Notre critique du livre «Les mutations du livre et de la lecture en 40 pages» de Lorenzo Soccavo

 Présentation du livre par l’éditeur

couverture-978-2-37168-015-9«Les technologies issues de l’informatique changent nos vies. Les dispositifs et les pratiques de lecture sont aujourd’hui en pleine mutation et le livre imprimé ne peut plus suivre le rythme de l’époque. Dans son essai Les mutations du livre et de la lecture, le prospectiviste Lorenzo Soccavo s’attache à éclairer l’ampleur de ces mutations, à préciser leurs enjeux, et à les replacer dans une perspective historique et anthropologique. Le format de la collection l’oblige à la concision et à pointer d’entrée de jeu les points névralgiques : l’évolution des statuts d’auteur, d’éditeur et de lecteur, l’avenir des librairies et des bibliothèques, la disparition ou l’hybridation technologique du papier, sont abordés brièvement, mais avec une acuité qui en appelle à la réflexion critique du lecteur. Sans concessions, mais optimiste, s’il postule que l’avenir du livre ne peut pas être son passé, c’est surtout pour nous appeler à la vigilance et à voir au-delà d’un simple passage de l’édition imprimée à l’édition numérique. L’auteur nous invite à penser le livre du futur comme une chance, une possible ouverture sur un nouvel ordre conceptuel.»

Source : UPPR Éditions

Présentation de l’auteur par l’éditeur

Lorenzo Soccavo

Lorenzo Soccavo

«D’abord lecteur passionné, puis chercheur indépendant en prospective du livre et de la lecture, Lorenzo Soccavo travaille depuis le début des années 2000 à mobiliser les lecteurs et l’interprofession du livre autour des enjeux qui se cristallisent aujourd’hui sur le monde de l’édition, avec l’émergence de nouveaux dispositifs et de nouvelles pratiques de lecture. Conférencier et auteur entre autres de Gutenberg 2.0, Le futur du livre (M21 éd., 2007) et De la bibliothèque à la bibliosphère (Morey éd., 2011), il oriente depuis 2013 ses travaux sur la médiation documentaire numérique dans le souci de réintroduire de la relation humaine, notamment avec le web 3D immersive, face aux algorithmes des bibliothèques et des librairies numériques. Son activité de veille stratégique et technologique porte aussi sur les rapports entre nouveaux dispositifs, nouvelles pratiques de lecture et émergence de nouvelles formes de narration.»

Source : UPPR Éditions

Notre critique

par Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

La maison d’édition «UPPR édite des Ebooks en 40 pages». Elle s’explique en ces mots : «Un format original. Le manque de temps, en ce monde où tout s’accélère, est un élément décisif qui conditionne nos comportements. Dans ce contexte, lire devient malheureusement secondaire pour beaucoup. UPPR souhaite replacer la lecture au premier rang de nos occupations en proposant un format calibré pour notre époque. 40 pages, pas une de plus.» (Source : UPPR Éditions) Elle se résume ainsi : «Uppr, c’est un sujet passionnant traité par un expert reconnu, le tout, en moins de 40 pages sur votre tablette ! » (Source : UPPR Éditions)

Je crois que la maison d’édition se trompe en mettant l’accent sur «le manque de temps» pour justifier un nombre de pages limité à 40. Car, pour tout lecteur, un nombre de pages restreint implique avant tout des attentes très élevées quant au contenu, à l’instar de la collection «Que sais-je?» Le temps de lecture n’entre pas en ligne de compte, si ce n’est pour dire qu’on a perdu ou non son temps à lecture du condensé en raison de la faiblesse du contenu.

J’ai en mémoire les nombreux condensés acheté et lus avec grand plaisir à l’aube de l’an 2000, une occasion historique unique de faire le point sur les connaissances en différents domaines de connaissance. J’ai donc de grandes attentes face à ces «petits livres» de grande valeur.

Malheureusement, le livre Les mutations du livre et de la lecture en 40 pages de Lorenzo Soccavo n’a pas répondu à mes attentes. J’ai perdu à la fois mon argent et mon temps à la lecture de ce livre.

Pourtant, j’aime cet auteur, un prospectiviste du livre et de la lecture dont j’ai apprécié la clarté tout au long des 228 pages de son livre Gutenberg 2.0, Le futur du livre (M21 éd., 2007) et plusieurs des billets sur son blogue.

Une écriture hermétique

Dans ce livre, Lorenzo Soccavo ne s’adresse pas à tout un chacun; son écriture est beaucoup trop hermétique ou incompréhensible. Le longues phrases alambiquées nous font perdre le sens de son propos. En quarante pages, un auteur ne peut pas se permette d’enfiler les mots sans compter. Il doit témoigner du sens de chacune de ses idées en peu de mots.

