La fin des librairies indépendantes

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Succursale de Renaud Bray, CÔTE-DES-NEIGES, MONTRÉAL.

L’achat des librairies Archambault par les librairies Renaud-Bray a déjà fait couler beaucoup d’encre. Certains anticipent des problèmes avec la position dominante de Renaud-Bray ainsi devenu le plus important libraire au Québec. Pour plusieurs analystes et observateurs de la chaîne du livre, cette transaction menacent l’avenir des librairies indépendantes.

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Dans son édition des 23 et 24 mai dernier, le quotidien Le Devoir publiant un texte intitulé «Le crépuscule des librairies indépendantes?» et signé par Thomas Déri, cofondateur de la Libraire du Québec à Paris et ancien directeur général du Salon du livre de Montréal. Monsieur Déri annonce ni plus ni moins la mort des librairies indépendantes en conséquence de la vente d’Archambault à Renaud-Bray :

«Conclusion : même si la Loi sur la concurrence a pour but, entre autres, d’assurer à la petite et à la moyenne entreprise une chance honnête de participer à l’économie canadienne et d’assurer aux consommateurs des prix compétitifs et un choix dans les produits, on n’entonnera pas un requiem, mais on peut commencer à sonner le glas pour les librairies indépendantes.»

Thomas Déri, Renaud-Bray avale Archambault – Le crépuscule des librairies indépendantes?, Idées, Le Devoir, 23 et 24 mai 2015, p. B 5.

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Cette semaine, l’écrivain et journaliste culturel, Jean Barbe ajoute sa voix aux indignées en signant un article sous le titre «Le livre enchaîné» dans l’édition du 31 mai 2015 du quotidien Le Journal de Montréal. Il annonce lui aussi la fin des libraires indépendantes confrontées à Renaud-Bray/Archambault:

«Mais le libraire indépendant, s’il ne peut AUSSI vous vendre Cinquante nuances de Grey, n’aura bientôt plus les moyens de tenir boutique, et c’est tout un pan de la littérature qui disparaîtra des tablettes, disponibles seulement sur commande, et encore, car les éditeurs auront-ils demain encore les moyens de publier ces livres que les chaînes de librairie ne voudront pas d’emblée?»

Jean Barbe, Le livre enchaîné, Le Journal de Montréal, 30 mai 2015.

Monsieur Barbe explique que les librairies indépendantes offrent des livres à faible rendement («les livres littéraires») et qui, par conséquent, ne trouvent pas de place sur les tablettes des chaînes de librairie qui misent sur les meilleurs vendeurs (Best sellers). Jean Barbe anticipe donc la disparition de tout un pan de la littérature qu’entraînerait la fin des librairies indépendantes sous la pression du nouveau et plus gros Renaud-Bray/Archambault.

L’édition des «livres littéraires, qui souligne-t-il, «n’obéissent pas aux lois du marché, et ne répondent pas à une demande» est garantie par une prise de risque assumée par solidarité par la chaîne du livre (éditeurs, distributeurs, diffuseurs et libraires). Il conclut :

«Avec la création de très grands groupes, cette chaîne de solidarité pourrait, je le crains, se transformer en prise d’otage.»

Jean Barbe, Le livre enchaîné, Le Journal de Montréal, 30 mai 2015.

Je ne crois pas dans les prophéties de ces oiseaux de malheurs. Ce n’est pas la compétition livrée par les petites ou les grandes chaînes de librairie qui tuent les librairies indépendantes québécoises. Elles mourront plutôt par manque d’entrepreneurship.

Par exemple, la majorité de 34 fermetures de librairies indépendantes entre 2001 et 2013 fut causé par le départ à la retraire de libraires propriétaires qui n’ont pas assurer une relève à leur commerce. Consciente de la situation l’Association des libraires du Québec a offert une formation pour aider les futurs retraités à assurer une relève à leur librairie. En 2012, une étude de l’association révélait que 50% de ses membres allaient partir à la retraite et que seulement 10% d’entre-eux s’y préparaient, «ce qui semble indiquer que dans la plupart des cas, il n’y aura pas de reprise» précisait Lise Desrochers, alors Directrice générale de l’Association des libraires du Québec. À peine 20% se sont dits intéressés par la formation offerte par leur association.

Est-ce là un comportement responsable de la part de libraires indépendants face à l’infrastructure du commerce du livre au Québec, une infrastructure financée par les deniers publics, nos taxes et nos impôts, et soutenue par force de loi (Loi du livre)? Non.

Dans un tel contexte, que le plus gros des libraires deviennent encore plus gros s’avère une solution de rechange pour préserver le commerce de ce produit pas comme les autres.

Voir aussi : La Fondation littéraire Fleur de Lys en faveur de la vente d’Archambault à Renaud-Bray

 

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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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Publié dans Actualité au jour le jour

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