En quoi l’histoire nous aide-t-elle à circonscrire la révolution technologique ? via InternetActu

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Le monde du numérique, monde où l’on passe son temps à se demander à quoi ressemblera demain, où l’on postule facilement des révolutions et des nouveautés radicales, eh bien ce monde numérique a lui aussi recours à l’histoire. C’est même, j’ai l’impression, une tendance de plus en plus courante. Avec deux usages principaux :

Recourir à l’histoire pour montrer à quel point ce que nous vivons est historique. C’est me semble-t-il, le recours le plus ancien, et le plus courant. Il consiste à faire comprendre l’importance de la révolution numérique en utilisant l’analogie de révolutions technologiques précédentes. A commencer évidemment par l’imprimerie. Ce que nous vivons est donc aussi important que l’invention de l’imprimerie (le discours sur la manière dont une technologie modifie, le rapport au savoir, sa diffusion, comment elle change la manière de communiquer, les rapports sociaux, comment elle reconfigure les rapports de pouvoir, comment elle provoque un schisme religieux, etc.). C’est un usage de l’histoire qui a pour lui d’être frappant. Sauf qu’on s’aperçoit que l’on peut multiplier les analogies. Par exemple, on peut dire : le numérique, c’est comme la deuxième Révolution industrielle (et d’invoquer de la même manière comment des technologies, à commencer par l’électricité, sont entrées dans nos vies, de manière parfois très intime, en modifiant le rapport au savoir, sa diffusion, comment elle a changé la manière de communiquer, les rapports sociaux, comment elle a reconfiguré les rapports de pouvoir, etc.). Mais on peut même aller au-delà, être encore plus précis, et dire : mais le numérique, c’est comme l’arrivée des chemins de fer aux Etats-Unis, ou encore de l’automobile partout dans le monde. Et même, pourrait-on dire, regardez comme ces révolutions technologiques (celle de la voiture) ont modifié non seulement nos pratiques les plus quotidiennes, mais nos paysages et nos villes, alors que le numérique ne modifie pas nos villes ou alors très marginalement.

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D’où un autre usage de l’histoire, qui lui, monte en puissance, un usage qu’on pourrait qualifier de “relativiste”. Il consiste à avoir recours à l’histoire pour minimiser la dite “révolution numérique” en expliquant qu’après tout, tout ça a déjà eu lieu sous d’autres formes. Par exemple, on explique que l’impression que nous avons d’être submergés par l’information, nous ne sommes pas les premiers êtres humains à la ressentir, que lorsque la poste, en France, s’est mise à transporter les correspondances privées, nos ancêtres ont ressenti un peu la même chose (et on trouve trace des plaintes, au 18e siècle, de gens s’affligeant de tout ce courrier qui arrive chaque matin, auquel il faut répondre vite, sous peine d’être incivile et largué…). Ou alors, à ceux qui craignent la disparition de la vie privée sous le coup des réseaux sociaux et des technologies en général, on explique que la vie privée est une invention récente, une invention de la société bourgeoise, avec ses espaces privatifs et sa pudeur, qu’avant dans les villages du Moyen Age tout le monde vivait sous le regard de tout le monde, ou alors les châteaux où l’on accueillait l’invité d’un soir dans son lit, la notion de vie privée était différente et que l’on s’en portait pas plus mal. Cet usage de l’histoire a pour vertu de rassurer. Il crée des continuités, montre que l’humanité a déjà connu ça, qu’elle n’en a pas été profondément modifiée.

Qu’en conclure ? Ce que l’on sait déjà : quand on procède par grosses analogies, on fait dire à l’histoire à peu près ce qu’on veut. Mais il y a une autre conclusion : le recours à l’histoire est en lui-même un signe. En ce qui concerne les questions numériques, c’est le signe d’une difficulté à qualifier ce qui se passe, à circonscrire l’intensité des changements qui nous affectent. C’est peut-être bon signe que l’on recoure à l’histoire, même de manière caricaturale, le signe que l’on doute que l’on ne soit pas certain que le progrès est une ligne droite portant mécaniquement l’humanité à l’amélioration d’elle-même.

Xavier de la Porte

Source : InternetActu

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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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