UNEQ : Timide reconnaissance des limites du prix unique du livre en France

Dans la dernière édition du bulletin d’information destiné à ses membres, l’Union des Écrivaines et des Écrivains Québécois (UNEQ) reconnait timidement les difficultés rencontrées par les librairies françaises malgré la loi sur le prix unique du livre. Jean-François Caron, rédacteur en chef de la publication, utilise même le conditionnel pour mentionner les difficultés des libraires français :

«La loi sur le prix réglementé du livre n’aurait sans doute pas effacé tous les obstacles que doivent surmonter les librairies. Des librairies françaises éprouveraient actuellement des difficultés malgré la Loi Lang (Loi relative au prix du livre votée en 1981); un sénateur français, Robert Navaro, relevai récemment ces inquiétudes au Sénat français : «Parmi les différents circuits de vente, c’est la librairie qui chute le plus (-6,5%), contre – 5% pour les grandes surfaces culturelles, tandis que les ventes en ligne progressent».

Source : Chez les libraires, Jean-François Caron, L’Unique, Octobre 2014, Union des Écrivaines et des Écrivains Québécois (UNEQ), page 5.

En affirmant que nos cousins français libraires «éprouveraient» des difficultés, l’Uneq affiche une résistance aux réalités en dehors de sa bulle (de sa logique et sa rhétorique). Les difficultés des libraires français sont non seulement bien réelles mais aussi bien connues de tous ceux qui suivent l’actualité littéraire et les actions du gouvernement français dans le secteur. Ce dernier et ses partenaires ont annoncé un plan d’aide aux librairies de plus de 18 millions d’euros l’année dernière (2013) (Voir : Des provisions pour les librairies, Le Figaro, 4 juin 2013 et PLAN LIBRAIRIE » : 18 millions pour la trésorerie et la transmission des librairies, Syndicat de la librairie française, la lettre, juillet 2013). Ce n’est certainement pas parce que les librairies françaises «éprouveraient» des difficultés qu’on leurs avance une aide concrète de plusieurs millions d’euros. Il faut avoir le nez un peu trop collé sur sa feuille pour écrire au conditionnel.

L’année dernière, la Fondation littéraire Fleur de Lys insistait déjà sur le fait que le prix unique du livre en France m’empêche pas les librairies françaises de rencontrer de sérieuses difficultés. Nous avons sensibilisé le gouvernement à ce fait lors de notre participation aux audiences de la commission parlementaire sur le prix unique du livre à l’Assemblée nationale (août 2013):

«Or, la loi sur le prix unique du livre en France adoptée en 1981 n’a pas empêché le nombre de librairies généralistes de diminuer de 173 à 120 dans le seul Quartier Latin (5e et 6e arrondissements) de Paris depuis 2003 selon le rapport «La revitalisation des commerces de proximité par la ville de Paris» publié en avril 2013.»

Source : Mémoire de la Fondation littéraire Fleur de Lys, Commission de la culture et de l’éducation au sujet du prix de vente au public des livres, Assemblée nationale du Québec

L’usage du conditionnel par le rédacteur en chef de L’Unique est un véritable affront aux libraires français dans la tourmente. On ne saurait parler au conditionnel des difficultés de nos propres libraires mais l’UNEQ le fait sans aucune gêne pour les libraires de l’hexagone.

Et encore le conditionnel pour les données de l’Association des libraires du Québec

Monsieur Jean-François Caron de l’UNEQ s’attaque à la crédibilité de l’Association des librairies du Québec (ALQ) et à sa directrice générale en utilisant une fois de plus le conditionnel. Il écrit:

«Et sur quoi repose-t-il, ce pilier de papier ? Selon Katherine Fafard, directrice générale de l’association des libraires du Québec (ALQ), on trouverait actuellement 220 librairies indépendantes dispersées sur tout le territoire de la province, parmi lesquelles 190 seraient agréées. Cela représenterait approximativement 1500 employés.»

Source : Chez les libraires, Jean-François Caron, L’Unique, Octobre 2014, Union des Écrivaines et des Écrivains Québécois (UNEQ), page 5.

Pourquoi «trouverait», seraient» et «représenterait» ? Pourquoi traite-t-il l’information au conditionnel ? Il n’y a rien de plus insultant que de fournir de l’information à un (pseudo) rédacteur en chef pour constater ensuite qu’il traite cette information au conditionnel, comme s’il y avait un doute à entretenir. Je ne cherche pas ici à braquer ces deux organisations l’une contre l’autre mais à démontrer que l’usage du conditionnel par l’UNEQ face aux statistiques de l’ALQ est une insulte.

Lorsque Jean-François Caron utilise le conditionnel au sujet de ces statistiques, il nous dit qu’il ne s’est pas donné la peine de les vérifier et que le lecteur doit entretenir un doute.

Est-ce que monsieur Caron utilise le conditionnel parce que madame Fafard parlait elle-même au conditionnel ? Si c’est le cas, il faut alors utiliser d’autres verbes plus fidèles à la situation. Par exemple, on écrit : «Madame Fafard estime le nombre de librairies…» ou «L’ALQ évalue…».

Dans un cas comme dans l’autre, monsieur Jean-François Caron a manqué à son devoir de vérification de l’information et a fait preuve d’amateurisme dans un dossier très sérieux : l’avenir de nos librairies.

La prochaine fois, monsieur Caron, dans le doute, abstenez-vous plutôt que d’user du conditionnel !

* * *

Toujours pas de métadonnées dans L’Unique (UNEQ)

L’édition PDF d’octobre 2014 de L’Unique ne contient aucune métadonnée.

unique_oct_2014_01

unique_oct_2014_02

unique_oct_2014_03

Voir notre article «Les documents fantômes du web culturel québécois» pour comprendre l’enjeu des métadonnées.

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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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2 comments on “UNEQ : Timide reconnaissance des limites du prix unique du livre en France
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