Une approche historique perdante

Lorenzo Soccavo traite des mutations du livre et de la lecture depuis plusieurs années maintenant. Mais plus il avance dans le temps, plus il s’accroche au passé. Il souhaite que nous comprenions bien le contexte historique de la révolution actuelle. Malheureusement, l’omniprésence de ses références au passé éparpillent le lecteur dans le temps. Il nous force à constamment regarder dans le rétroviseur plutôt que nous inciter à garder les yeux sur la route devant nous. Il aurait été sage de dresser un historique au commencement de l’ouvrage plutôt que d’y revenir sans cesse.

À la lecture de son livre, on se rend compte que Lorenzo Soccavo possède une culture historique et philosophique appréciable dans le domaine de la prospective du livre. La communication d’une telle culture exige la plus grande des prudences. Il faut absolument éviter de donner l’impression d’être savant par trop de citations et de références.

Dénoncer ne suffit pas, il faut donner l’exemple

Le livre de monsieur Soccavo devrait être offert gratuitement en format numérique. Car dénoncer la marchandisation outrancière des bien culturels en vendant ses propres écrits ne tient pas la route de la logique. On sent chez cette auteur le désir légitime de vivre de son opinion mais est-ce encore en harmonie avec les attentes des lecteurs dans le contexte de la culture de gratuité caractéristique du web? Visiblement, monsieur Soccavo s’adapte difficilement à la mutation du livre et de la lecture dont il traite.

C’est faux !

Monsieur Soccavo écrit : «Déjà, des pratiques non-marchandes se développent et ce surtout pour les livres imprimés qui se prêtent, s’échangent, se donnent librement». C’est faux ! Ces pratiques non-marchandes du livre se développent davantage pour le livre numérique que le livre imprimé. Plus encore, l’exemplaire original du livre papier donné par la suite aura d’abord été un achat. Ce n’est pas le cas du livre numérique gratuit qui évite tout marchandisation.

L’année dernière, les pages de notre bibliothèque en ligne de livres numériques gratuits ont été vue plus de 250,000 fois par près de 90,000 visiteurs. Et nous demeurons un tout petit grain de sable dans l’offre de livres numériques gratuits.

Les solutions passe-livre et les bibliothèques spontanées dont parle monsieur Soccavo n’arrivent pas à la cheville de la distribution de livres gratuits en formats numériques gratuits. Comment aurais-je pu donner de main à main ou dans une petite boîte au coin de la rue des dizaines de milliers d’exemplaires papier de mes livres si ce n’est qu’en les offrant gratuitement en format numérique sur notre site web?

Évidences crasses

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Monsieur Soccavo conclut : «Si une chose est certaine c’est que l’avenir du livre ne peut pas être son passé.» Comment peut-il écrire une telle évidence alors qu’il passe son temps à se référer au passé du livre et de la lecture ? J’ai eu l’impression d’être dans le film «Retour vers le futur».

Il ajoute, toujours en conclusion : «Je pense que nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère.» Wow ! Quarante pages sur les mutations du livre et de la lecture pour en arriver à cette évidence. Ce devrait être la première phrase du livre.

L’ivresse des profondeurs

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Une plongée dans la mer de la philosophie et de l’histoire exige un sous-marin capable de résister à de très forte pression. Si le sous-marin n’est pas véritablement adapté à la pression élevée des eaux de la philosophie, le vaisseau ne résistera pas et l’équipage finira par perdre la tête. On ne plonge pas dans la philosophie, pas plus que dans l’histoire, sans une bonne connaissance de cette science des profondeurs. Or, monsieur Soccavo ne dispose visiblement pas d’une connaissance fondamentale de la philosophie mais uniquement de quelques références.

En effet, dans son livre, monsieur Soccavo relève plusieurs passages traitant du livre et de la lecture tirés d’ouvrages philosophiques, historiques et même psychologiques et cela m’a donné l’impression qu’il cherchait à faire savant. Je suis certain que ce n’était pas là son objectif car je connais l’intégrité de l’homme. Mais puisque plusieurs de ces références n’expliquent rien de probant, il donne tout de même et bien malgré lui la perception d’être en ivresse des profondeurs.

N’achetez pas ce livre !

Il n’est pas utile d’acheter ce livre numérique pour suivre les mutations du livre et de la lecture. Plusieurs informations se relèvent en fait n’être que des affirmations grossières découlant de fausses perceptions de la réalité. Même à 4,49 €, ce livre n’en vaut pas le prix.

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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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Publié dans Actualité au jour le jour

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