Les micro-tirages auraient-ils sauvé les Éditions de La Courte Échelle ?

Faillite de Les Éditions de la Courte Échelle inc.

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Un inventaire beaucoup trop lourd à porter : 505,000 exemplaires

Selon Le Devoir, l’inventaire de Les éditions de la La Courte Échelle compte «400 000 livres jeunesse, plus de 65 000 livres adultes et plus de 40 000 livres pratiques» soit un grand total de plus de 505,000 exemplaires. Le quotidien nous informe que le catalogue de la maison d’édition acculée à la faillite compte «plus de 700 titres jeunesse, plus de 100 titres adultes et plus de 50 titres en livres pratiques». Un calcul nous donne le nombre moyen d’exemplaires par titre :

400 000 exemplaires de livres jeunesse / 700 titres = 571 exemplaires chaque titre

65 000 exemplaires de livres pour adultes / 100 titres = 650 exemplaires par titre

40 000 exemplaire de livres pratiques / 50 titres = 800 exemplaires par titre

Ces moyennes sont trompeuses puisqu’en réalité, l’inventaire peut compter des titres avec peu d’exemplaires en inventaire, d’autres avec un inventaire élevé d’exemplaire et des titres sans aucun exemplaire en inventaire.

La journaliste Catherine Lalonde rapporte : «Les observateurs du milieu de l’édition questionnés par Le Devoir étaient perplexes. Si le stock de livres peut intéresser un soldeur, la quantité de bouquins est rebutante : au final un demi-million de livres, essentiellement des invendus, coûteux à entreposer, impossible à revendre d’un coup sans noyer le marché. Cette masse est déjà pour certains le symptôme d’une erreur de gestion.»

À mon avis, accumuler un inventaire de plus de 500 000 exemplaires de livres ne relève plus d’une simple «erreur de gestion» mais d’un aveuglement face à l’évolution des marchés, plus spécifiquement, à l’offre technologique. En effet, depuis une dizaine d’années, les éditeurs ont un tout nouveau choix qui s’offre à eux : le micro-tirage. La technologie de l’impression à la demande permet d’éviter les gros tirages très dispendieux à produire et à entreposer. Le micro-tirage offre la possibilité d’imprimer quelques dizaines ou centaines d’exemplaires à la fois plutôt que quelques milliers d’exemplaires d’un seul coup. Si l’exemplaire imprimé en micro-tirage est plus dispendieux que celui en fort tirage, il a le net avantage de réduire le nombre d’invendus et, par conséquent, de ramener les pertes et les frais d’entreposage à leur plus bas.

Comment Les Éditions de La Courte Échelle ont accumuler plus 300 000 $ de droits d’auteur impayés sous les yeux du gouvernement ?

Toujours selon la quotidien Le Devoir, «132 auteurs et illustrateurs attendent pour plus de 300 000 $ de droits d’auteur» de Les Éditions de La courte Échelle. Comment une telle situation est-elle possible alors que le gouvernement du Québec exige des éditeurs agréés d’«être à jour dans le paiement des redevances aux auteurs de livres publiés» (voir Condition d’admissibilité, Agrément des éditeurs, ministère de la Culture et des Communications du Québec) ? L’éditeur agréé doit être à jour à chaque année dans le versement des droits d’auteur pour obtenir de l’aide financière de l’État l’année suivante. Or, je doute que la situation qui conduit Les Éditions de La Courte Échelle à la faillite ne soit que le résultat des opérations de l’année dernière, d’une seule année.

Aide de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) : 430 959 $ en cinq ans

Dans le cadre de son Programme d’aide aux entreprises du livre et de l’édition spécialisée, Volet I – Aide à l’édition et à la promotion, la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) a versé à Les Éditions de la Courte Échelle une aide de 316 000 $ au cours des cinq dernières années pour une moyenne de 62 250 $ par an. Le financement annuelle de la maison d’édition par la SODEC était stable.

2013-2014 : 62 983 $

2012-2013 : 63 183 $

2011-2012 : 63 492 $

2010-2011 : 63 159 $

2009-2010 : 63 435 $

Source : Rapports annuels de gestion, SODEC

Mais est-ce que la SODEC et le Ministère des la Culture et des Communications ont bel et bien vérifié à chaque année si Les Éditions de la Courte Échelle était en règle avec le paiement des droits d’auteur, un exigence pour conserver cette aide de l’État ?

À ces 316 000 $ s’ajoutent 114 959 $ dans le cadre d’autres volets de différents programmes pour un grand total de 430 959 $ versé à Les Éditions la Courte Échelle par la SODEC.

Aide remboursable (SODEC) : 59, 600 $ en 2013-2014

La SODEC verse également aux éditeurs de l’aide remboursable. Dans son Rapport annuel de gestion 2013-2014, la SODEC indique que Les Édition de la Courte Échelle ont reçu une aide remboursable de 40 000 $ dans le cadre du Programme d’aide à l’exportation et au rayonnement culturel et 19 600 $ dans le cadre du programme Achats de droits hors Québec pour un grand total de 59, 600 $. Est-ce que cette somme due à la SODEC est perdue dans la faillite de l’entreprise ?

Manque de surveillance du gouvernement

Je crois que la faillite de Les Éditions de la Courte Échelle est en partie le résultat d’un manque de surveillance et de contrôle de la SODEC et du Ministère de la Culture et des Communications du Québec compte tenu des exigences gouvernementales à rencontrer pour obtenir l’aide annuelle de l’État.

Bref, notre gouvernement est un peu trop sur le pilote automatique dans le domaine de ses dépenses (subventions) récurrentes.

Espérons que les travaux de la Commission de révision permanente des programmes aura pour effet d’établir de sérieux contrôles non seulement des aides de l’État mais aussi et surtout des bénéficiaires de ces aides.

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