer la ressemblance avec les actions destructrices de l’État islamique face au patrimoine mondial.

Destruction de Dialogue avec l’Histoire : un geste barbare à réparer

Alors que la Ville de Québec a détruit un cadeau offert par la Ville de Paris, un peu comme un enfant gâté détruit un jouet qui ne lui plaît pas, comment ne pas se questionner sur le manque de respect de l’administration Labeaume envers ses liens diplomatiques avec la capitale française ? Venant de la capitale du Québec, c’est toute la population du Québec qui en porte la honte. La seule réparation possible pour ce geste serait des excuses publiques à la Ville de Paris et une promesse de restaurer l’œuvre dans son intégralité au lieu où elle était installée, soit la Place de Paris. À moins d’une telle réparation, c’est le tribunal de l’Histoire qui condamnera sans ménagement l’administration Labeaume.

Outre l’insulte diplomatique, que dire de l’atteinte aux droits moraux de l’artiste Jean-Pierre Raynaud dont l’œuvre a été outrageusement détruite devant les média assemblés comme dans un cirque ? Peut-on imaginer plus honteux ? Alors qu’on parlait d’une œuvre en très mauvais état de conservation, et dont on s’attendait qu’elle s’effondre à tout moment sur la tête des passants, voilà qu’elle s’est avérée assez coriace pour nécessiter de la machinerie lourde afin d’en venir à bout… Détournant à son avantage le rapport du Centre de conservation du Québec auquel personne n‘a eu accès, l’administration Labeaume, se drapant d’enjeux de sécurité du public, s’est empressée d’en annoncer la démolition la veille même de sa perpétration. Évidemment, la proximité de l’annonce et du geste visaient à s’épargner une contestation publique demandant plutôt la sauvegarde de l’œuvre et sa restauration.

Mais voilà que cette contestation se manifeste quand même et réclame unanimement la reconstitution de l’œuvre et son installation au même lieu pour respecter les droits moraux de l’artiste et restaurer l’honneur de notre capitale nationale qui a agi comme une petite ville provinciale dans le sens le plus vilain du terme. Le RAAV ne peut que participer à cette contestation pour le respect de l’artiste et de l’honneur de la profession car ce ne sont pas l’œuvre ni l’artiste qui sont en tort mais bien la Ville de Québec qui n’a pas adéquatement entretenu la sculpture et n’a pas su l’expliquer au public afin que, à défaut de l’aimer, on la comprenne mieux.

Pendant ce temps à Montréal on a déjà lancé un appel de soumission pour la destruction d’AGORA

L’administration Coderre de Montréal, Métropole culturelle et Ville UNESCO du design, pour les mêmes fausse raisons de sécurité publique, s’apprête à détruire, sans consultation avec les milieux concernés, une œuvre majeure de l’un de nos sculpteur les plus importants, Agora de Charles Daudelin. Encore ici, l’artiste et son œuvre sont les victimes d’une négligence monumentale de la part de la ville. Elle aussi malaimée et mal comprise, AGORA peut pourtant être réparée et adaptée aux besoins sécuritaires de la ville, comme aurait pu l’être Dialogue avec l’Histoire.

Mais voilà, il semble que l’irrespect des œuvres et des artistes en arts visuels soit contagieux chez nos élus municipaux qui préfèrent commettre de bons gros gestes populistes pour répondre à un public peu informé. À Montréal on se donne un agenda serré parce que l’on veut célébrer le 375e anniversaire de la ville par la destruction d’Agora qu’on remplacera par un banal parc en aplat sans grand intérêt esthétique. À Québec, les projets de réaménagement annoncés dans ce secteur laissent présumer que des intentions cachées ont motivé la destruction de Dialogue avec l’Histoire.

Qu’on invoque dans les deux cas la sécurité du public sans avoir fait l’effort minimal de trouver des solutions de rechange à la destruction démontre bien le manque de respect des artistes qui ont conçu ces œuvres et le peu de cas que l’on fait de leur statut professionnel. On détruit, ou menace de détruire, leurs œuvres et lorsque les artistes protestent, on leur lance au visage que tout ça est de leur faute, qu’ils sont de mauvais artistes ou qu’ils ont commis des erreurs de conception. Le jugement se donne sur la place publique, cirque médiatique aidant, pour bien démontrer le pouvoir que l’on a d’imposer toutes ses volontés sans nuance ni consultation. C’est à coup d’arguments démagogiques et de stratégies technocratiques fondés sur la peur et le mépris qu’on tente de légitimer ces destructions d’œuvres. Piètre spectacle de cet Art public qu’on transforme en bouc-émissaire.

Du côté du Ministère de la Culture et des Communications c’est le silence radio. Y a-t-il quelqu’un en charge ? On se le demande. On laisse faire sans prendre position, sans tenter de stopper ces destructions qui font honte à toute la population du Québec. Dans un tel contexte, que faire ? Aller se coucher devant les bulldozers ? Qu’on en soit-là en 2015 est tout à fait inadmissible.»

Source : Regroupement des artistes en arts visuels du Québec

À lire aussi : LE RÉAMÉNAGEMENT DU SQUARE VIGER ET L’AGORA DE CHARLES DAUDELIN

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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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Publié dans Actualité au jour le jour

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