«(…) l’édition se doit de relever de la chaîne du livre.» ANEL

Publié sur le site de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL)

Le conseil d’administration de l’Association a accueilli ces quatre nouveaux membres lors de sa réunion du 28 février dernier. « Depuis le printemps 2012, alors que l’ANEL procédait à une profonde révision de ses statuts, nous avons vu de nombreuses maisons d’édition faire leur entrée ou simplement revenir à l’Association, sans doute parce que l’ANEL s’affirme depuis, non seulement comme l’instrument par excellence de représentation de la profession ici, mais aussi parce qu’elle assure le leadership que l’édition se doit de relever de la chaîne du livre, » déclare Jean-François Bouchard (Éditions Novalis), président de l’ANEL, ajoutant « nous sommes particulièrement fiers de voir de jeunes éditeurs rallier nos rangs et ainsi constater que le pari du renouveau a été bien relevé à l’Association ».

Source : Quatre nouveaux membres à l’ANEL, 10/03/2014, Sylvie Bellemare, chargée de communication, Association nationale des éditeurs de livres (ANEL)

* Le caractère gras et souligné est de nous.

Dans le texte original il est écrit «… se doit de relever  »dans » la chaîne du livre», sans doute une erreur. Nous avons remplacé  »dans » par  »de ».

L’affirmation témoigne de la perception entretenue par l’ANEL au sujet de la montée de la pratique de l’édition en-dehors des limites de la chaîne du livre. Vouloir assumer le leadership de l’édition est une chose, soutenir que «l’édition se doit de relever dans la chaîne du livre» en est une autre.

L’ANEL dévalorise toute pratique de l’édition qui ne soit pas sous son contrôle. Par exemple, Amélie Coulombe-Boulet, titulaire d’une maîtrise en management des entreprises culturelles et d’un baccalauréat en études littéraires, rapporte dans son étude Influence du livre numérique sur l’industrie de l’édition au Québec (2013). Bilan et enjeux que les éditeurs perçoivent l’autoédition comme une menace :

Du côté des éditeurs, les questions qu’apporte le numérique se formulent bien autrement, même si, tout comme pour les écrivains, l’autoédition est perçue comme une menace.

Source : Influence du livre numérique sur l’industrie de l’édition au Québec (2013). Bilan et enjeux, Amélie Coulombe-Boulet.

Je comprends difficilement cette perception négative entretenue par les éditeurs face aux nouvelles avenues empruntées par les auteurs et les écrivains pour l’édition de leurs œuvres. Il me semble que chaque pratique de l’édition a sa place dans le monde du livre, avec ses avantages et ses désavantages propres.

C’est du moins l’enseignement à tirer de la réaction des auteurs, des écrivains et, surtout, des lecteurs. Car, ici comme dans en tous les domaines, la décision finale revient toujours aux clients. Si de nouvelles pratiques de l’édition se développent et connaissent un certains succès en-dehors de l’édition traditionnelle, c’est parce qu’elles répondent à des besoins, tant en amont (auteur) qu’en aval (lecteurs).

L’ANEL applique l’approche dogmatique relevée dans l’évangile de Mathieu de la bible chrétienne: Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’assemble pas avec moi disperse (chapitre 12, verset 13). Or, les auteurs autoédités ne se posent pas en ennemis de l’édition traditionnelle, pas plus que leurs lecteurs. Ils ne méritent pas d’être ostraciser par l’ANEL.

En mai 2013, Bianca Drapeau, alors Vice-présidente de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), déclare à Amélie Coulombe-Boulet :

La plupart des auteurs qui font un exercice d’autoédition se rendent vite compte que, sans le support de leur éditeur, leur livre ne va pas très loin dans l’univers du livre, que ce soit pour la mise en forme des contenus, qui techniquement n’est pas simple, ou pour la diffusion. Depuis toujours les éditeurs accompagnent le créateur : ils améliorent, réécrivent, révisent et illustrent leurs textes, puis ils le soutiennent et le conseillent dans la promotion et le développement de la diffusion, etc. C’est un travail d’équipe quelle que soit la forme que prend le texte publié. Finalement, l’autoédition oblige les éditeurs à améliorer l’accompagnement qu’ils offrent à leurs auteurs.

Source : Influence du livre numérique sur l’industrie de l’édition au Québec (2013). Bilan et enjeux, Amélie Coulombe-Boulet.

«(…) leur livre ne va pas très loin dans l’univers du livre (…)» soutient madame Drapeau en parlant des auteurs autoédités. Il me semble que je ne me prononcerais pas sur cette question alors qu’un livre publié sous la gouverne d’un éditeur traditionnel a une durée de vie moyenne de seulement trois mois en librairie.

La confession suivante de Jean-François Bouchard, président de l’ANEL confirme la difficulté de l’édition traditionnelle :

«Parce qu’il s’agit d’une tradition récente qui n’a pas pour elle le poids de l’histoire. Parce que, en quarante ans, une multitude de talents se sont révélés, très peu ayant eu l’occasion de trouver leurs lecteurs.»

Source : Affirmation n’est pas discrimination, Jean-François Bouchard, président de l’ANEL, ANEL Blogue, 9 avril 2013

* Le caractère gras et souligné est de nous.

Autrement dit, peu importe la qualité et l’intensité de l’accompagnement de l’auteur, l’éditeur traditionnel, même le plus expérimenté et professionnel, ne peut pas garantir à l’auteur que son livre trouvera ses lecteurs et que son rêve d’être en librairies dépassera les trois mois.

Alors, si l’ANEL «(…) assure le leadership que l’édition se doit de relever dans la chaîne du livre», elle a l’obligation d’occuper cette position dans le plus grand des respects de TOUS les auteurs, y compris ceux et celles autoédités, et de TOUS les lecteurs. Aucun leadership ne peut s’exercer en abaissant les autres.

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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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